Coffret Roman Polanski

Coffret Roman Polanski

de Roman Polanski

  • Coffret Roman Polanski
  • Réalisation : Roman Polanski
  • Éditeur DVD : Opening
  • Date de sortie DVD : 19 mars 2008

Coffret Roman Polanski

de Roman Polanski

Derrière le miroir


Derrière le miroir

Trois films de jeunesse de Roman Polan­s­ki ressor­tent ces jours-ci en DVD au sein d’un même cof­fret, regroupant Le Couteau dans l’eau, Répul­sion et Cul-de-sac, le tout agré­men­té de sup­plé­ments per­ti­nents.

La ressor­tie au sein d’un même cof­fret de ces trois films de Polan­s­ki n’a en soi rien d’événementiel, cha­cun étant jusqu’à présent disponible à l’unité dans des édi­tions bon marché trou­vables sur les sites de e‑commerce. Le choix de les avoir asso­ciés est cepen­dant intéres­sant. Il s’agit en effet des trois pre­miers longs-métrages du cinéaste (après quelques courts, regroupés par ailleurs dans la col­lec­tion des « Introu­vables » de l’éditeur Wild Side, ou par­mi les bonus du DVD améri­cain du Couteau dans l’eauKnife in the Water – chez Cri­te­ri­on), tous tournés dans sa péri­ode européenne, avant Hol­ly­wood et la com­mande de Rose­mary’s Baby, tous les trois en noir et blanc, trait com­mun des films de Polan­s­ki jusqu’à sa par­o­die des films de la Ham­mer, Le Bal des vam­pires.

Autre trait com­mun de ces films, l’accueil excep­tion­nel qui leur fut réservé dans les fes­ti­vals ont ils furent mon­trés en com­péti­tion : Le Couteau dans l’eau repart du fes­ti­val de Venise avec le prix de la cri­tique en poche, et con­naît un joli suc­cès aux États-Unis, où il est récom­pen­sé au fes­ti­val de New York en 1963, année à laque­lle il se ver­ra égale­ment nom­mer pour l’Oscar du meilleur film étranger. Le fes­ti­val de Berlin con­sacr­era défini­tive­ment Polan­s­ki en 1965 et 1966, avec un Ours d’argent pour Répul­sion dans un pre­mier temps, et enfin l’Ours d’or pour Cul-de-sac. Ses « diplômes » en poche, Polan­s­ki pour­rait alors faire à peu près tout ce qu’il voulait, et était en bonne place sur la liste des réal­isa­teurs étrangers qu’Hollywood n’allait pas tarder à con­voiter.

Les sup­plé­ments con­tenus sur les DVD retra­cent le début de la car­rière de Polan­s­ki, notam­ment à tra­vers le doc­u­men­taire Un bil­let pour l’Ouest, où, inter­viewé, il évoque sa sco­lar­ité au sein de l’école de ciné­ma de Lodz, et sa ren­con­tre avec le com­pos­i­teur Krzysztof Kome­da, musi­cien attitré des films de sa péri­ode européenne, à l’exception de Répul­sion, et qui le suiv­ra aux États-Unis dans l’aventure Rosemary’s Baby, pour lequel il com­posera la désor­mais clas­sique « lul­la­by ». Cette com­plic­ité musi­cale entre un réal­isa­teur et un com­pos­i­teur (Polan­s­ki admet ne jamais avoir don­né d’indications ou de direc­tions à Kome­da, celui-ci sen­tant par­faite­ment la musique qui allait coller aux images) est à ranger aux côtés d’autres plus célèbres telles que l’association de John Mil­ius et Basil Pole­douris ou Felli­ni et Nino Rota, qui tous firent leurs pre­mières armes ensem­ble, la com­plic­ité dépas­sant alors le domaine artis­tique.

