Mataharis

Mataharis

de Icíar Bollaín

  • Mataharis
  • Espagne2008
  • Réalisation : Icíar Bollaín
  • Scénario : Icíar Bollaín, Tatiana Rodríguez
  • Image : Kiko de la Rica
  • Montage : Ángel Hernández Zoido
  • Musique : Lucio Godoy
  • Producteur(s) : Santiago García de Leániz, Simón de Santiago
  • Interprétation : Najwa Nimri (Eva), Tristán Ulloa (Iñaki), María Vázquez (Inés), Diego Martín (Manuel), Nuria González (Carmen), Antonio de la Torre (Sergio)
  • Date de sortie : 2 avril 2008
  • Durée : 1h35

Mataharis

de Icíar Bollaín

Détectives de notre temps


Détectives de notre temps

Trois femmes détec­tives épi­ent Madrid. Inés, Car­men, Eva. Loin des per­son­nages con­stru­its par les films noirs améri­cains des années 1950, elles vivent leur tra­vail sans rechercher d’éclats. Mais la porosité entre vie privée et pro­fes­sion­nelle brouille leurs yeux et réori­ente leurs des­tinées… Mata­haris est à l’image des lignes que vous venez de lire. Le principe de départ intrigue, puis le scé­nario amorce une trame ronde et uni­formisante. Et mal­gré une fila­ture acharnée, le charme dis­cret du film d’Icíar Bol­laín sème les spec­ta­teurs et ne laisse qu’un scé­nario à la mesure du petit écran.

Madrid s’active et trois femmes s’immobilisent dans une entre­prise, une voiture, entre un bureau ou un apparte­ment. Leur tra­vail con­siste à capter les vies des autres pour les analyser. Détec­tives. Ici, loin du film noir où le privé ploie sous son passé. Ces trois femmes ont un patron plus homme d’affaires qu’épris de jus­tice et d’enquête. On ne se plaint pas des affaires con­ju­gales, on ne se prend pas pour une sec­onde police.

Il aurait pu y avoir dans les mou­ve­ments de la ville – Madrid mais elle aurait pu être autre – une vie en con­tretemps, un rythme en con­tre­point des habi­tants, une réflex­ion sur la per­cep­tion des autres. Il n’en sera rien.

Les femmes armées de mini-DV, de man­teaux truqués ou plan­queuses de cir­cuits vidéos ont un pur but pro­fes­sion­nel, la réal­isatrice espag­nole Icíar Bol­laín n’a lais­sé aucune réflex­i­bil­ité à son film. Ici la vie pro­fes­sion­nelle révèle l’autre, la privée, un type de porosité finale­ment peu évo­qué frontale­ment par le ciné­ma. Il s’agit plutôt générale­ment d’une pure et sim­ple dévo­ra­tion par l’entreprise, comme c’est le cas dans Sauf le respect que je vous dois. Dans Mata­haris, l’engagement social se résume à Inés, qui, chargée de trou­ver des défauts dans le tra­vail de deux employés d’une multi­na­tionale, lâche l’enquête pour sauver le syn­di­cal­iste dont elle tombe amoureuse. C’est que ce jeune homme avait mis en lumière la tristesse de sa vie.

Car­men, en aidant un client-ami à accepter de voir que sa femme le trompe avec un col­lègue, réalise que son pro­pre mari est lui-même devenu une sorte de col­lègue, occupé chaque soir à tra­vailler sur son ordi­na­teur portable. Toute pro­fondeur gardée, le film qui trou­vait de telles réso­nances entre tra­vail et vie privée était La Ques­tion humaine, mais il allait bien au-delà, de l’individu en direc­tion de la mémoire col­lec­tive.

Chez Eva, c’est l’enquête qui devient pour un temps obses­sion­nelle à l’intérieur de son cou­ple, courte para­noïa où le tra­vail, dévas­ta­teur de l’intime, se trans­forme en moteur pour avancer. Mal­heureuse­ment le scé­nario s’impose rapi­de­ment comme dirigeant dans la vie du film. Il y a pour­tant au début une ambiance feu­trée qui se bat longtemps con­tre ce cadre lénifi­ant. Les scènes d’actions, pour la plu­part évac­uées, ne sem­blent pas con­tenir une volon­té de sus­pense, comme lorsque Inés, en mis­sion d’espionnage dans une soirée en boite avec les employés, se laisse plus porter par l’ambiance bon enfant que par l’impératif de son tra­vail. Le rythme éton­nant, insuf­flé par cette rel­a­tive neu­tral­ité opposée à l’image du détec­tive et accom­pa­g­née par le jeu anti-almod­ovarien des trois actri­ces, meurt dans les réso­lu­tions par­al­lèles des trois his­toires. Scé­nario vain­queur qui clôt le film avant l’heure en étouf­fant son léger souf­fle, spec­ta­teur de salle vain­cu, comme ramené de force devant son écran de télévi­sion.

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