Mon espion préféré

Mon espion préféré

de George Gallo

  • Mon espion préféré
  • (My Mom’s New Boyfriend)
  • USA2008
  • Réalisation : George Gallo
  • Scénario : George Gallo
  • Image : Michael Negrin
  • Montage : Augie Hess
  • Musique : Chris Boardman
  • Producteur(s) : Avi Lerner, Julie Lott, Heidi Jo Markel, Richard Salvatore
  • Interprétation : Meg Ryan (Martha « Marty » Durand), Antonio Banderas (Tommy Lucero alias Martinez), Colin Hanks (Henry Durand), Selma Blair (Emily Lott), Trevor Morgan (Eddie)...
  • Date de sortie : 5 novembre 2008
  • Durée : 1h37

Mon espion préféré

de George Gallo

James Bond du dimanche


James Bond du dimanche

Meg Ryan et Anto­nio Ban­deras jouent à « qui est qui » dans cette comédie poli­cière réal­isée par le scé­nar­iste de l’ou­bli­able Bad Boys. L’archétype du ciné­ma pop-corn sans grandes ambi­tions formelles mais plutôt bien ficelé.

Hen­ry Durand (Col­in Han­ks) avait lais­sé sa mère (Meg Ryan) grosse et laide, ersatz de Goldie Hawn dans La mort vous va si bien. Quand il la retrou­ve trois ans plus tard, elle est dev­enue une tombeuse de ses hommes et enchaîne les amants à la vitesse d’une Loli­ta, écoutant les séré­nades d’un Ital­ien avant de s’amouracher d’un gen­tle­man cam­bri­oleur (Anto­nio Ban­deras), celui-là même que son fils est chargé de sur­veiller pour le compte du FBI…

Si l’on excepte In the Cut de Jane Cam­pi­on, cela fait bien dix ans que Meg Ryan n’avait pas été en haut de l’affiche au point que l’on avait fini par oubli­er que cette fig­ure de proue des films roman­tiques était autre­fois capa­ble de nous faire vers­er une larme en haut de l’Empire State Build­ing (Nuits blanch­es à Seat­tle) ou de nous appren­dre l’art de l’orgasme culi­naire (Quand Har­ry ren­con­tre Sal­ly). Pour Anto­nio Ban­deras aus­si la bonne étoile qui l’avait porté des fan­tasmes almod­ovariens aux plateaux hol­ly­woo­d­i­ens sem­ble lui avoir fait des infidél­ités. Si l’on excepte sa par­tic­i­pa­tion féline dans le cast vocal de Shrek, le bel hidal­go n’a plus pointé son épée dans le box-office ces derniers temps. Mon espi­on préféré serait-il le film du come­back ? On peut émet­tre quelques doutes (d’autant que le film est passé directe­ment par la case DVD aux États-Unis) mais cette comédie poli­cière a au moins le mérite de nous mon­tr­er que le temps n’a aucune emprise sur la chirurgie esthé­tique. Tirée a qua­tre épin­gles, Meg Ryan n’a jamais été aus­si ray­on­nante et n’hésite pas à jouer à fond avec son image, n’hésitant pas à paraître enlai­die au début du film, ce qui nous vaut au pas­sage une séquence assez amu­sante où, du fait de son poids, elle tombe et déboule les march­es de son per­ron. Le plaisir évi­dent et com­mu­ni­catif que pren­nent Anto­nio Ban­deras et Meg Ryan à jouer leur rôle ain­si que leur con­stante autodéri­sion fait que Mon espi­on préféré n’est à aucun moment un film de « stars » dont la trame ne servi­rait qu’à met­tre en valeur le duo. La preuve, le cou­ple se fait plusieurs fois vol­er la vedette par Col­in Han­ks, que l’on a pu voir le mois dernier dans Super Blonde, plutôt à l’aise dans son rôle de fis­ton obligé mal­gré lui d’approuver l’histoire d’amour de sa mère en pleine crise d’adolescence. Les scènes les plus réussies sont d’ailleurs celles qui jouent sur le comique de sit­u­a­tion et les dif­férents chocs provo­qués par le ren­verse­ment de la rela­tion mère/fils. Notons au pas­sage que le titre orig­i­nal My Mom’s New Boyfriend – néan­moins pas plus com­mer­cial – avait au moins le mérite d’être plus en phase avec l’esprit du film.

Plus comédie que film polici­er grossier comme on aurait pu le crain­dre (même si le film nous grat­i­fie quand même d’une course-pour­suite en voitures et de quelques fusil­lades), Mon espi­on préféré est l’une des pre­mières réal­i­sa­tions de George Gal­lo qui, s’il aurait pu s’abstenir d’écrire le scé­nario de Bad Boys, reste à l’origine d’un ovni comique de Bri­an De Pal­ma, Mafia Sal­ad. Film de scé­nar­iste, Mon espi­on préféré est donc plutôt bien ficelé et démon­tre une cer­taine habileté à pos­er les con­nex­ions entre les per­son­nages et les élé­ments clés qui font pro­gress­er le réc­it, rigueur qui com­pense le manque d’originalité de la plu­part des sit­u­a­tions. L’autre par­tic­u­lar­ité de Mon espi­on préféré est de miser sur l’ambivalence des iden­tités, la plu­part des per­son­nages se révélant finale­ment être autre chose que ce qu’ils pré­tendaient être. Cer­tains y ver­ront un tic de scé­nar­iste. David Mamet, notam­ment dans Engrenages ou La Pris­on­nière espag­nole, n’a pas eu peur de pouss­er à l’extrême cet art du retourne­ment qui donne un « 6ème sens » au film. Mais ce tic généra­teur de comique et de quipro­qu­os a au moins le mérite de faire rebondir l’intrigue à inter­valles réguliers et de don­ner à une même scène plusieurs angles de lec­ture selon le degré de con­nais­sance qu’ont les per­son­nages des uns des autres, comme cette séquence sur­réal­iste où Col­in Han­ks est obligé d’espionner Meg Ryan lors de son pre­mier ren­dez-vous (et pre­mière nuit) avec Anto­nio Ban­deras. Niveau mise en scène, George Gal­lo fait le ser­vice min­i­mum et noie sa tech­nique sous des effets « voy­ants » sou­vent mal­adroits (split-screen, tran­si­tions) et une musique assour­dis­sante. Ce manque d’ambition formelle mêlée à une intrigue qui ne déploie pas des som­mets d’originalité empêche Mon espi­on préféré de totale­ment dépass­er le stade de film du same­di soir, agréable­ment con­som­mé mais vite oublié.

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