Bien que repar­ti bre­douille, la seule nom­i­na­tion du Couteau dans l’eau aux Oscars (c’est finale­ment Felli­ni avec son 8 ½ qui reçut le trophée) a tout de même per­mis d’ouvrir une brèche au ciné­ma polon­ais, dont d’autres réal­isa­teurs allaient pou­voir prof­iter, comme Kies­lows­ki ou Zanus­si. Para­doxale­ment, les films suiv­ants de Polan­s­ki porteront en revanche la nation­al­ité bri­tan­nique, et auront des cast­ings inter­na­tionaux, avec en tête d’affiche des stars français­es (les deux sœurs « jumelles » Cather­ine Deneuve pour Répul­sion et Françoise Dor­léac pour Cul-de-sac) et anglo-sax­onnes, tels que Don­ald Pleas­ance ou Lionel Stander. Ils auront aus­si comme point com­mun d’être tous co-signés avec Gérard Brach, qui fai­sait alors lui aus­si ses débuts en tant que scé­nar­iste.

Côté sup­plé­ments, le DVD de Répul­sion com­porte un com­men­taire audio du film par Roman Polan­s­ki et Cather­ine Deneuve, exer­ci­ce qui per­me­t­tra tou­jours aux cinéphiles de glan­er quelques infor­ma­tions (par exem­ple, on y apprend que la réal­i­sa­tion du générique du film – un gros plan sur un œil – a été lais­sée aux soins de Mau­rice Binder, par ailleurs créa­teur des célébris­simes génériques d’ouverture des James Bond). On y trou­ve égale­ment une inter­view audio d’un pro­fesseur en neu­ropsy­cholo­gie, Richard L. Gre­go­ry, auteur du livre de chevet de Polan­s­ki à l’époque, L’Œil et le cerveau, basé sur la per­cep­tion, thé­ma­tique ciné­matographique polan­ski­enne au cœur même de Répul­sion. Enfin, un doc­u­men­taire de vingt-cinq min­utes inti­t­ulé Répul­sion, un film d’horreur bri­tan­nique, revient sur la manière dont s’est fait le film. Polan­s­ki y con­fie son idée de base, qui était de pren­dre un film d’horreur tra­di­tion­nel, et de l’élever au rang de thriller psy­chologique. On peut imag­in­er que sa récente nom­i­na­tion aux Oscars aurait pu lui faciliter la tâche quant au finance­ment du film. Il n’en a étrange­ment rien été, et c’est finale­ment une boîte spé­cial­isée dans l’exploitation de films éro­tiques à petits bud­gets, Comp­ton, qui a pro­duit Répul­sion, mis­ant sur la pop­u­lar­ité nais­sante du cinéaste polon­ais pour se pay­er une respectabil­ité à faible coût.

Après les avoir filmés sur un yacht, puis dans un grand apparte­ment lon­donien, Polan­s­ki offre aux per­son­nages de son film suiv­ant, un cou­ple de bour­geois excen­triques, le décor d’une île, sur laque­lle vont débar­quer deux gang­sters en cav­ale. Le bien nom­mé Deux gang­sters et une île, troisième volet de la série de doc­u­men­taires présente dans ce cof­fret, d’une durée approx­i­ma­tive d’une demi-heure comme les précé­dents, revient notam­ment sur ce lieu de tour­nage bien par­ti­c­uli­er que fut l’île de Lind­is­farne, aus­si appelée Holy Island, sorte de mont Saint-Michel anglais, acces­si­ble depuis le con­ti­nent quand la marée basse le per­met, soit deux fois par jour.

Riche­ment doc­u­men­tée, c’est finale­ment dans ses spé­ci­ficités tech­niques que réside la faib­lesse de cette édi­tion, qui ne pro­pose les films que dans des mas­ters usés, le tout avec un son mono, d’origine certes, mais pour lequel une restau­ra­tion n’aurait pas été super­flue. Enfin, à quand une sor­tie DVD d’un véri­ta­ble inédit de Polan­s­ki cette fois, son film de 1972 Ché ? (Quoi ? en français), sorte de Cul-de-sac en couleur et ciné­mas­cope, mât­iné d’Alice au pays des mer­veilles, et tou­jours introu­vable toutes zones con­fon­dues, ce qui au vu de la qual­ité du film en ques­tion, relève du doux mys­tère ?

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