The Square

The Square

de Nash Edgerton

  • The Square
  • Australie2009
  • Réalisation : Nash Edgerton
  • Scénario : Joel Edgerton, Matthew Dabner
  • Image : Brad Shield
  • Montage : Luke Doolan, Nash Edgerton
  • Musique : François Tetaz
  • Producteur(s) : Louise Smith, Nash Edgerton, Joel Edgerton, Matthew Dabner
  • Interprétation : David Roberts (Raymond Yale), Claire Van der Boom (Carla Smith), Joel Edgerton (Billy), Anthony Hayes (Greg Smith)...
  • Date de sortie : 21 janvier 2009
  • Durée : 1h45

The Square

de Nash Edgerton

La Loi de Murphy


La Loi de Murphy

Le crime, paraît-il, ne paie pas. Mal­gré tout, nom­breux sont ceux, fai­sait fi de la sagesse pop­u­laire, qui s’y essayent, et réus­sis­sent – à l’écran comme dans la réal­ité. The Square se pose en énième vari­a­tion sur le thème, avec au bout du compte une réus­site en demi-teinte, prob­a­ble­ment due à la volon­té de vouloir trop bien faire des frères Edger­ton, à la réal­i­sa­tion et au scé­nario.

Ray­mond Yale, un fringuant chef de chantier quin­quagé­naire, aime Car­la Smith, une ravis­sante jeune voi­sine. Cela se com­plique un peu lorsqu’on sait que Ray­mond et Car­la sont mar­iés, l’un à une femme tour­nant légère­ment à l’acariâtre, l’autre avec un mécani­cien avec une ten­dance crim­inelle à la coupe mulet. Lorsqu’elle tombe par hasard sur un sac caché par son mari, et rem­pli d’argent liq­uide, Car­la se rend compte des activ­ités réelle­ment crim­inelles de son mari, et y voit l’opportunité de financer sa fuite avec Ray­mond. C’est sim­ple : il suf­fit de vol­er le sac, puis de com­man­diter l’incendie de sa mai­son pour dis­simuler le for­fait. Mais évidem­ment, les choses ne se passent pas comme prévu…

Réalis­er un film noir autour d’un con­cept tel que celui ci-dessus exposé tient presque de l’exercice de style, tant la matière a déjà été util­isée à l’envi. Cela étant, à la fois le scé­nario et la réal­i­sa­tion de The Square parvi­en­nent à sur­pren­dre l’amateur le plus blasé. Nash Edger­ton, ancien cas­cadeur passé à la réal­i­sa­tion après avoir minu­tieuse­ment étudié les méth­odes des réal­isa­teurs pour lesquels il a tra­vail­lé, pro­pose donc dans ce pre­mier film un style effi­cace, oscil­lant entre une mise en scène suresthétisée des noc­turnes plu­vieux et une ner­vosité crois­sante à mesure que son réc­it para­noïaque se déploie. Si le style ne dif­fère que fort peu de ce qu’on attend dans un tel film de genre, Nash Edger­ton ne démérite aucune­ment – dans les lim­ites hum­bles qu’il sem­ble s’être lui-même posé.

Au scé­nario, son frère Joel Edger­ton (avec Matthew Dab­n­er) fait preuve de plus d’audace, d’inventivité que le réal­isa­teur. Ain­si, le petit quarti­er où se joue le drame de The Square, ain­si que les nom­breux per­son­nages impliqués dans l’intrigue, sont présen­tés par petites touch­es, lors d’anecdotes judi­cieuse­ment util­isées pour faire avancer l’intrigue d’autre part, avec une minu­tie qui n’est pas sans évo­quer la con­struc­tion des envi­ron­nements urbains vénéneux de Lynch dans Twin Peaks ou Blue Vel­vet.

Dans un tel envi­ron­nement, où la ten­sion est sous-jacente, il choisit de plac­er l’affaire du sac rem­pli d’argent – un rouage grip­pé dans le quo­ti­di­en mid­dle-class bien tran­quille du quarti­er qui eut large­ment suf­fit à légitimer l’intrigue entière. Hélas, les scé­nar­istes choi­sis­sent de mul­ti­pli­er les autres – et inutiles – sources de chaos. On devine facile­ment l’intention scé­nar­is­tiques de créer une cas­cade de cat­a­stro­phes causées les unes par les autres, mais c’est dans cette suc­ces­sion assez arti­fi­cielle et illégitime que le bât blesse. Et ce mal­gré la con­clu­sion finale, tout à fait réjouis­sante dans son imprévis­i­bil­ité.

Trop noir pour être hon­nête, The Square n’en demeure cepen­dant pas moins un intéres­sant début pour un cinéaste qui sait faire preuve d’humilité – à défaut d’un réel tal­ent, autre que celui, cer­tain, de savoir inté­gr­er les enseigne­ments de ses aînés, ce qui n’est déjà pas si mal. On peut donc légitime­ment décou­vrir The Square, ne serait-ce que pour assis­ter aux débuts d’un réal­isa­teur qui pour­rait s’avérer promet­teur.

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