Enfances
  • Enfances
  • France2007
  • Réalisation : Ismaël Ferroukhi, Khalil Joreige, Corinne Garfin, Yann Le Gal, Isild Le Besco, Joana Hadjithomas, Safy Nebbou
  • Scénario : Yann Le Gal
  • Producteur(s) : Laurence Diaz, Laurence Darthos
  • Un secret derrière la porte
    Réalisation et adaptation : Yann Le Gal
    Interprétation : Virgile Leclair (Fritz Lang enfant), Julie Gayet (la mère), Patrick Fierry (le père), Jonathan Joss (le frère)
    Le Regard d'un enfant
    Réalisation et adaptation : Isild Le Besco
    Interprétation : Brandon Darai (Orson Welles enfant), Isild Le Besco (la tante), Emmanuelle Bercot (la mère), Pascal Bongard (le père)
    Open the Door, Please
    Réalisation et adaptation : Joana Hadjithomas, Khalil Joreige
    Interprétation : Maxime Juravliov (Jacques Tati enfant)...
    La Paire de chaussures
    Réalisation et adaptation : Ismaël Ferroukhi
    Interprétation : Clotilde Hesme (Gabrielle), Eliott Margue (Jean Renoir enfant), Frédéric Papalia (Godefer)
    Nuit brève
    Réalisation et adaptation : Corinne Garfin
    Musique : Evguéni Galperine
    Interprétation : Grégoire Azouvy (Alfred Hitchcock enfant), Margot Meynard (la mère), Vincent Solignac (le père)
    Une naissance
    Réalisation et adaptation : Safy Nebbou
    Interprétation : Max Renaudin (Ingmar Bergman enfant), Elsa Zylberstein (la mère), Pascal Elso (le père), Octave Arveiller (le frère)
  • Date de sortie : 14 mai 2008
  • Durée : 1h20

L'enfance de l'art


L'enfance de l'art

Six his­toires pour évo­quer l’en­fance de six grands réal­isa­teurs. C’est le principe de ce pro­gramme iné­gal qui écrase plus qu’il ne développe les qual­ités et poten­tiels des auteurs de chaque réc­it. Entre fidél­ité et lib­erté d’in­ter­pré­ta­tion, le poids d’une psy­cholo­gie sim­pliste provoque la méfi­ance du spec­ta­teur. D’où la réus­site du seg­ment de Joana Had­jithomas et Khalil Jor­eige qui ne prend de Tati que le corps quand les autres traque­nt vaine­ment une men­tal­ité.

Fritz, Orson, Jacques, Jean, Alfred et Ing­mar sont de petits garçons. Mais pas seule­ment. Avant chaque his­toire une phrase a pris soin de prévenir les quelques spec­ta­teurs qui ne seraient pas venus pour ça que les enfants sont aus­si de grands cinéastes. Mal ficelé, l’ensem­ble n’a d’autre cohérence que ce principe, ce pré­texte de bouts d’en­fances. Le tout n’a du film que sa durée, il est la somme des courts-métrages qui le com­posent et a la lour­deur de son cal­cul. La recette est con­nue, par­fois lucra­tive (Paris je t’aime), rarement digeste. Quand en plus il s’agit d’offrir une psy­cholo­gie sim­pliste, l’affaire tourne au vinai­gre.

L’adulte porte en lui son enfance, certes. De là à repar­tir d’un épisode de la vie de six enfants pour finale­ment laiss­er enten­dre qu’il en résul­tera leur œuvres futures, le rac­cour­ci est raide. Donc six réal­isa­teurs de génie sont ramenés par six réal­isa­teurs (Yann Le Gal, Isild Le Besco, Joana Had­jithomas et Khalil Jor­eige, Ismaël Fer­roukhi, Corinne Garfin, Safy Neb­bou) à l’état de petits garçons. Cha­cun cadré par une prophétie de Caram­bar pour bien faire com­pren­dre que les frag­ments de vies recon­sti­tuées se veu­lent por­teurs du tatouage de leurs voies futures.

