Riparo
  • Riparo
  • Italie, France2008
  • Réalisation : Marco Simon Puccioni
  • Scénario : Marco Simon Puccioni, Monica Rametta, Heidrun Schleef
  • Image : Tarek ben Abdallah
  • Montage : Roberto Missiroli
  • Musique : Cristiano Fracaro, Dario Arcidiacono
  • Producteur(s) : Mario Mazzarotto
  • Interprétation : Maria de Medeiros (Anna), Antonia Liskova (Mara), Mounir Ouadi (Anis), Gisella Burinato (Laura), Vitaliano Trevisan (Salvio), Francesco Carnuletti (Antonio)...
  • Date de sortie : 29 octobre 2008
  • Durée : 1h38

Immigration, délocalisations, déception...


Immigration, délocalisations, déception...

Riparo met en scène la vie d’un cou­ple d’Italiennes qui héberge un jeune immi­grant clan­des­tin maro­cain, sur fond de licen­ciements dans l’usine où l’une est ouvrière et l’autre fille de la patronne. Pro­jet ambitieux por­teur de thèmes com­plex­es, Riparo pro­pose une descrip­tion recher­chée des rap­ports de classe entre patrons et ouvri­ers mais s’embourbe dans un por­trait grossier de son per­son­nage cen­tral d’immigré illé­gal.

Avec Riparo, Mar­co Simon Puc­cioni souhaitait réalis­er un film en phase avec l’histoire poli­tique de son pays. Il s’est jeté à bras le corps dans cette entre­prise en dénonçant à tout va: l’immigration clan­des­tine, bien sûr, mais aus­si les délo­cal­i­sa­tions d’usines et le rejet de l’homosexualité. Par­mi tous ces sujets, c’est celui de la frac­ture sociale entre classe ouvrière et classe dirigeante qui béné­fi­cie prob­a­ble­ment du traite­ment le plus per­ti­nent. Puc­cioni trans­pose la prob­lé­ma­tique dans la sphère privée et scrute l’évolution de la rela­tion amoureuse entre Anna, la fille de la pro­prié­taire de l’usine, et Mara, l’ouvrière. Les moti­va­tions, les com­porte­ments et les attentes des deux femmes sont mar­qués par leur orig­ine sociale, et finis­sent par créer un décalage dans leur cou­ple. Riparo parvient ain­si à faire poindre l’incompatibilité de ces deux mon­des de manière orig­i­nale, bien aidé en cela par la per­for­mance de son duo d’actrices (Maria de Medeiros et Anto­nia Lisko­va).

Mais si le film se sort hon­or­able­ment de la ques­tion sociale, son traite­ment du thème de l’immigration le plombe sérieuse­ment. Les dif­férences cul­turelles entre les deux Ital­i­ennes et le jeune Maro­cain (Anis) y sont présen­tées de manière extrême­ment car­i­cat­u­rale. Anis sem­ble plus être un out­il scé­nar­is­tique pour étudi­er la crise de son cou­ple d’hôtes qu’un per­son­nage à part entière. Pour les besoins du réc­it, il est tour à tour un « bon sauvage », un philosophe de bas étage, un petit truand, un amoureux tran­si, une vic­time au passé trau­ma­tique ou encore un tra­vailleur appliqué. Il va sans dire que la jux­ta­po­si­tion de ces divers­es facettes échoue à dessin­er un per­son­nage con­va­in­cant, et que le por­trait d’Anis est finale­ment très mal­adroit, incar­né de sur­croît par un acteur inter­mit­tent qui a une fâcheuse ten­dance à sur-jouer.

Le chem­ine­ment de ces trois per­son­nages trou­ve un écho ciné­matographique intéres­sant dans le traite­ment de leurs déplace­ments quo­ti­di­ens. Domi­cile, usine. Usine, cen­tre Com­mer­cial. Cen­tre com­mer­cial, domi­cile. Chaque tra­jet est longue­ment mon­tré à l’écran, dans toute sa banal­ité. On con­tourne à de nom­breuses repris­es une sculp­ture géante en forme de chaise, qui trône au milieu d’un rond point, immuable, inamovi­ble, alors que cha­cun cherche sa voie et que l’évolution de la sit­u­a­tion des per­son­nages dans le réc­it est sym­bol­isée par le change­ment de leur mode de trans­port. Mara passe ain­si du 4x4 au scoot­er au fur et à mesure qu’elle s’éloigne d’Anna et se rap­proche d’Anis, qui va lui quit­ter son bus pour le scoot­er ou la voiture « boost­ée » de son col­lègue, avant de se bar­rer toute per­spec­tive en s’attaquant à la Mer­cedes du directeur (Vital­iano Tre­visan, sec­ond rôle lumineux) – hors d’atteinte pour un sim­ple clan­des­tin. Au bout du compte, on se sou­vien­dra d’un film qui ne parvient pas à tir­er prof­it de son con­cept ini­tial pour­tant promet­teur, hand­i­capé par son scé­nario mal ficelé qui prend le pas sur ses per­son­nages.

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