Sept vies

Sept vies

de Gabriele Muccino

  • Sept vies
  • (Seven Pounds)
  • USA2008
  • Réalisation : Gabriele Muccino
  • Scénario : Grant Nieporte
  • Image : Philippe Le Sourd
  • Montage : Hughes Winborne
  • Musique : Angelo Milli
  • Producteur(s) : Todd Black, James Lassiter, Jason Blumenthal, Steve Tisch, Will Smith
  • Interprétation : Will Smith (Ben Thomas), Rosario Dawson (Emily Posa), Woody Harrelson (Ezra Turner), Barry Pepper (Dan)...
  • Date de sortie : 14 janvier 2009
  • Durée : 2h08

Sept vies

de Gabriele Muccino

Méli-mélo


Méli-mélo

Après avoir loupé le coche de Han­cock, qu’il aurait dû met­tre en scène, Gabriele Muc­ci­no n’a trou­vé comme pis-aller que de trans­former Will Smith en super-héros… des bons sen­ti­ments. Bien enten­du les larmes ont rem­placé la bas­ton dans cette fable mod­erne abra­cadabrante et moral­isatrice qui ne trou­ve sens que dans un dernier quart d’heure mélo à souhait.

Ven­du comme l’enfant prodi­ge de l’ère berlus­coni­enne, Gabriele Muc­ci­no aurait mieux fait de con­tin­uer à cul­tiv­er son jardin chez lui et d’entretenir sa place de représen­tant à l’international du nou­veau film choral à l’italienne (traduisez: les ressorts du vaude­ville et son lot d’adultères mêlés à une radio­scopie pro­prette des mœurs de nos trentenaires/quadragénaires). En effet, si cer­tains pou­vaient reprocher à Juste un bais­er ou Sou­viens-toi de moi de ten­dre vers le petit-bour­geois, ces deux films avaient le mérite d’être gen­ti­ment effi­caces et inof­fen­sifs, la présence de Ste­fano Accor­si dans l’un et de Lau­ra Morante dans l’autre aidant. Seule­ment voilà, Gabriele Muc­ci­no s’est soudain trou­vé des vel­léités de Frank Capra et est par­ti ten­ter sa chance aux États-Unis avec À la recherche du bon­heur, une guimauve indi­geste à la morale plus que dou­teuse, une recherche qui était avant tout du temps per­du pour le spec­ta­teur. Mal­heureuse­ment, Muc­ci­no est loin d’avoir com­pris qu’il n’était pas Capra et avec Sept vies, il s’est un peu trop empressé d’appuyer sur la touche «bis». Le seul gag­nant de l’histoire, c’est vraisem­blable­ment Will Smith, qui a com­pris que Muc­ci­no était son meilleur faire-val­oir (n’oublions pas qu’il avait réus­si à cas­er son fils de cinq ans dans À la recherche du bon­heur). Will est donc for­cé­ment de tous les plans: il marche (beau­coup), il court (beau­coup et c’est encore plus beau sous la pluie), il fronce les sour­cils (des mil­liers de fois) avec un air grave (s’il y avait un prix à décern­er, il aurait sans con­teste la palme), il promène un chien presque aus­si grand que lui avec un pois­son rouge dans la main et, cerise sur le gâteau, il mon­tre ses biceps et ses abdos (juste une fois, mais bon, il fal­lait bien rentabilis­er les heures passées à la salle de sport). Bien enten­du, le per­son­nage qu’il joue est for­cé­ment un bon samar­i­tain véhic­u­lant des valeurs nobles. Ain­si après avoir incar­né un sym­bole de la réus­site mer­can­tile, notre cher Will donne ses traits à Ben Thomas, un homme en voie de rédemp­tion, sorte d’Amélie Poulain afro-améri­cain qui cherche à tir­er sept per­son­nes de leur mis­ère affec­tive et finan­cière. Et parce que l’on n’est pas à un mir­a­cle près, Will Smith s’offre aus­si le don de guérir cer­taines mal­adies (mais gar­dons-nous de dévoil­er tous les ressorts du film).

Avec un tel point de départ, il était dif­fi­cile de ne pas tomber dans le pathos, surtout quand Gabriele Muc­ci­no est aux com­man­des. La pre­mière heure du film est même irri­tante, accu­mu­lant pon­cifs sur pon­cifs et véhic­u­lant un côté moral­isa­teur et bien pen­sant pas loin du pêché de reli­giosité. Mais est-ce éton­nant lorsque l’on sait qu’À la recherche du bon­heur véhic­u­lait l’idée que si l’on est pau­vre, c’est parce qu’on le veut bien? Sept vies est donc dans une démarche tout à fait sim­i­laire. Le nihilisme est présen­té comme volon­taire et ne par­lons pas de la vision manichéenne du bien et du mal qui est omniprésente : le bon­heur ne peut être accordé qu’aux gen­tils et le héros coupable ne peut trou­ver sa rédemp­tion que dans une démarche sac­ri­fi­cielle. Muc­ci­no aurait-il oublié que nous sommes au XXIe siè­cle? Il faut dire que le scé­nario ne l’aide pas non plus. Sept vies prend en effet le par­ti de brouiller les pistes dès la scène d’ouverture. De même, il ne donne les clés pour com­pren­dre le trau­ma­tisme de Will Smith, aux orig­ines de sa quête, qu’à la toute fin de l’histoire. Tout le film repose sur ce mai­gre sus­pens, très mal exploité au demeu­rant, parci­monieuse­ment ali­men­té par des flash-backs. Muc­ci­no essaie tant bien que mal de s’en sor­tir dans cette struc­ture un peu bâtarde et inef­fi­cace, pro­posant ça et là quelques idées de mise en scène plutôt intéres­santes, notam­ment cette fac­ulté à isol­er dans toute l’étendue du scope ces per­son­nages affec­tive­ment seuls en jouant des longues focales ou de la faible pro­fondeur de champ. Les moments les plus con­va­in­cants sont ceux qui nous sor­tent du mélo moral­isa­teur pour nous men­er vers le mélo roman­tique, celui de l’histoire d’amour entre Will Smith et Rosario Daw­son. Certes, la jeune femme est atteinte d’une mal­adie car­diaque (il fal­lait bien qu’il y ait une tuile quelque part) mais le pathos est légère­ment moins chargé (on quitte les vio­lons pour des chan­sons jazzy et même un titre de Charles Aznavour), le cou­ple est crédi­ble, le per­son­nage de Ben Thomas gagne en com­plex­ité et l’on a même droit à quelques pointes d’humour. Ce sont ces rares moments qui peu­vent con­sol­er d’être resté jusqu’au dernier quart d’heure de révéla­tions, qui mon­tre com­bi­en Muc­ci­no est passé à côté de son sujet et n’arrive pas com­plète­ment à gref­fer toutes les pistes préal­able­ment ébauchées. Étrange para­doxe qu’il n’arrive pas à retrou­ver ses appuis, car ne dit-on pas que les chats retombent tou­jours sur leurs pattes et qu’ils ont… sept vies?

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Encore un baiser
Encore un baiser
À la recherche du bonheur
À la recherche du bonheur