King Guillaume

King Guillaume

de Pierre François Martin-Laval

  • King Guillaume
  • France2009
  • Réalisation : Pierre François Martin-Laval
  • Scénario : Jean-Paul Bathany, Pierre François Martin-Laval, Frédéric Proust
  • d'après : la bande dessinée Panique à Londres
  • de : Pétillon, Rochette
  • Image : Régis Blondeau
  • Montage : Philippe Bourgueil
  • Musique : Emily Loizeau
  • Producteur(s) : Antoine de Clermont-Tonnerre
  • Interprétation : Pierre François Martin-Laval (Guillaume), Florence Foresti (Magali), Pierre Richard (William-Fernand), Rufus (le roi Cyril-John Delagny)...
  • Date de sortie : 28 janvier 2009
  • Durée : 1h25

King Guillaume

de Pierre François Martin-Laval

Oui-Oui et l'héritage mystérieux


Oui-Oui et l'héritage mystérieux

Après le gen­til Essaye-moi, PEF revient à la réal­i­sa­tion pour une comédie dans l’air du temps, qui nous apprend que l’argent n’est pas tout, et c’est heureux ma bonne dame, avec la crise qui men­ace de nous tomber sur le coin de la gueule. Mais si son pre­mier film déton­ait par son côté féerique et intimiste, ce King Guil­laume est le pas de trop dans cette direc­tion pour le réal­isa­teur. Non con­tent d’être d’une insup­port­able mièvrerie, le film mon­tre avant tout l’incapacité de son réal­isa­teur à tir­er par­ti des plus élé­men­taires ficelles de la comédie.

Pierre François Mar­tin-Laval, PEF pour les intimes, c’est d’abord le mem­bre fon­da­teur des trublions de « l’esprit Canal » post-Nuls et Groland, les Robins des Bois. Jean-Paul Rou­ve et Mari­na Foïs, autres transfuges de la troupe, ont depuis longtemps su se faire une véri­ta­ble place sur le grand écran. Le pre­mier y est par­venu avec une autodéri­sion de bon aloi (depuis Podi­um jusqu’au récent La Très Très Grande Entre­prise) ; la sec­onde, avec une col­lec­tion de rôles allant du plus que moyen au très émou­vant (dans le remar­quable Dar­ling, notam­ment). Face à ces deux com­pères qui font aujourd’hui fig­ures de stars hexag­o­nales, PEF se mon­tre plus dis­cret – mais égale­ment plus ambitieux. Ain­si, voici venir son sec­ond long-métrage dans lequel il tient à la fois les rôles de scé­nar­iste, acteur et réal­isa­teur. Il con­vient, pour l’évoquer, de sor­tir les vio­lons, mais de préférence joués (faux) sur un clavier élec­tron­ique Bon­tem­pi, vous savez, celui qui vous fai­sait rêver tout gosse, que vous avez eu pour Noël et dont vous n’avez jamais joué. Bref. Vio­lons, donc.

Nous voici donc en com­pag­nie de Guil­laume et de sa femme. Ils viv­o­tent, lui en tant que con­duc­teur du petit train pour touristes gen­tils de la ville de St Leuleu (c’est en Bre­tagne, donc), elle en tant que tuba sous-exploité dans un orchestre cam­pag­nard. Leur grand rêve ? Avoir une « mai­son de leurs rêves », comme que c’est mar­qué sur l’affiche des pro­mo­teurs qui se trou­ve juste à l’entrée de leur lotisse­ment de pré­fab­riqués. Non qu’ils soient mal là-bas – après tout leur voisin les embête tout le temps, mais c’est juste pour leur deman­der de jouer à la crapette, ou alors les men­ac­er rude­ment à grands coups de « Si tu me dis pas ton secret, je… je… je serai plus ton voisin !» Du Dos­toïevs­ki, donc. Du Zola ! Tout change le jour où Guil­laume reçoit une let­tre de son papa, qui lui annonce sur son lit de mort qu’il hérite du trône de l’île de Guer­re­land. Guil­laume refuse d’y croire, mais, trompé par les (six) habi­tants de l’île, et croy­ant hérit­er d’une for­tune, il signe pour devenir le nou­veau roi d’un cail­lou pelé en plein milieu de la Manche. Évidem­ment, c’est là que les ennuis com­men­cent, d’autant que madame en a prof­ité pour jouer à la man­nequin dans les grands mag­a­sins…

Dans une mémorable sor­tie, le tâcheron Luc Besson avait qual­i­fié les films de ciné­ma d’« objets gen­tils » – pour qui a dû subir Angel‑A, Arthur et les Min­i­moys ou Le Cinquième Élé­ment, l’image est quelque peu dif­fi­cile à com­pren­dre. Par con­tre, on peut dif­fi­cile­ment enlever aux films de PEF que ce sont des « objets gen­tils ». Gen­til, pour le précé­dent, certes. Mais King Guil­laume épuise le champs lex­i­cal afférent : gen­til, gen­til­let, mignon, à cro­quer… Mièvre ! Une heure et demie durant, PEF va donc promen­er un regard, un com­porte­ment, une dic­tion de benêt bien­heureux sur l’histoire de ce sim­plet devenu roi de rien et qui fini­ra par se ren­dre compte que finale­ment, ben c’est l’amour qui compte (une bonne morale à la Besson, ça). Hélas, l’auteur de ces lignes admet qu’il a peut-être per­du son âme d’enfant – l’âge, vous com­prenez – mais tout de même, la com­po­si­tion de PEF dans le rôle titre de King Guil­laume ne sus­cite rien de plus qu’une irré­press­ible envie de lui coller des baffes, jusqu’à ce qu’il se réveille.

À ses côtés, Flo­rence Foresti, en rup­ture de com­mis­saire les­bi­enne car­i­cat­u­rale à la sauce Dikkenek, place quelques bons mots (générale­ment con­tenus dans la bande-annonce du film), le mal­heureux Ter­ry Jones campe un rôle de prof d’histoire sénile pitoy­able pour tout ama­teur des Mon­ty Python, et les six habi­tants de l’île de Guer­re­land (au nom­bre desquels Pierre Richard, Omar Sy ou Isabelle Nan­ty) essayent de nous faire croire qu’ils sont méchants, traîtres et menteurs (c’est la spé­cial­ité locale) sans par­venir un instant à retrou­ver l’ironie de Pétil­lon, auteur de la BD à l’origine de ce naufrage. PEF sem­ble n’en avoir cure : il a l’air tout con­tent de nous avoir sor­ti sa mignonne petite his­to­ri­ette, avec les meilleures inten­tions du monde. En l’occurrence, l’enfer ciné­matographique est pavé pour un bon bout de chemin avec ces bonnes inten­tions.

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Gaston Lagaffe
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