X‑Files : Régénération

X‑Files : Régénération

de Chris Carter

  • X‑Files : Régénération
  • (X-Files: I Want to Believe)
  • États-Unis2008
  • Réalisation : Chris Carter
  • Scénario : Frank Spotnitz, Chris Carter
  • Image : Bill Roe
  • Décors : Mark Freeborn
  • Costumes : Lisa Tomczeszyn
  • Montage : Richard A. Harris
  • Musique : Mark Snow
  • Producteur(s) : Frank Spotnitz, Chris Carter
  • Production : Ten Thirteen Productions
  • Interprétation : David Duchovny (Fox Mulder), Gillian Anderson (Dana Scully), Amanda Peet (Dakota Whitney), Billy Connolly (père Joseph Crissman)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 30 juillet 2008
  • Durée : 1h44

X‑Files : Régénération

de Chris Carter

Des retrouvailles agréables malgré tout


Des retrouvailles agréables malgré tout

Les admi­ra­teurs des petits hommes verts et de l’hu­mour grinçant de Mul­der attendaient avec impa­tience mais non sans défi­ance le deux­ième reje­ton ciné­matographique de la célèbre série des années 1990 : si l’hu­mour est au ren­dez-vous et une cer­taine forme visuelle égale­ment, Chris Carter s’est bien trop peu soucié de son scé­nario pour con­tenter les déçus de l’ab­sence de vie extra-ter­restre sur Mars.

Que l’on prévi­enne les ama­teurs d’ov­nis et de créa­tures de Roswell mod­ernisées, il ne s’ag­it pas d’aven­tures extra-ter­restres dans ce film qui n’est ni vrai­ment plus ni vrai­ment moins qu’un épisode à part entière des X‑Files. L’ou­ver­ture d’X‑Files: Régénéra­tion (titre pom­peux traduit de l’anglais I Want to Believe qui trans­met­tait bien plus intel­ligem­ment l’idée du retour de Mul­der ‑qui pos­sède une affiche sur laque­lle était inscrite la fameuse sen­tence- que la tra­duc­tion française bion­ique et ridicule) est plutôt sur­prenante ; elle ne man­quera d’ailleurs pas d’é­mou­voir les fana­tiques dès que les pre­mières fameuses notes du générique s’emballent : jouant des don­nées tem­porelles et des sup­po­si­tions directes du spec­ta­teur, Chris Carter met en par­al­lèle deux scènes, l’une mon­trant l’at­taque d’une femme par un homme dont on ne ver­ra que la cig­a­rette ‑référence au « smok­ing man » de la série‑, l’autre met­tant en scène une battue d’a­gents du FBI dans la neige recher­chant un corps. Le par­al­lèle habile place l’événe­ment et l’en­quête sur le même plan sans ren­dre compte tout de suite du décalage dans le temps, et dans l’in­trigue, des deux intro­duc­tions. On retrou­ve ici l’ha­bileté de Chris Carter qui n’avait pas réal­isé le pre­mier film X‑Files en 1998 pâtis­sant effec­tive­ment d’un manque de con­struc­tion et d’o­rig­i­nal­ité visuelle cri­ant.

Un agent du FBI dis­paraît donc dans un paysage blanc et froid : un pédophile a des visions de son enlève­ment. Inca­pables d’ex­pli­quer ce phénomène de la part d’un repris de jus­tice morale­ment peu irréprochable, les agents Whit­ney et Drum­my en appel­lent à la bonne vieille équipe virée du FBI quelques années plus tôt pour man­que­ment aux règles de l’in­sti­tu­tion : Fox Mul­der et Dana Scul­ly. Tan­dis que la sec­onde a embrassé « défini­tive­ment » sa car­rière de médecin, le pre­mier s’est enlisé dans une décep­tion de la vie et dans son échec pro­fes­sion­nel. Ne tirant pas de trop sur la corde de l’at­tente d’une réap­pari­tion à l’écran des deux acteurs, Carter emploie plutôt la méth­ode humoris­tique : les con­nais­seurs de la série retrou­veront la fâcheuse ten­dance de Mul­der à envoy­er des crayons sur le pla­fond, et surtout un per­son­nage ironique­ment en bout de course. Homme des cav­ernes, Mul­der ne s’est vis­i­ble­ment pas rasé depuis quelques mois, traîne ce qui lui sert de corps comme un poids mort, ce qui per­met à Chris Carter de s’a­muser de son per­son­nage un peu vieil­li qui ne court plus aus­si rapi­de­ment qu’a­vant, et qui ne sauve pas la planète très vail­lam­ment. Coquet­terie, orig­i­nal­ité de scé­nario, l’un des piv­ots du scé­nario (l’a­gent Whit­ney) dis­paraît rapi­de­ment de l’in­trigue. Une autre orig­i­nal­ité est plus intéres­sante, le « méchant-qui-n’est-pas-vrai­ment-méchant-parce qu’il-aide-Mul­der-et-Scul­ly-dans-l’en­quête » est tout de même un pédophile en série qui tente de se “racheter” une con­duite : loin du manichéisme habituel des films à sen­sa­tion, celui-ci a le mérite de nav­iguer entre le franche­ment poli­tique­ment incor­rect et le glauque le plus total.

Chris Carter restitue assez tal­entueuse­ment l’im­age un brin salie, un brin floue, de la série, passe au ciné­ma avec beau­coup d’hu­mour sur ses per­son­nages, héros essouf­flés et sur la sit­u­a­tion de l’Amérique sous un cer­tain G.W. Bush, mais a claire­ment bâclé son scé­nario : les per­son­nages sec­ondaires ressem­blent en tous points aux héros de séries poli­cières de FBI: portés dis­parus, NCIS et con­sorts ; on ne croit plus telle­ment à l’in­trigue du médi­um pédophile. Plus grave, les cas­sures de rythme inces­santes por­tent grave­ment atteinte à la flu­id­ité du film, lais­sant par­fois le fana­tique des aven­tures de Mul­der et Scul­ly dans un ennui ponctuel mais récur­rent. Chris Carter sem­ble avoir bien plus misé sur le plaisir des retrou­vailles des com­pères, sur son pro­pre plaisir à met­tre en scène ces derniers, que sur la con­struc­tion com­plète d’un film. Et c’est bien dom­mage car tous les ingré­di­ents d’un bon film à sus­pense et d’un retour intel­li­gent de Chris Carter ‑qui ressem­blait au départ à un coup de pub mais mon­tre une fois n’est pas cou­tume un tal­ent réel- étaient présents. Les fans seront déçus de ne pas voir d’ex­tra-ter­restres, les novices ne com­pren­dront pas toutes les références à la série, ce qui fait d’X‑Files: I Want to Believe un film entre deux eaux, imag­i­natif mais sans grande écri­t­ure… et lais­sera espér­er, dans dix ans, un nou­v­el épisode aus­si drôle et intri­g­ant, mais bien mieux pré­paré.

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