Miss Pettigrew

Miss Pettigrew

de Bharat Nalluri

  • Miss Pettigrew
  • (Miss Pettigrew Lives for a Day)
  • États-Unis, Angleterre2008
  • Réalisation : Bharat Nalluri
  • Scénario : Simon Beaufoy, David Magee
  • d'après : le roman Miss Pettigrew Lives for a Day
  • de : Winifred Watson
  • Image : John De Borman
  • Montage : Barney Pilling
  • Musique : Paul Englishby
  • Producteur(s) : Nellie Bellflower, Stephen Garrett
  • Interprétation : Frances McDormand (Miss Guenevere Pettigrew), Amy Adams (Delysia Lafosse), Ciáran Hinds (Joe), Lee Pace (Michael)...
  • Date de sortie : 25 février 2009
  • Durée : 1h32

Miss Pettigrew

de Bharat Nalluri

Salauds de pauvres !


Salauds de pauvres !

On le sait depuis Les Mis­érables ou Le Peu­ple d’en bas : clochard dans la société indus­trielle héritée du XIXe siè­cle en Europe, c’est la poilade garantie. Quel meilleur argu­ment, donc, qu’une clocharde ter­ri­ble­ment mis­éreuse entraînée dans une intrigue amoureuse rocam­bo­lesque pour offrir le pré­texte d’une comédie roman­tique ? L’idée est amu­sante, surtout lorsqu’on prend l’op­tion d’é­vac­uer le film de tout réel pro­pos tant soit peu socio-poli­tique.

Miss Pet­ti­grew, ain­si que nous l’ap­pren­nent les pre­mières min­utes du film, est une “gou­ver­nante de dernier recours”, une mau­vaise gou­ver­nante – prob­a­ble­ment parce que la dame a son franc-par­ler. Au début des années 1940, Miss Pet­ti­grew, dame d’un cer­tain âge, se retrou­ve donc à la rue, sans emploi, famille ou logis, et ren­voyée par son agence de place­ment de gou­ver­nantes. Par hasard, elle entre en pos­ses­sion de l’adresse d’une mai­son néces­si­tant les ser­vices d’une dame de com­pag­nie, et se présente de son pro­pre chef. Le men­songe qui lui vaut d’oc­cu­per la place va rapi­de­ment la plac­er au cen­tre de la vie affec­tive de la jeune, jolie et écervelée Delysia Lafos­se, cour­tisée de toutes parts, et inca­pable de se choisir une voie dans la vie. Il fau­dra tout le bon sens et l’é­d­u­ca­tion suran­née de Miss Pet­ti­grew pour sor­tir made­moi­selle Lafos­se et ses amies de leurs ater­moiements sen­ti­men­taux.

« Il n’y a pas de spec­ta­cle sur terre plus triste que celui du ter­ri­ble East dans toute sa mis­ère (…). La vie y est de couleur grise et terne. Tout y est sans espoir, sans avenir, monot­o­ne et sale (…). Les gens eux-mêmes sont sales, et tout effort pour se net­toy­er devient une farce ridicule, quand elle n’est pas pitoy­able ou trag­ique. Des odeurs étranges et stag­nantes sont poussées par un vent grais­seux, et la pluie, lorsqu’elle tombe, ressem­ble plus à de l’eau de vais­selle qu’à de l’eau du ciel. Les pavés de la rue sont tout luisants de graisse. » Ain­si Jack Lon­don décrit-il les quartiers pau­vres de Lon­dres du début du XXe siè­cle dans son ter­ri­ble livre-reportage Le Peu­ple d’en bas. Il sem­ble cepen­dant, pour un cer­tain ciné­ma, que Lon­dres n’ait jamais été qu’une cité riante et policée, où même la mis­ère pos­sède un joli vis­age : on se sou­vien­dra des improb­a­bles quartiers lon­doniens dans La Ligue des gen­tle­men extra­or­di­naires, ou d’Heather Gra­ham dans le rôle de la pros­ti­tuée la moins crédi­ble de Whitechapel dans From Hell.

Voici donc venir à la suite de la liste cette Miss Pet­ti­grew, citoyenne d’un monde fan­tas­mé où la dig­nité morale rem­place la dig­nité physique. Et Miss Pet­ti­grew de rester tou­jours très digne. Et ce, mal­gré le fait que la mal­heureuse soit tou­jours à la lim­ite de voir son impos­ture révélée, et donc de se voir con­damnée à la rue de nou­veau, sans par­ler d’une peine de prison. Mais Miss Pet­ti­grew n’en a cure, car nous sommes avant tout dans une comédie sen­ti­men­tale, et un tel genre ne sup­porte pas que ses pro­tag­o­nistes se préoc­cu­pent d’autre chose que de la réus­site ou de l’échec des his­toires de cœur des un(e)s et des autres. Finale­ment, quel que soit le cadre, on en revient tou­jours à un mari­vaudage. Hélas, sans vouloir dén­i­gr­er le jeu de Frances McDor­mand, dans le rôle de la mal­heureuse miss, ce qui fonc­tionne très bien avec les tal­ents con­joints de George Bernard Shaw, Cukor et Audrey Hep­burn dans My Fair Lady tourne quelque peu à vide sous la caméra du réal­isa­teur rompu à la télévi­sion Bharat Nal­luri et des scé­nar­istes.

Ceux-ci vont donc parse­mer leur film de gamines écervelées, plus intéressées par leur plas­tique et leur toi­lette que leur per­son­nage (avec notam­ment Amy Adams, plus proche de son rôle d’as­sis­tante un peu bécasse dans Ricky Bob­by, roi du cir­cuit que de celui, lar­moy­ant et sur­joué, de Doute) ou de bel­lâtres sans épais­seur. Au-dessus d’eux, sur­v­o­lent, éber­lués, l’an­ci­enne garde de l’art dra­ma­tique (avec Frances McDor­mand et Cia­rán Hinds), dont les per­son­nages comme les acteurs sem­blent con­sid­ér­er avec un mélange d’amer­tume et de nos­tal­gie toute cette agi­ta­tion. Les quelques moments de calme et de sobriété qui entourent ces deux per­son­nages sont comme des îlots bien­venus de res­pi­ra­tion dans la course vaine et agaçante de Miss Pet­ti­grew.

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