Super Blonde

Super Blonde

de Fred Wolf

  • Super Blonde
  • (The House Bunny)
  • USA2008
  • Réalisation : Fred Wolf
  • Scénario : Karen McCullah Lutz, Kirsten Smith
  • Image : Shelly Johnson
  • Montage : Debra Chiate
  • Musique : Waddy Wachte
  • Producteur(s) : Heather Parry, Jack Giarraputo, Adam Sandler
  • Interprétation : Anna Faris (Shelley Darlingson), Colin Hanks (Oliver), Emma Stone (Natalie), Kat Dennings (Mona), Katharine McPhee (Harmony), Rumer Willis (Joanne)...
  • Date de sortie : 8 octobre 2008
  • Durée : 1h37

Super Blonde

de Fred Wolf

Blonde mais pas trop


Blonde mais pas trop

Alors que le clone de Reese With­er­spoon prend sa revanche musi­cale à Broad­way, les scé­nar­istes de La Revanche d’une blonde récidi­vent dans le film de blondes avec une ques­tion méta­physique que tout le monde rêve de se pos­er: que se passe-t-il lorsqu’une pin-up de Play­boy est mise au plac­ard? Dans le rôle de la poupée Bar­bie, une Anna Faris délurée qui insuf­fle toute son énergie dans cette comédie potache, un peu nanar sur les bor­ds mais moins écervelée qu’elle n’y paraît.

Avec Super Blonde, les Bun­ny Girls, ces play­mates immor­tal­isées par le mag­a­zine Play­boy, repren­nent du poil de la bête et nul besoin d’être un fer­vent défenseur des droits des ani­maux (ou une chi­enne de garde) pour com­mencer à mon­ter au créneau. Le pitch, en effet, laisse crain­dre un énième teen-movie avec de belles plantes dénudées, pré­texte à faire fan­tas­mer les jeunes ados bou­ton­neux: bim­bo jusqu’au bout des ongles mais sur le point de dépass­er la date lim­ite de péremp­tion, Shel­ley (Anna Faris) est injuste­ment mise à la porte du manoir Play­boy. La faute à l’une de ses com­pars­es, jalouse qu’elle soit Miss Novem­bre à sa place dans le futur cal­en­dri­er. Après quelques jours d’errance, notre blonde ingénue trou­ve refuge dans une asso­ci­a­tion d’étudiantes intel­los, moches et impop­u­laires qu’elle aura vite fait de relook­er. Avalanche de vul­gar­ité? Et bien pas tant que ça. Si les pre­mières images du film généreront for­cé­ment quelques poussées de testostérone, le film nous sauve de l’indigestion péri­ode Col­laro Show en expé­di­ant assez rapi­de­ment le fac­teur mâle et en prenant un angle de vue majori­taire­ment féminin donc sup­posé plus sub­til – nor­mal lorsque l’on sait que c’est l’actrice Anna Faris qui est à l’origine du pro­jet.

Là où Super Blonde réus­sit son pari, c’est qu’il assume la futil­ité de son sujet tout en s’amusant des arché­types qu’il met en scène. Vu sous cet angle, Shel­ley est donc dou­ble­ment grat­inée, elle qui ren­voie aus­si bien aux pin-up Play­boy qu’à la blonde ingénue, mythique dans le ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en des années 1950 (Super Blonde fait d’ailleurs un clin d’œil assez drôle à Mar­i­lyn Mon­roe dans Sept ans de réflex­ion) et ressus­cité ces dernières années par les Nicole, Paris et con­sorts. Et qui dit blonde, dit for­cé­ment physique de blonde, préoc­cu­pa­tions de blonde, Q.I de blonde (Shel­ley ne retient les prénoms qu’en les répé­tant avec la voix de la gamine de L’Exorciste) et répliques cultes de blondes désor­mais qual­i­fiées d’éve-angélismes. Car si la blonde est un per­son­nage de comédie effi­cace, c’est aus­si parce qu’elle prend tout au pied de la let­tre (quand bien même elle serait appréhendée par les auteurs et les spec­ta­teur au sec­ond degré): en témoigne cette séquence où Shel­ley, au début de son errance, se fait arrêter par un flic qui lui demande de souf­fler dans le bal­lon (« blow » en anglais) et qu’en bonne play­mate elle se met à genoux pour lui faire une gâterie. Super Blonde grossit délibéré­ment le trait pour mieux accentuer les dis­so­nances que crée cette poupée Bar­bie exilée lorsqu’elle est soumise à l’épreuve de la réal­ité. Ces élec­tro-chocs per­ox­y­dés fonc­tion­nent d’ailleurs plutôt bien, aidés en cela par le tal­ent comique d’Anna Faris qui n’a pas peur de se met­tre en dan­ger et qui fait preuve d’une énergie proche de Cameron Diaz dans Mary à tout prix.

Pour être entière­ment réus­si, le film aurait dû être extrémiste tout du long, jouer la carte 100% blonde et sec­ond degré, quitte à pro­duire un objet inclass­able dans la lignée des meilleurs délires de John Waters. Mal­heureuse­ment, Super Blonde s’embarrasse d’une intrigue teenage inin­téres­sante qui s’étiole au rythme de rebondisse­ments plus ou moins atten­dus. Certes, l’idée de faire inter­venir des geeks au féminin donne lieu à quelques séquences cocass­es (on retien­dra notam­ment la séquence où le groupe chante Like a Vir­gin avec des paroles légère­ment mod­i­fiées), mais même la plus sotte des blondes n’aura pas de mal à devin­er que les laiderons devien­dront aus­si belles que pop­u­laires et que Shel­ley gag­n­era quelques neu­rones avec le grand amour. Dans ces pires moments, Super Blonde a alors bien du mal à mas­quer sa cible pub­lic MTV et devient une sorte de méga-mix de télé-réal­ité, la ren­con­tre improb­a­ble entre Big Broth­er, The Real Life et Blond Eye for Ugly Girls. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans le cast­ing vien­nent se gref­fer quelques gag­nants de la Star Ac’ améri­caine. Mal­gré quelques bonnes dos­es de rigo­lade, Super Blonde laisse donc sur sa faim tout en nous grat­i­fi­ant d’une morale à méditer: il est bien beau de vouloir s’accepter tel que l’on est mais la vie sem­ble bien plus facile pour les belles filles décol­orées… Car c’est bien con­nu, les hommes préfèrent les blondes!

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