Nouvelle donne

Nouvelle donne

de Joachim Trier

  • Nouvelle donne
  • (Reprise)
  • Norvège2006
  • Réalisation : Joachim Trier
  • Scénario : Eskil Vogt, Joachim Trier
  • Image : Jakob Ihre
  • Montage : Olivier Bugge Coutté
  • Musique : Ola Fløttum, Knut Schreiner
  • Producteur(s) : Karin Julsrud
  • Interprétation : Anders Danielsen Lie (Phillip), Espen Klouman Høiner (Erik), Viktoria Winge (Kari), Odd Magnus Williamson (Morten), Pål Stokka (Geir), Christian Rubeck (Lars), Henrik Elvestad (Henning), Rebekka Karijord (Johanne), Henrik Mestad (Jan Eivind), Sigmund Sæverud (Sten Egil Dahl)...
  • Distributeur : Malavida
  • Date de sortie : 11 juin 2008
  • Durée : 1h43

Nouvelle donne

de Joachim Trier

Nouvelle Vague... ment


Nouvelle Vague... ment

Diplômé d’une école de ciné­ma bri­tan­nique (son coscé­nar­iste, lui, vient de la Femis) et, nous dit-on, ex-cham­pi­on de skate, le Norvégien Joachim Tri­er livre un pre­mier long-métrage en forme d’après-film de fin d’é­tudes, moins le pro­duit d’une néces­sité de filmer qu’un gage un peu fan­faron de réus­site à pass­er au pre­mier long.

Erik et Phillip, amis d’en­fance, férus de let­tres et de musique punk, ont décidé de percer dans la lit­téra­ture norvégi­en­ne. Cha­cun envoie son man­u­scrit à des édi­teurs : tan­dis que celui d’Erik est rejeté, Phillip se voit pub­lié et devient du jour au lende­main une fig­ure de la scène cul­turelle nationale. Après une ellipse de six mois, Erik et des amis vont chercher Phillip à l’hôpi­tal psy­chi­a­trique… Suiv­ant cette bande de jeunes écrivains ambitieux et de musi­ciens remuants, Nou­velle donne esquisse une approche décom­plexée de la jeunesse norvégi­en­ne d’au­jour­d’hui (rien de très neuf de ce côté-là : prompte à faire les idiots, mais pleine de pro­jets) et du croise­ment cul­turel qui s’y opère, entre solen­nité de l’héritage des anciens et pul­sions libéra­tri­ces des mod­ernes. Mais ni ce matéri­au socio-cul­turel, ni le sujet qui se des­sine en fil­igrane au gré des his­toires indi­vidu­elles ne sem­blent vrai­ment intéress­er Tri­er, dont les choix tech­niques et formels, dans le fond assez académiques, trahissent plus un intérêt pour ces mêmes choix comme fin en soi, comme gage de com­pé­tence tech­nique, plutôt qu’une néces­sité réelle de filmer quelque sujet que ce soit.

“Refus de prendre sur soi”

Le film s’ou­vre pour­tant sur une belle idée emprun­tée à la lit­téra­ture : une voix off énonçant au con­di­tion­nel et avec un implaca­ble souci du détail les fan­tasmes des deux scri­bouil­lards se pro­je­tant en futures som­mités cul­turelles adulées mais sans com­pro­mis. Cette intro­duc­tion donne un bon aperçu du sujet du film — ou du moins du thème du scé­nario — mais aus­si, ironique­ment, de sa lim­ite. Nou­velle donne, avec son titre appelant au renou­veau, peut se résumer à l’his­toire de fan­tasmes plus ou moins assou­vis : rêves de notoriété plus ou moins active­ment pour­suiv­is, aspi­ra­tions à la lib­erté grossière­ment man­i­festées à tra­vers la musique punk, désirs de recom­mence­ment après la crise (Phillip con­va­les­cent tente de renouer une rela­tion amoureuse inter­rompue). Si le scé­nario est bien con­stru­it autour de ces grandes espérances, il reste cepen­dant un autre sujet de fan­tasmes de maîtrise qui, lui, refuse trop prudem­ment de se laiss­er traiter : Joachim Tri­er. Plutôt com­plaisant envers ses per­son­nages de jeunes pas tou­jours très fins, mais dont même le plaisir qu’il prend à exploiter les incar­tades est mesuré, le réal­isa­teur mon­tre surtout qu’il cherche moins à traiter un sujet qu’à s’en servir comme sup­port pour en filmer la tra­duc­tion visuelle. Plus désireux de filmer que de filmer quelque chose, ani­mé d’une envie de statut artis­tique de toute évi­dence aus­si grande que celle de ses écrivains en herbe, Tri­er eût sans doute gag­né à assumer pleine­ment ses fan­tasmes à lui, ce qui eût ajouté au sujet un appen­dice intéres­sant. Ce refus de pren­dre sur soi explique au fond pourquoi, mal­gré la qual­ité d’écri­t­ure, la démarche du film ne con­va­inc que mod­éré­ment à l’écran.

Tri­er a beau faire preuve d’une maîtrise dans le découpage, d’hu­mour dans sa pein­ture des per­son­nages, sa mise en scène, dans sa sobriété étudiée comme dans ses effets, reste en toutes cir­con­stances illus­tra­tive et sco­laire. Que ce soit pour évo­quer la thé­ma­tique du recom­mence­ment (allers-retours dans le temps), les incer­ti­tudes des uns et des autres (musique atmo­sphérique, éclairage cré­pus­cu­laire), l’ag­i­ta­tion de la jeunesse (bande-son riche en rock et en punk), aucun choix ne sur­prend ni n’in­ter­pelle, tous relèvent d’une inter­pré­ta­tion lit­térale des scènes et des états du film, vecteurs d’une qual­ité d’accom­pa­g­ne­ment de ce qui est filmé plutôt que d’un point de vue de cinéaste. Même les sail­lies visuelles que lui inspirent les por­traits de jeunes restent de l’or­dre du surligne­ment (zooms, sous-titres éti­que­tant les per­son­nages). Tri­er reste un élève appliqué et poseur, dont même les incar­tades man­quent d’o­rig­i­nal­ité et, surtout, de spon­tanéité.

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