Iron Man

Iron Man

de Jon Favreau

  • Iron Man
  • États-Unis2008
  • Réalisation : Jon Favreau
  • Scénario : Mark Fergus, Hawk Ostby, Art Marcum, Matt Halloway
  • d'après : le personnage Iron Man
  • de : Stan Lee, Jack Kirby
  • Image : Matthew Libatique
  • Montage : Dan Lebental
  • Musique : Ramin Djawadi
  • Producteur(s) : Avi Arad, Kevin Feige
  • Production : Marvel Studios, Fairview Entertainment
  • Interprétation : Robert Downey Jr (Tony Stark / Iron Man), Terrence Howard (Jim Rhodes), Jeff Bridges (Obadiah Stane / Iron Monger), Gwyneth Paltrow (Pepper Potts)...
  • Date de sortie : 30 avril 2008
  • Durée : 2h05

Iron Man

de Jon Favreau

Œdipe boit


Œdipe boit

Le défer­lement annuel de super-héros débar­que enfin. Pour ouvrir les fes­tiv­ités, Iron Man fait son entrée. Passera-t-il son exa­m­en de pas­sage ciné­matographique ? En le plaçant dans un scé­nario œdip­i­en comme Hol­ly­wood les affec­tionne tant, en mis­ant sur la qual­ité du cast­ing autant que sur les effets spé­ci­aux et en ne gom­mant pas les ambiguïtés du per­son­nage (créé par Stan Lee en 1963), les pro­duc­teurs ont tout fait pour qu’il s’en tire avec une men­tion “Bien”. Au moins.

Voilà une décen­nie que le bes­ti­aire des édi­tions Mar­vel Comics se niche con­fort­able­ment tous les ans une place au sein des block­busters esti­vaux. Avec plus ou moins de bon­heur, nous avons le droit soit à un nou­veau per­son­nage, soit à la suite d’une saga à suc­cès. L’année dernière le grand écart fut con­séquent car nous avons dû pass­er du génial (mais més­es­timé) Spi­der-Man 3 au pois­seux (mais unanime­ment recon­nu comme tel) Les 4 Fan­tas­tiques et le Sur­feur d’argent. Cette année, c’est donc au tour d’Iron Man de se présen­ter. Moins con­nu chez nous que les X‑Men ou Hulk, le per­son­nage n’est néan­moins pas dénué d’intérêt : Tony Stark, génie de la mécanique, marc­hand d’armes, mil­liar­daire excen­trique et égo­cen­trique, patri­ote, play­boy, alcoolique et gros com­plexé d’Œdipe, est cap­turé par des ter­ror­istes lors d’un voy­age dans le Moyen-Ori­ent. Ces derniers veu­lent met­tre à prof­it son savoir en l’obligeant à con­stru­ire une arme sur­puis­sante pour leurs dia­boliques exac­tions. N’étant pas la moitié d’un idiot, le won­der-boy se fab­rique, à leur insu et avec le matériel qu’on lui a fourni, une armure inde­struc­tible et tout plein de gad­gets mor­tels pour lui per­me­t­tre de se fray­er une issue de sec­ours. De retour chez lui, Tony Stark (génial, certes, mais un peu lent à la détente) réalise à quel point la con­struc­tion d’armes fait du tort à l’humanité. Une idée germe : ne pour­rait-on pas dévelop­per cette armure et en faire une com­bi­nai­son ultra sophis­tiquée qui lui per­me­t­trait de lut­ter con­tre le crime ? Voilà qui pour­rait lui don­ner bonne con­science tout en flat­tant son ego sur­di­men­sion­né…

Soyons franc : la grande réus­site du film tient essen­tielle­ment dans le choix de l’interprète prin­ci­pal. Pour ren­dre ce per­son­nage pass­able­ment répug­nant sym­pa­thique, pour que son cynisme et son addic­tion à la bois­son passe pour une façade qui comblerait les fêlures, pour qu’on puisse s’identifier à lui immé­di­ate­ment, Robert Downey Jr est le pari gag­nant. Pren­dre une vedette pour jouer un super-héros s’est tou­jours sol­dé par un échec (Ben Affleck en Dare­dev­il ou George Clooney en Bat­man, pour­tant pas les héros les moins pas­sion­nants). Une vedette, ça préserve avant tout son image de mar­que, ça reste, quoi qu’il arrive, un peu au-dessus de son per­son­nage. Or, pour jouer un super-héros, il faut savoir faire preuve d’abstraction, pren­dre son rôle au sérieux mais ne pas se pren­dre au sérieux (ce qui est le con­traire des stars), savoir jouer de la dis­tance entre ce qu’on inter­prète et le regard que l’on y porte. C’est là le seul moyen de ne pas som­br­er dans le ridicule vers lequel ces his­toires d’hommes en col­lant ten­dent. Bref, il faut un comé­di­en, un vrai, comme Downey Jr. Mais aus­si comme le grand Jeff Bridges qui incar­ne la Némé­sis du héros, Oba­di­ah Stane, asso­cié de Tony Stark mais égale­ment son men­tor et son père de sub­sti­tu­tion – qu’il fau­dra donc tuer.

Les réal­isa­teurs n’ont pas un gros effort à fournir pour que toute cette machiner­ie coû­teuse (plus de 180 mil­lions de dol­lars quand même…) fonc­tionne. Il suf­fit que leur mise en scène reflète leur plaisir à ani­mer les fig­ures de leur jeunesse, à les redé­cou­vrir en les fil­mant et à les filmer en train de se décou­vrir dans la peau de tel ou tel comé­di­en. La longue par­tie du film où Stark, réfugié dans son garage, peaufine son armure en guise de quête d’identité, reflète l’investissement de Jon Favreau, réal­isa­teur du pour­tant mau­vais Elfe et du pas très bon Zathu­ra – Une aven­ture spa­tiale. En prenant le temps d’observer son héros, quitte à con­sid­érable­ment réduire le quo­ta de scènes d’action (qui devi­en­nent du coup assez pré­cieuses), une transe intime finit par les lier. C’est ce qui lui per­met de nous faire partager son fris­son. Par­fois, nous ne deman­dons pas plus que cette com­mu­nion.

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