Magique !

Magique !

de Philippe Muyl

  • Magique !
  • France2008
  • Réalisation : Philippe Muyl
  • Scénario : Philippe Muyl
  • Image : Philippe Gill
  • Montage : Richard Comeau
  • Musique : Cali
  • Producteur(s) : Nathalie Gastaldo, Philippe Godeau, André Rouleau, Maxime Remillard
  • Interprétation : Marie Gillain (Betty), Cali (Baptiste), Antoine Duléry (Auguste), Louis Dussol (Tommy), Benoît Brière (Alix)
  • Date de sortie : 22 octobre 2008
  • Durée : 1h31

Magique !

de Philippe Muyl

SuperCALIfragili


SuperCALIfragili

Les ten­ta­tives de films musi­caux français sont assez rares pour qu’elles ne sus­ci­tent pas l’intérêt. Mal­heureuse­ment les fées sem­blent avoir per­du leurs baguettes dans ce con­te pour enfants en chan­sons mais sans inspi­ra­tion. Le comble pour un film qui s’appelle « mag­ique » !

Entre la France et la comédie musi­cale, l’histoire d’amour s’est très rarement chan­tée avec un grand A. Plébisc­itée dans les pays anglo-sax­on, le musi­cal n’est pas en hon­neur de sain­teté chez nous : la pro­mo­tion de Sweeney Todd de Tim Bur­ton était en ce sens par­ti­c­ulière­ment révéla­trice de ces réti­cences, le dis­trib­u­teur se gar­dant bien d’insister sur le côté chan­té du film. Les raisons d’un tel rejet ? Cul­turelles sûre­ment, artis­tiques aus­si (on a du mal à pro­duire chez nous des artistes poly­va­lents capa­bles de chanter, danser et jouer la comédie), mais aus­si quelques ratés his­toriques quand dans les années 1950 puisque cer­tains grands musi­cals, à l’instar de My Fair Lady, sor­taient chez nous avec les chan­sons traduites en français. Ce désen­chante­ment à l’égard d’un genre qui se rap­proche pour­tant par bien des aspects d’un idéal de « spec­ta­cle total » cher à Antonin Artaud en aurait dis­suadé plus d’un. Et il fal­lu beau­coup d’opiniâtreté à Philippe Muyl pour réus­sir à mon­ter son pro­jet. Avorté plusieurs fois, c’est avec l’aide de cap­i­taux cana­di­ens que Mag­ique ! put enfin éclore, trans­portant au pas­sage Cali et Marie Gillain dans des paysages qui sen­tent bon le sirop d’érable.

Pari réus­si ? Pas vrai­ment. Les pre­mières images sont même agaçantes, le film se rap­prochant plus d’un épisode de L’Instit que de Min­nel­li : acteurs qui ne sont pas tou­jours justes, mise en scène inex­is­tante, chan­sons qui ont du mal à s’installer. Le fond du pro­pos n’est pour­tant pas si inin­téres­sant et la beauté des (bons) sen­ti­ments empêchent d’être totale­ment hos­tiles à Mag­ique !. Car sous ses airs de con­te réal­iste pour enfants, le film peut aus­si se lire comme une ode un peu niaiseuse sur les pou­voirs thérapeu­tiques de l’art : un petit garçon qui vit seul avec sa mère pro­pose à une troupe de cirque itinérant de s’installer dans leur jardin, espérant que ces artistes pour­ront sor­tir sa maman du spleen dans lequel elle est plongée. Les inten­tions sont louables mais pas suff­isantes. Les esprits les plus aguer­ris trou­veront bien quelques motifs à rap­procher de l’univers de Jacques Demy : la troupe du cirque fait écho aux forains des Demoi­selles de Rochefort (la chan­son où Cali et Antoine Duléry se présen­tent au petit garçon est d’ailleurs très proche de celle que chantent les forains à Danielle Dar­rieux), Marie Gillain est en recherche d’un idéal mas­culin cyberné­tique tout comme Cather­ine Deneuve et Jacques Per­rin se fan­tas­maient en pein­ture…. Mais bien enten­du, Mag­ique ! est loin de la vir­tu­osité du cinéaste nan­tais lorsqu’il réac­tive les pou­voirs du «Il était une fois» dans Peau d’Âne ou Le Joueur de flûte.

Comme dans Émi­lie Jolie ou plus récem­ment Le Sol­dat rose, le petit garçon de Mag­ique ! fait la con­nais­sance des dif­férents mem­bres du cirque qui cha­cun leur tour se présen­tent ou lui trans­met­tent une leçon de vie. Mis à part un numéro de rap (délibéré­ment ?) ridicule d’Antoine Duléry, les chan­sons orig­i­nales écrites par Philippe Muyl et com­posées par Cali rem­plis­sent par­faite­ment leur cahi­er des charges dans un style très nou­velle scène française. Par con­tre, que dire de la mise en scène plate et sans inspi­ra­tion des numéros musi­caux… Alors que l’on reproche aux nou­veaux réal­isa­teurs de comédies musi­cales une mise en scène trop inspirée des clips (pour le meilleur quand il s’agit de Baz Luhrmann dans Moulin-Rouge, pour le pire quand Joel Schu­mach­er mas­sacre Le Fan­tôme de l’Opéra), Philippe Muyl, lui, joue la carte de la sobriété, sobriété qui fait moins écho à un par­ti-pris esthé­tique qu’à un manque total d’inspiration et de créa­tiv­ité. Pour exem­ple, il sys­té­ma­tise pen­dant presque tout le film les mêmes procédés pour filmer ses chan­sons : soit un trav­el­ling avant sur le per­son­nage qui chante ses états d’âmes, soit un jeu de mon­tage très pau­vre entre plan large, moyen et rap­proché pour les numéros plus choré­graphiés. Seuls quelques duos entre le garçon et Cali pren­nent une aura poé­tique (quoique proche du cliché lorsque les deux acteurs sont filmés dans le clair obscur du soleil couchant) ; et il faut réelle­ment atten­dre la fin de Mag­ique ! pour qu’apparaisse une « cer­taine » audace. De même, on peut se deman­der pourquoi Philippe Muyl n’a pas mieux exploité le car­nava­lesque et la féérie que pou­vait lui apporter la présence de cette troupe de freaks édul­corés. Notons que dans le dossier de presse du film, Philippe Muyl donne un peu le bâton pour se faire bat­tre lorsqu’il avoue que mis à part Evi­ta ou Moulin-Rouge, il n’a jamais été un afi­ciona­do des comédies musi­cales. Ceci explique peut-être pourquoi Mag­ique ! n’arrive pas à trou­ver son style et sem­ble par­fois même embar­rassé par l’apparition des chan­sons.

Curiosité et attrait mar­ket­ing, ce film offre au chanteur Cali son pre­mier grand rôle au ciné­ma. Philippe Muyl n’est cer­taine­ment pas un grand directeur d’acteurs et la palette du Cali comé­di­en n’est pas exploitée entière­ment. Du coup ce dernier n’est pas tou­jours juste. Il finit quand même par impos­er son air de doux rêveur roman­tique. Le per­son­nage qu’il inter­prète s’appelle d’ailleurs Bap­tiste et il est dif­fi­cile de ne pas y voir un écho au Pier­rot lunaire des Enfants du Par­adis. En défini­tive, Cali reste la seule curiosité de ce film au demeu­rant inof­fen­sif mais sans aucun pou­voir mag­ique.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !