L’Apprenti

L’Apprenti

de Samuel Collardey

  • L’Apprenti
  • France2008
  • Réalisation : Samuel Collardey
  • Scénario : Samuel Collardey, Catherine Paillé
  • Image : Samuel Collardey, Charles Wilhelem
  • Montage : Julien Lacheray
  • Musique : Vincent Girault
  • Producteur(s) : Grégoire Debailly
  • Production : Lazennec Productions
  • Interprétation : Mathieu Bulle (Mathieu), Paul Barbier (Paul)...
  • Distributeur : TFM Distribution
  • Date de sortie : 3 décembre 2008
  • Durée : 1h25

L’Apprenti

de Samuel Collardey

Premiers sillons


Premiers sillons

Un film de fic­tion à par­tir d’une matière doc­u­men­taire — l’apprentissage d’un jeune en quête de repères auprès d’un exploitant agri­cole, dans le Haut-Doubs ? Résumé ain­si, le pre­mier long métrage de Samuel Col­lardey paraît por­teur d’ambitions qui inci­tent à une cer­taine pru­dence. Inclu­sion du réel dans un dis­posi­tif de fic­tion, représen­ta­tion du monde rur­al comme source d’ouverture à la vie, chronique d’un ado­les­cent mal dans sa peau : une poignée de thèmes qui, dans la fic­tion française, font sou­vent un peu office de tarte à la crème source de rabâchage de lieux com­muns nar­rat­ifs, beau­coup de chausse-trappes pour le jeune réal­isa­teur. Fausse alerte : dès les pre­miers plans, Col­lardey fait signe qu’il n’éprouve aucun com­plexe de regard vis-à-vis de la matière de son film, ne s’admettant pour seule pres­sion que la néces­sité de restituer la vérité de cette matière, plutôt (et c’est la nuance) que d’en met­tre en avant l’aspect réal­iste et doc­u­men­taire. D’où le choix de filmer en 35mm à la manière d’un pur film de fic­tion : s’il y a bien un dis­posi­tif dis­cret, au moins dans la direc­tion des “acteurs”, celui-ci ne pèse jamais sur la forme. Le rap­port trans­par­ent du réal­isa­teur à l’environnement du film fait égale­ment la beauté du film. En quelques scènes, il sait instau­r­er la province franc-com­toise, ses paysages entre façades urbaines un rien mornes et cam­pagne boueuse, et son accent à couper au couteau, en un référen­tiel évi­dent et fam­i­li­er, désamorçant par avance toute mise à dis­tance — là où d’autres n’en feraient, con­sciem­ment ou non, qu’un milieu tein­té d’ex­o­tisme pro­pre à dépayser le spec­ta­teur citadin.

Ouvrir un espace plutôt qu’une voie

Si Col­lardey, en tant que cinéaste, s’est bien posé la ques­tion d’une représen­ta­tion sans pos­ture de la réal­ité du monde rur­al, il n’im­pose pas cette ques­tion — ni la réponse qu’il lui donne — comme sujet cen­tral de son film, mais en fait plutôt un fac­teur naturel de sa chronique ado­les­cente. Dans le traite­ment de celle-ci, il use aus­si d’un doigté qui déjoue le car­ac­tère écrit du genre et les sim­pli­fi­ca­tions de lec­ture qui pour­raient point­er. Les enjeux de l’évo­lu­tion du jeune appren­ti sont assez vite dis­cern­ables (la quête d’un père, l’ac­com­plisse­ment dans un milieu jusqu’alors incon­nu), mais Col­lardey les déploie en une mul­ti­tude de scènes dis­jointes comme autant d’op­tions ou de relances offertes au pro­tag­o­niste (la bande de copains, les tâch­es agri­coles, la petite amie, les sor­ties au bar, les dis­cus­sions avec sa mère, etc). Le per­son­nage a déjà une cer­taine expéri­ence de la vie, qu’il lui appar­tient à tout moment d’en­richir voire de révis­er. Dans un par­cours non linéaire, on le voit se con­stru­ire en repas­sant con­tin­uelle­ment par les mêmes espaces, devant les mêmes vis­ages, pour vivre peut-être des choses dif­férentes. Mais les seules scènes où on le voit tout à fait seul et autonome, sans la pres­sion du milieu, face à lui-même, sont des scènes rurales. Le vrai apport de son appren­tis­sage, que le film laisse se révéler, est là : on y enseigne moins une voie à suiv­re qu’on ouvre un espace où l’ap­pren­ti a toute lat­i­tude pour chercher la sienne.

Même dans l’aspect métaphorique un brin for­cé de ce plan, vers la fin, où le jeune garçon quitte le lieu de son appren­tis­sage, rien n’indique qu’il ne con­tin­uera pas de lou­voy­er dans la vie à la recherche de son avenir : sim­ple­ment qu’il s’ap­prête le faire avec une sérénité acquise de la sor­tie des ornières qu’a été son pas­sage. Que le cinéaste Col­lardey explore aus­si, ou non, les mêmes ter­rains de ciné­ma, il faut lui souhaiter de con­serv­er l’acuité tran­quille de son regard.

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