Puisque nous sommes nés

Puisque nous sommes nés

de Jean-Pierre Duret, Andrea Santana

  • Puisque nous sommes nés
  • France, Brésil2008
  • Réalisation : Jean-Pierre Duret, Andrea Santana
  • Scénario : Jean-Pierre Duret, Andrea Santana
  • Image : Jean-Pierre Duret, Andrea Santana
  • Son : Jean-Pierre Duret, Andrea Santana
  • Montage : Catherine Rascond
  • Musique : Martin Wheeler
  • Producteur(s) : Muriel Meynard, Jamel Debbouze
  • Distributeur : Pierre Grise Distribution
  • Date de sortie : 4 février 2009
  • Durée : 1h30

Puisque nous sommes nés

de Jean-Pierre Duret, Andrea Santana

Les meurtrissures de la périurbanisation ratée


Les meurtrissures de la périurbanisation ratée

Un film fran­co-brésilien dis­tribué hors fes­ti­val et copro­duit par Jamel Deb­bouze ? Quel étrange objet a pri­ori… Puisque nous sommes nés con­serve l’in­térêt de ses sujets portés sur les écrans d’un Hexa­gone où le prob­lème des fave­las n’est que peu con­nu, si la mise en scène de cette hor­reur sociale reste assez linéaire et répéti­tive.

Jean-Pierre Duret et Andrea San­tana, mar­iés à la ville, sont par­tis au Brésil observ­er, “guet­ter” comme ils dis­ent, la terre sèche et aride de Nordeste : bien que leur style, du grain d’im­age passé à la caméra trem­blante, se rap­proche du reportage, les deux réal­isa­teurs ont fait leur enquête en appren­tis soci­o­logues. La lim­ite entre fic­tion et doc­u­men­taire est tou­jours très ténue, et la ques­tion de la présence/absence d’un nar­ra­teur au cœur du trou­ble. Mais Duret et San­tana ont avant tout eu pour voca­tion de pos­er un regard par­ti­c­uli­er sur ce pays, sur ses fos­sés économiques, sur le par­cours du com­bat­tant de deux enfants qui n’ont que leur courage pour espoir, leur volon­té pour force. Nego et Coca­da, deux enfants, font la manche dans la sta­tion-ser­vice du coin : espace où se con­fron­tent deux sociétés dif­férentes ‑celles des touristes brésiliens qui con­nais­sent la couleur d’un bil­let, et celles de marchands, mendiants‑, il est aus­si, pour Nego et Coca­da, celui du pos­si­ble et mai­gre salaire. Quand les aides sociales n’ex­is­tent pas, il faut le “pren­dre” à la source… il ne s’ag­it pas de dépein­dre une classe aisée insen­si­ble aux mal­heurs du pro­lé­tari­at, mais le fos­sé entre ses deux class­es dans un pays où la classe moyenne a encore bien du mal à point­er le bout de son nez.

La mis­ère n’est pas appréhendée seule : Nego et Coca­da men­di­ent, se bat­tent pour un bidon d’eau avec les autres habi­tants de la favela, mais, plus que tout, mais, plus que tout, ont per­du la notion du temps. Le rythme lanci­nant rend ain­si hon­or­able­ment l’idée du décalage en tous points : à qua­torze et treize ans, le rêve de par­tir, de chang­er d’air, mêlé aux oblig­a­tions finan­cières, a fait des deux pro­tag­o­nistes un cou­ple d’adultes mal­gré eux, inca­pables de penser rationnelle­ment la sit­u­a­tion, et inca­pables de se pro­jeter dans une vie d’en­fants. Le bât blesse pour­tant sur la durée : le por­trait des deux enfants est réus­si, mis en scène dans un décor de west­ern, de plaine qui n’a pour fin que la route nationale qui con­duit les cars touris­tiques, et lais­sent plan­er, un instant, le rêve d’être emmené au loin. Mais hors de la mise en espace, et des deux per­son­nages cen­traux, les thèmes s’é­parpil­lent au fil des min­utes : qui trop embrasse mal étreint, et, si l’on peut com­pren­dre les éclairs comme des détails de décor, on a mal­heureuse­ment l’im­pres­sion, de temps à autres, que le film a com­pressé les prob­lèmes du pays pour les per­son­ni­fi­er en Nego et Coca­da. Le traf­ic d’or­ganes, le manque d’eau, l’om­niprésence inutile d’un pou­voir poli­tique ‑il est cepen­dant intéres­sant de voir Lula et son gou­verne­ment dans cette représen­ta­tion pour un Européen-… les thèmes font florès, un peu trop. Manque-t-il de la dis­tance aux sujets ? Plutôt une matu­rité ciné­matographique, qui empêche par­fois de se con­cen­tr­er sur les per­son­nages et leurs aléas au milieu des mul­ti­ples thèmes, et de com­pren­dre avec acuité les enjeux de cha­cun d’en­tre eux.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Se battre
Se battre
Un autre Brésil
Un autre Brésil