Les Grands Frères

Les Grands Frères

de David Wain

  • Les Grands Frères
  • (Role Models)
  • États-Unis2008
  • Réalisation : David Wain
  • Scénario : Paul Rudd, David Wain, Ken Marino, Timothy Dowling, W. Blake Herron
  • Image : Russ T. Alsobrook
  • Montage : Eric Kissack
  • Musique : Craig Wedren
  • Producteur(s) : Mary Parent, Scott Stuber, Luke Greenfield
  • Interprétation : Seann William Scott (Wheeler), Paul Rudd (Danny), Christopher Mintz-Plasse (Augie), Bobb'e J. Thompson (Ronnie), Elizabeth Banks (Beth), Jane Lynch (Sweeny), Ken Jeong (le roi Argotron)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 4 février 2009
  • Durée : 1h38

Les Grands Frères

de David Wain

Sans Xanthia, rien ne va


Sans Xanthia, rien ne va

Ça a la tête d’une pro­duc­tion Judd Apa­tow (au moins trois des acteurs prin­ci­paux ont tourné dans des films de ce dernier). Ça a le goût d’une pro­duc­tion Judd Apa­tow (s’y col­li­sion­nent décep­tion sen­ti­men­tale, aléas de l’amitié vir­ile et moments de pur délire). Mais le nou­veau gold­en-boy de la comédie améri­caine n’est pas impliqué dans cette comédie qui marche pour­tant assez sage­ment sur ses plates-ban­des. Dan­ny (Paul Rudd, vu chez Apa­tow, mais aus­si scé­nar­iste du film, ce qui éclaire un peu les liens de par­en­té de ce dernier) et Wheel­er (Seann William Scott, phago­cyté à jamais par son per­son­nage de Sti­fler dans Amer­i­can Pie) for­ment un tan­dem de potes pour le moins dis­so­nant. Ils gag­nent leur vie comme démarcheurs pour la mar­que de bois­son éner­gisante Mino­taur (“toute ressem­blance avec…”, etc.). Dan­ny fait le speech agré­men­té d’un mes­sage lénifi­ant con­tre la drogue ; Wheel­er fait le mino­tau­re en peluche avec entrain. Dan­ny le sérieux porte un regard fon­cière­ment négatif sur l’existence ; Wheel­er le glan­deur irre­spon­s­able prof­ite un max­i­mum de celle-ci en se jetant sur toute jolie femelle à sa portée. Inopiné­ment, c’est Dan­ny qui cause l’incident déclencheur du film : désem­paré par la rup­ture avec sa petite amie qui ne sup­porte plus sa morgue, il provoque un acci­dent de voiture, impli­quant son cama­rade. L’ex-petite amie, qui est avo­cate, réus­sit à leur éviter la prison en échange d’un “tra­vail d’intérêt général” très par­ti­c­uli­er : servir de “grands frères” à des enfants en dif­fi­culté avec leurs par­ents, dans le cadre d’une fon­da­tion car­i­ta­tive. Wheel­er se retrou­ve à la charge de Ron­nie, garçon noir tur­bu­lent, au lan­gage fleuri et presque aus­si obsédé que lui ; Dan­ny fait la con­nais­sance d’Augie, jeune nerd qui ne vit pra­tique­ment qu’à tra­vers son asso­ci­a­tion de jeu de rôle médié­val grandeur nature.

Le salut par le jeu

On voit assez vite les enjeux — pas très nou­veaux — qui sous-ten­dent cette comédie, avec ces deux adultes pas tout à fait en phase avec la vie, liés par une ami­tié improb­a­ble et frag­ile, con­fron­tés à la néces­sité de grandir et de revoir leurs sché­mas, l’amour hétéro­sex­uel y jouant autant le rôle de moteur que de frein. On n’est pas non plus vrai­ment sur­pris par la galerie d’individus loufo­ques qui émailleront le chemin for­cé­ment ardu des com­pères. D’une manière générale, les per­son­nages du film, si décalés qu’ils soient écrits, n’échappent pas à une car­ac­téri­sa­tion rel­e­vant d’un cer­tain degré de for­matage. Out­re la dis­symétrie entre les deux bud­dies, des pro­fils comme la quadragé­naire avec son franc-par­ler, le Noir prompt à la log­or­rhée à base de “fuck” et les rôlistes un peu autistes ne sont pas très nova­teurs — même s’ils restent des ressorts comiques effi­caces, et surtout que si on rit de leur décalage, ce n’est mal­gré tout pas à leurs dépens. Et la con­clu­sion bon enfant saura être opti­miste en évi­tant le moral­isme.

Si Les Grands Frères font rire sans aucune honte (ce dont le sin­istre LOL français, qui sort cette même semaine, ne peut guère se van­ter), la plu­part des aspects trans­gres­sifs de ce film n’ont rien de très ren­ver­sant, plutôt représen­tat­ifs d’un courant actuel de la comédie améri­caine. La franche dose d’antidote au con­formisme de l’écriture et de ce sous-genre, il faut la chercher dans sa dernière par­tie : une scène de mise en abyme mémorable — et totale­ment assumée par la mise en scène qui révèle alors ses qual­ités d’empathie der­rière son appar­ente fac­ture de yes-man — qui lui per­met de s’échapper vers un lud­isme absolu, épou­sant au pas­sage pleine­ment les sin­gu­lar­ités qu’il menaçait de tenir sage­ment cloi­son­nées à dis­tance. Rien que pour l’éruption de moments comme celui-ci, on souhait­erait que cette veine comique aux apparences mod­estes con­tin­ue d’être explorée.

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