Prédictions

Prédictions

de Alex Proyas

  • Prédictions
  • (Knowing)
  • Australie, États-Unis, Royaume-Uni2009
  • Réalisation : Alex Proyas
  • Scénario : Ryne Douglas Pearson, Juliet Snowden, Stiles White, Stuart Hazeldine, Alex Proyas
  • Image : Simon Duggan
  • Montage : Richard Learoyd
  • Musique : Marco Beltrami
  • Producteur(s) : Todd Black, Jason Blumenthal, Steve Tisch, Alex Proyas
  • Interprétation : Nicolas Cage (John Koestler), Chandler Canterbury (Caleb Koestler), Rose Byrne (Diana), Lara Robinson (Abby / Lucinda)...
  • Date de sortie : 1 avril 2009
  • Durée : 2h00

Prédictions

de Alex Proyas

Heureux soient les lapins blancs, le royaume des cieux leur appartient


Heureux soient les lapins blancs, le royaume des cieux leur appartient

Qu’il est loin, le temps où le réal­isa­teur Alex Proyas fai­sait encore illu­sion ! Qu’il est loin, le temps des ban­cals mais intéres­sants The Crow ou Dark City ! Et pour­tant, c’est peu dire qu’après I, Robot, cer­taine­ment l’écran pub le plus long et le plus cher de tous les temps (quoique), les anciens admi­ra­teurs de son univers artis­tique très affir­mé attendaient avec impa­tience le retour du réal­isa­teur à ses anci­ennes amours. Qu’ils soient prévenus, ils en seront pour leurs frais. Au menu de Pré­dic­tions: dimen­sion artis­tique 0 du film à Com­put­er-Gen­er­at­ed Images, Nico­las Cage (prince incon­testé de la mim­ique ahurie) et, si ça ne suff­i­sait pas, un bon petit côté créa­tion­niste. Aïe !

John Koestler est un homme mar­qué par la vie. La mort de sa femme dans un incendie a éteint en lui tout espoir, toute croy­ance en une volon­té supérieure qui présiderait à nos exis­tences, ne lais­sant en lui que le scep­ti­cisme cynique du sci­en­tifique rationnel. Sa seule rai­son de vivre est son petit garçon, Caleb, avec lequel il a de crois­santes dif­fi­cultés à com­mu­ni­quer. Lorsque l’é­cole de Caleb décide d’ou­vrir la “time cap­sule” que les élèves d’il y a 50 ans avaient enter­rée, le jeune garçon se trou­ve le déposi­taire d’un étrange papi­er, lais­sé par une petite fille de l’époque, cou­vert de chiffres. S’aperce­vant for­tu­ite­ment que la suite com­prend à inter­valles réguliers les dates des plus ter­ri­bles cat­a­stro­phes plané­taires, notre pro­fesseur tente de décoder le papi­er, pour décou­vrir bien­tôt que non con­tent de prévoir, avec 50 ans d’a­vance, ces ter­ri­bles événe­ments, le papi­er se révèle por­teur de dates de cat­a­stro­phes encore à venir. Et tan­dis que le brave pro­fesseur essaye de com­pren­dre com­ment éviter ces cat­a­stro­phes, d’in­quié­tants indi­vidus fan­toma­tiques se rap­prochent de son fils…

A‑t-on sérieuse­ment, je vous le demande, du temps à gâch­er lorsqu’on a deux heures pour filmer l’Apoc­a­lypse ? Non, évidem­ment non – pas alors que le tout-démon­stratif règne en maître dans le ciné­ma pop­u­laire, et que le cahi­er des charges de tout film à grand spec­ta­cle doit com­pren­dre son lot d’éblouisse­ment visuel. Alors, notre héros ne pren­dra que fort peu de temps à s’in­ter­roger sur les raisons qui le met­tent sur la piste de ces prophéties étranges, et Proyas pas beau­coup plus pour filmer les tour­ments d’un homme brisé par la vie qui se voit jeter à la face l’év­i­dence d’une exis­tence divine ou assim­ilée à laque­lle il a tourné le dos par dépit. À l’in­verse, le réal­isa­teur, man­i­feste­ment à la recherche du même pub­lic que l’a­mu­sante saga Des­ti­na­tion finale, va pren­dre beau­coup de soins pour nous mon­tr­er ses incroy­ables “séquences de cat­a­stro­phe”, ter­ri­ble­ment impres­sion­nantes – mais évidem­ment dénuées de la moin­dre goutte de sang, même en cas de cen­taines de per­son­nes écrasées, cela étant dû cer­taine­ment à la vitesse de l’im­pact. Cer­taine­ment.

Après tout, le film est doté d’un bud­get con­fort­able estimé à 50 mil­lions de dol­lars, autant que cela appa­raisse à l’écran – mais il faut absol­u­ment éviter de déranger son audi­toire, fût-ce au prix de la vraisem­blance, fût-ce avec la dernière mal­hon­nêteté assumée quant à sa volon­té de pein­dre l’Apoc­a­lypse. Mais l’aspect destruc­teur total de cet événe­ment n’est pas ce qui sem­ble intéress­er les scé­nar­istes de Pré­dic­tions, non plus que la moin­dre ambi­tion nar­ra­tive – on se dés­in­téresse en effet assez rapi­de­ment des péripéties de nos héros pour ne plus atten­dre que la prochaine séquence à CGI. Ce qui sem­ble avoir large­ment intéressé l’équipe de scé­nar­istes, en revanche, est l’aspect religieux du film.

Il fut un temps où les films s’in­spi­rant des mytholo­gies religieuses avaient la décence, la sub­til­ité d’in­tro­duire du doute, con­sti­tu­ant des mon­u­ments d’am­biguïté dont ce doute fai­sait tout le sel – le meilleur exem­ple restant cer­taine­ment L’Ex­or­ciste de William Fried­kin. Pré­dic­tions, quant à lui, ressem­ble plus à une brochure prosé­lyte pour créa­tion­niste fer­vent, autour du thème : Dieu (nom­mez-le comme vous voulez) existe, bande de mécréants, et rien de ce que vous pour­rez faire ne pour­ra vous sauver à ses yeux. Ce ne serait pas si grave, si cette déc­la­ra­tion morale ne pos­sé­dait une autre face : à quoi bon men­er une vie de ver­tu, si rien ne nous rachètera aux yeux d’un quel­conque dieu ? Il n’y a pas loin, de cette déc­la­ra­tion, à celle qui dira que l’être humain, damné par essence, peut se con­duire de la pire façon pos­si­ble (dis­ons, par exem­ple, men­er des guer­res – mais ce n’est qu’un exem­ple), et s’ab­stenir de ren­dre des comptes sur cette terre, puisqu’une plus haute autorité a déjà arrêté sa con­damna­tion. Et le final de Pré­dic­tions, naïve­ment œcuménique, ne rachète aucune­ment cette grosse machine prosé­lyte aux enjeux artis­tiques inex­is­tant et à la sim­plic­ité intel­lectuelle dan­gereuse.

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