Boy A

Boy A

de John Crowley

  • Boy A
  • Royaume-Uni2007
  • Réalisation : John Crowley
  • Scénario : Mark O'Rowe
  • d'après : le roman Jeux d'enfants
  • de : Jonathan Trigell
  • Image : Rob Hardy
  • Montage : Lucia Zucchetti
  • Musique : Paddy Cunneen
  • Producteur(s) : Nick Marston, Tally Garner, Lynn Horsford
  • Interprétation : Andrew Garfield (Jack Burridge), Katie Lyons (Michelle), Peter Mullan (Terry), Alfie Owen (Eric Wilson)...
  • Date de sortie : 25 février 2009
  • Durée : 1h40

Boy A

de John Crowley

Peter Pan emprisonné


Peter Pan emprisonné

Deux sec­onds rôles dans Lions et agneaux et Deux sœurs pour un roi : autant dire que la car­rière d’ac­teur d’An­drew Garfield n’avait pas don­né à voir une grande par­tie de son tal­ent. Le jeune acteur prend cer­taine­ment son envol sous la direc­tion de John Crow­ley dans le rôle-titre, à hauts risques, de ce som­bre Boy A. Une inter­pré­ta­tion remar­quable pour un film dif­fi­cile, sans faux-sem­blants, et morale­ment auda­cieux.

Jack Bur­ridge est le nom qu’il se choisit, mais pour l’An­gleterre entière, le jeune homme est con­nu sous le nom de “Boy A”. Con­nu parce qu’é­tant l’un des deux accusés du meurtre d’une petite fille, alors qu’il était lui-même col­légien. À sa sor­tie de prison, des années plus tard, Jack se voit accom­pa­g­n­er par un édu­ca­teur, seul au courant de sa véri­ta­ble iden­tité, sur la voie de la réin­ser­tion. Mais entre son passé et ses pro­pres démons, le jeune homme parvien­dra t‑il à retrou­ver sa place ?

“Tu as payé ta dette, tu as gag­né le droit d’être Jack Bur­ridge” assène au jeune homme son édu­ca­teur Ter­ry. Jack a‑t-il gag­né ce droit ? Si Ter­ry en est con­va­in­cu, libre choix sera lais­sé au spec­ta­teur de se faire une idée. John Crow­ley dresse avec Boy A le por­trait d’un enfant dont l’ado­les­cence s’est passée der­rière les bar­reaux, pour un crime objec­tive­ment mon­strueux. Andrew Garfield campe avec un aban­don par­fois très impres­sion­nant – notam­ment dans la scène de la dis­cothèque – ce jeune homme qu’on devine s’être nour­ri de rêves der­rière les bar­reaux, et qui se retrou­ve con­fron­té au monde réel. Sans avoir jamais réus­si à se forg­er le cynisme néces­saire à la vie en société, c’est morale­ment vierge qu’il affronte celle-ci.

John Crow­ley ne part pas en ayant par­don­né à son per­son­nage – il tente, plutôt, de dress­er le por­trait d’un indi­vidu large­ment trop jeune et trop influ­ençable pour avoir réal­isé les con­séquences de ses actes, alors qu’il suiv­ait les pas de son seul ami, un garçon très vio­lent. Dès lors, Crow­ley place son film un cran au-dessus de son inter­pré­ta­tion morale – que Jack soit réelle­ment coupable et donc doive être puni ne l’in­téresse pas, c’est l’af­faire du spec­ta­teur de s’in­ter­roger à ce sujet. En revanche, le réal­isa­teur est plus intéressé par la descrip­tion des ater­moiements moraux de son héros, du point de vue duquel il se plac­era tou­jours – sym­pa­thique au sens pro­pre du terme.

Dif­fi­cile posi­tion que celle de spec­ta­teur de Boy A : Crow­ley ayant réus­si à s’éloign­er d’un traite­ment moral de son sujet, il reste à son spec­ta­teur à faire le même chemin – car la cul­pa­bil­ité n’est aucune­ment au cen­tre du film. Ce dernier est avant tout le por­trait d’une remar­quable inten­sité d’un indi­vidu éloigné du monde, et con­fron­té à celui-ci. Crow­ley va ain­si con­stru­ire un réel étrange, tout en ombres omniprésentes, en champs-con­trechamps floutés, comme pour fig­ur­er l’isole­ment, la perte de repères de son héros. Andrew Garfield, quant à lui, sur­v­ole le film, lais­sant loin der­rière le reste de la dis­tri­b­u­tion (par­ti­c­ulière­ment Peter Mul­lan, assez atten­du tout au long du métrage), et com­pose un Jack indé­cis, naïf et rongé par sa part d’om­bre tout à fait digne d’éloges.

Boy A peut-il être qual­i­fié de film mis­éra­biliste ? Ce pour­rait être le cas. On aurait peut-être préféré, en effet, que Jack ne sec­oure pas une petite fille acci­den­tée, faisant de lui un héros posi­tif. Si cette scène tend légère­ment à influ­encer le juge­ment, on retien­dra cepen­dant la con­struc­tion mon­tée du réc­it, pass­able­ment fine, qui per­met de faire la con­nais­sance con­jointe de Jack et de “Boy A”. On retien­dra égale­ment, et surtout, le per­son­nage de Jack, remar­quable­ment écrit et inter­prété, par un Andrew Garfield qui jus­ti­fie à lui seul de décou­vrir ce film.

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