Igor

Igor

de Tony Leondis

  • Igor
  • États-Unis, France2008
  • Réalisation : Tony Leondis
  • Scénario : Chris McKenna, Tony Leondis, John Hoffman, Dimitri Toscas
  • Montage : Hervé Schneid, Pam Ziegenhagen-Shefland
  • Musique : Patrick Doyle
  • Producteur(s) : John D. Eraklis, Max Howard
  • Production : Exodus Film Group
  • Interprétation : John Cusack / William Coryn (Igor), Molly Shannon / Céline Montserrat (Eva / Violette), Eddie Izzard / Emmanuel Curtil (Dr Schadenfreude), Sean Hayes / Nicolas Marié (Brain), Steve Buscemi / Jean-François Vlerick (Scamper / Rapidos)...
  • Animation : Christèle Jolens, Yoshimichi Tamura
  • Date de sortie : 17 décembre 2008
  • Durée : 1h20

Igor

de Tony Leondis

Mini-boîte de Pandore


Mini-boîte de Pandore

Fans du Tim Bur­ton de la pre­mière heure, réjouis­sez-vous ! Loin des erre­ments semi-osés du mor­bide choupinet de L’É­trange Noël de Mis­ter Jack, c’est plutôt dans la veine vacharde de Beetle­juice que se situe cet Igor écrit par un incon­nu, réal­isé par un incon­nu, et sor­ti à tort comme un con­te de Noël pour toute la famille. Résol­u­ment adulte, le con­te de d’An­tho­ny Leondis et Chris McKen­na joue a fond la carte d’un humour noir et macabre. Tant mieux pour les fans du genre… et tant pis pour les têtes blondes en quête d’un gen­til­let con­te pour s’en­dormir au pied du sapin !

Je ne l’ap­prendrai qu’aux plus dis­traits d’en­tre vous : c’est la crise. Mon­di­ale. Et donc, dans le riant pays de Malar­ia (si), lorsque la crise frappe, un malveil­lant devient prési­dent-dic­ta­teur en pro­posant une solu­tion à la crise : devenir le pays pro­duc­teur du plus de Savants Fous au monde – et rançon­ner les autres pays pour ne pas libér­er sur le monde leurs malveil­lantes inven­tions. Cela marche très bien. Et qui dit Savants Fous, dit Lab­o­ran­tins Dif­formes et Bossus, autrement dit, dans la grande tra­di­tion franken­steini­enne, des Igor. Par­mi les Savants Fous de Malar­ia, le pro­fesseur Glick­en­stein est un raté notoire, inca­pable d’avoir jamais rem­porté la très impor­tante Grande Foire des Sci­ences du Mal qui con­sacre chaque année l’in­ven­tion la plus malé­fique. Le jour où le pro­fesseur se voit vapor­isé par sa dernière ten­ta­tive, son assis­tant bossu, éton­nam­ment prénom­mé Igor, saisit la balle au bond pour devenir le plus grand des savants fous, en insuf­flant la vie dans un mon­stre red­outable. Prob­lème : une fois ani­mé, le mon­stre se révèle être par­faite­ment gen­til, et de plus aspir­er à devenir une actrice de comédie musi­cale.

La par­en­té entre Igor et l’u­nivers de Tim Bur­ton – par­ti­c­ulière­ment L’É­trange Noël de Mis­ter Jack, Les Noces funèbres et Vin­cent – saute aux yeux dès les pre­mières images : univers totale­ment styl­isé, don­nant à l’en­vi dans le som­bre et le mor­bide, mais gar­dant pour­tant une cohérence, un besoin d’ex­is­tence très proche de notre monde à nous. Mais là où Bur­ton choisit de faire jouer les dif­férences entre les deux univers pour désamorcer l’aspect véri­ta­ble­ment ténébreux de son univers (ce qui coûte notam­ment son âme au Mis­ter Jack d’Hen­ry Selick), Igor ne s’embarrasse aucune­ment de telles pudeurs, et donne à fond dans une simil­i­tude avec nos références quo­ti­di­ennes qui con­stitue la grande qual­ité du film.

Le bes­ti­aire d’Ig­or est ain­si très tan­gi­ble : un lapin nécroan­imé et pas plus heureux que ça qui passe son temps à ten­ter de se sui­cider (et à se régénér­er), un cerveau-dans-le-for­mol («Vous voyez les cerveaux de génie qu’on tente de préserv­er de la mort ? Ben c’est pas ce genre de cerveau-là.»), un homme invis­i­ble exhi­bi­tion­niste et qui passe donc son temps avec une unique veste de cos­tume et rien d’autre… Igor ne prend donc aucune­ment soin de créer son pro­pre univers, se con­tentant de repren­dre, de pro­longer le nôtre, et de don­ner dans l’hu­mour noir le plus méchant – et donc le plus effi­cace – qui soit : les ten­ta­tives répétées de sui­cide du lapin (Steve Busce­mi, impayable), les per­les de dia­logues (notam­ment la chorale d’en­fants aveu­gles chan­tant «I can see clear­ly now» («je vois clair main­tenant»), ou les sor­ties divers­es du cerveau crétin…), les références et métaphores politi­co-sociales sub­tiles (ou pas), le côté car­toon destruc­teur par­faite­ment assumé…

Certes, Igor ne brille pas par l’o­rig­i­nal­ité de sa con­clu­sion, bien lénifi­ante, non plus que par sa struc­ture scé­nar­is­tique, sorte de calque du mètre-étalon de l’an­i­ma­tion infor­ma­tique made in USA (voir n’im­porte quel Shrek et/ou plus générale­ment Dream­Works pour ça). Cela étant, une telle charge d’hu­mour noir et absol­u­ment pas poli­tique­ment cor­rect mérite le coup d’œil des ama­teurs – mais résol­u­ment adultes, car il y a fort à pari­er que la méchanceté et grivois­erie du film lais­sent sur le car­reau les plus jeunes.

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