L’écueil est évité de l’hommage qui écrase le film dans les pas du géant. Assez peu de repro­duc­tions tech­niques réduc­tives, les jeunes réal­isa­teurs gar­dent la tête haute pour par­tir d’une anec­dote liée aux maîtres et l’adapter libre­ment. La fidél­ité sem­ble avoir été priv­ilégiée dans la morale, dans le con­texte social, famil­ial ou psy­chologique. La mon­tée du nazisme autour de l’enfant Lang, sa naïveté qui lui fait adhér­er à l’antisémitisme avant d’apprendre que sa mère est juive. Les habi­tudes du jeune Bergman trou­blées par l’arrivée d’une petite sœur. L’initiation aux class­es sociales du bour­geois Renoir. Pour les plus représen­tat­ifs. Mais dif­fi­cile de par­ler de fidél­ité puisque Enfances se base sur des anec­dotes adap­tées très libre­ment tout en affir­mant claire­ment qui est l’enfant et de là ce qu’il sera. L’ensem­ble hésite entre essai et frag­ments de biopics, ne récoltant du sec­ond genre que les défauts. Des biogra­phies filmées, on attend la mise en scène d’une vie réelle, gare à celui qui adapte trop libre­ment s’il n’en fait pas un principe. Ici il ne sera jamais ques­tion de recon­stituer un pas­sage exact, la pro­duc­tion n’avait pas les moyens et les épisodes sont trop courts pour biog­ra­ph­er. Mais si on ne cherche pas le réal­isme, pourquoi met­tre autant en avant les six génies du ciné­ma à part pour ven­dre le film ?

Faux long métrage, rac­cour­cis éner­vants, oppo­si­tion entre lib­ertés et réal­isme, mal­gré ces défaut cer­tains courts-métrages fonc­tion­nent, plus ou moins gen­ti­ment. À vrai dire un seul vaudrait presque la séance tout entière : le petit film mod­este et maîtrisé de Joana Had­jithomas et Khalil Jor­eige. En 1920, un pho­tographe tente de met­tre un peu d’esthétisme dans l’art de la pho­to de classe. Les élèves sont bien alignés, sauf un, deux bonnes têtes de plus que ses petits cama­rades. L’affaire dure, le pro­fesseur et l’homme à l’appareil rous­pè­tent avant que le géant ne s’échappe au cœur de l’école en pour­suiv­ant une petite fille venue trou­bler la séance. Dans ce grand décor froid des salles de classe désertes, des gym­nas­es où le moin­dre bruit résonne, le corps dégin­gandé déam­bule, avec la dis­cré­tion pataude de Tati. Si ce seg­ment est si réus­si (dif­fusé seul, il a porté le nom de Open the Door), c’est qu’il ne repose pas sur une iden­tité unique­ment morale mais pure­ment sur le corps. Même très beaux, les autres buteraient tou­jours sur leur rap­port aux cinéastes qu’ils évo­quent tant ils se pré­ten­dent con­sti­tu­tifs d’une men­tal­ité. Open the Door sait se couper de Tati, ne rien faire sem­blant d’annoncer. Ses auteurs ren­dent pal­pa­ble l’abstraction que le cinéaste a tou­jours inté­grée dans ses films. C’est le plus bel hom­mage que l’on puisse faire; par­tir des chemins tracés par un artiste pour dessin­er une nou­velle voie, cohérente mais autonome.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Memory Box
Memory Box
Dans les forêts de Sibérie
Dans les forêts de Sibérie
The Lebanese Rocket Society
The Lebanese Rocket Society
Festival CPH:DOX, 10e édition
Festival CPH:DOX, 10e édition
Comme un homme
Comme un homme
Les Hommes libres
Les Hommes libres
Isild Le Besco
Isild Le Besco
Bas-Fonds
Bas-Fonds
Je veux voir
Je veux voir
L’Autre Dumas
L’Autre Dumas
Je veux voir
Je veux voir
Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Joana Hadjithomas et Khalil Joreige