© Warner Bros. France
Seuls Two

Seuls Two

de Éric Judor, Ramzy Bedia

  • Seuls Two
  • France2009
  • Réalisation : Éric Judor, Ramzy Bedia
  • Scénario : Éric Judor, Ramzy Bedia, Philippe Lefebvre, Lionel Dutemple
  • Image : Philippe Piffeteau
  • Montage : Jean-Christophe Hym, Sébastien de Sainte-Croix
  • Producteur(s) : Alain Attal
  • Production : Les Productions du Trésor
  • Interprétation : Éric Judor (Gervais), Ramzy Bedia (Curtis), Benoît Magimel (le commissaire), Kristin Scott Thomas (l'antiquaire), Élodie Bouchez (Juliette), Omar Sy (Sammy Bouglioni), MC Jean Gab'1 (Freddy Bouglioni)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 25 juin 2008
  • Durée : 1h34

Seuls Two

de Éric Judor, Ramzy Bedia

« Two » doit disparaître


« Two » doit disparaître

Éric et Ramzy, si l’on n’est pas obligé de les détester, per­me­t­tent assez sou­vent à la sim­ple vue de leur nom sur une affiche, de prédire le niveau général d’un film. C’est ce que con­tre­di­s­ait l’année dernière Steak, de Quentin Dupieux. Cette fois, avec le duo à la réal­i­sa­tion et tou­jours devant la caméra, Seuls Two force à l’affirmer : il ne s’agissait mal­heureuse­ment que d’une excep­tion.

Seuls Two naît d’un désir de lib­erté. Engoncés dans leurs rôles habituels, Éric Judor et Ramzy Bédia voulaient pou­voir men­er un pro­jet sans per­son­ne pour les brid­er. Le duo pas vrai­ment classe, plutôt attachant comme une com­pen­sa­tion de n’être pas tou­jours très drôle, est une sorte de Lau­rel et Hardy du par­lant, dans la manière de se com­pléter sur la scène. Ramzy le grand gon­do­lé qui sem­ble se tor­dre sous son pro­pre poids, Éric le petit chauve nerveux dont l’incapacité d’assurer passe par la bouche, bafouilles et mau­vais emploi des mots, ce qui les fit con­naître. Mais l’usure a trop rapi­de­ment guet­té, le jeu et les sit­u­a­tions car­i­cat­u­rales stag­nent. Depuis leur début à la radio, les deux comiques ont enchaînés une suite de navets, à la télé ou au ciné­ma, qui a achevé de les décrédi­bilis­er.

Mais en 2006 ils tour­nent Steak, réal­isé par Quentin Dupieux. Le réal­isa­teur les trans­porte dans un monde sur­réal­iste et les sort un peu de leurs habi­tudes. Sans être un grand film, Steak sur­prend. Dupieux est un habile meneur qui sait ne pas s’enfermer sur le duo. Les per­son­nages sont tous ren­dus loufo­ques par les sit­u­a­tions mais dans un monde où bizarre et norme ne font qu’un. Plutôt que drôle, Steak est absol­u­ment sur­prenant, de ses lumières à son scé­nario, si l’on accepte de ne pas l’attaquer comme une sim­ple comédie.

Dans le dossier de presse de Seuls Two, Éric et Ramzy déclar­ent qu’après avoir tra­vail­lé avec Dupieux, ils ne pou­vaient plus jouer comme avant, c’est-à-dire dans des rôles tou­jours sim­i­laires et prédéfi­nis. L’expérience avait été trop forte pour qu’ils revi­en­nent à leurs cadres clas­siques. Réac­tion du duo : réal­isons nous-même notre prochain film.

Seuls Two est un vieux pro­jet, une sorte de course pour­suite infinie dont les raisons sont sec­ondaires. Ça devait s’appeler Tom et Jérôme, sans doute être assez abstrait, avant que le temps et les ren­con­tres ne remod­è­lent peu à peu l’histoire ini­tiale. Ger­vais est un flic minable qui court lit­térale­ment après un Arsène Lupin vul­gaire, Cur­tis, qui lui échappe con­tin­uelle­ment. La vie sem­ble se résumer à ça mais un beau jour la ville devient déserte. Il ne reste que les deux hommes qui seront for­cés de se rap­procher. On ne dévoil­era pas ce qui fait dis­paraître ou non la pop­u­la­tion, même si cela n’a aucune impor­tance, tout n’étant qu’un pré­texte pour laiss­er libre court à leurs caboti­nages. Pas­sons les longues étapes de pré­pa­ra­tion, les ren­con­tres avec les tech­ni­ciens, pro­duc­teurs, réal­isa­teurs éventuels, etc. Le prob­lème étant que le film com­porte un nom­bre con­séquent de scènes où l’un, l’autre ou les deux comiques s’agitent dans un Paris totale­ment désert. Et pas n’importe où : Champs-Élysées, Pan­théon, Bar­bès… En défini­tive, c’est évidem­ment impres­sion­nant de voir Ramzy don­ner corps à des rêves de gosse : dévalis­er le Lou­vre, tra­vers­er les Champs en For­mule 1, pique-niquer au milieu d’une autoroute… Plus impres­sion­nant encore, les 18 mil­lions d’euros de bud­get pour quelques scènes à couper le souf­fle et un film à couper l’envie de le voir. La pré­pa­ra­tion des fameuses séquences de Paris vide reste bien plus pas­sion­nante que le résul­tat. Des cen­taines d’hommes blo­quant par inter­mit­tence les lieux de tour­nage, postés sur les routes et à chaque entrée de porte pour éviter l’apparition du riverain qui aurait la vilaine idée de sor­tir dans la rue et gâch­er la prise.

Le prob­lème de Seuls Two n’est pas très dif­férent du prob­lème que ressen­taient le duo avec d’autres réal­isa­teurs que Dupieux : seuls ils ne sont plus for­cés d’obéir, ils sont libres d’agir comme ils le souhait­ent mais plus rien ne peut arrêter leurs excès. Faire ce que l’autre veut au risque de se per­dre ou faire ce que l’on veut au risque de per­dre l’autre… Deux pôles sur lesquels s’échoue une arma­da d’acteurs qui se propulsent réal­isa­teurs. Seuls Two devient donc en moins d’une demi-heure un champ vide où les agi­ta­tions hys­tériques d’Éric (surtout) don­nent mal au crâne. L’excès fatigue, très longtemps avant la fin. Et pour­tant c’est par cet excès que Seuls Two aurait pu réus­sir. Dupon­tel, mal­gré tout, par­ve­nait dans Enfer­més dehors à créer un univers abstrait, agaçant mais d’une cer­taine richesse. Seuls Two n’atteint même pas ce niveau, per­du entre l’absence de rythme des scènes de pour­suites, des longues dis­cus­sions vaines, et le défilé de pubs pour les mag­a­sins des Champs ou autres (il n’y a qu’à voir la For­mule 1, très réal­iste par le nom­bre de mar­ques inscrites sur sa car­rosserie). Reste à sourire en pen­sant que peut-être, les agi­ta­tions du duo dans le vide provo­queront soudain la déser­ti­fi­ca­tion de cer­taines salles de ciné­ma.

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