Garage

Garage

de Lenny Abrahamson

  • Garage
  • Irlande2007
  • Réalisation : Lenny Abrahamson
  • Scénario : Mark O'Halloran
  • Image : Peter Robertson
  • Son : Rob Flanagan
  • Montage : Isobel Stephenson
  • Musique : Stephen Rennicks
  • Producteur(s) : Ed Guiney
  • Production : Element Films
  • Interprétation : Pat Shortt (Josie), Anne-Marie Duff (Carmel), Conor Ryan (David), Don Wycherley (Breffni), Andrew Bennett (Sully), Denis Conway (Garda Michael)
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Date de sortie : 9 janvier 2008
  • Durée : 1h30

Garage

de Lenny Abrahamson

Simplicité à l'honneur


Simplicité à l'honneur

Dans cette his­toire de sim­plet d’un coin per­du de l’Ir­lande, la com­po­si­tion de l’in­ter­prète prin­ci­pal (Pat Shortt) y est pour beau­coup puisqu’il parvient véri­ta­ble­ment à faire exis­ter ce garag­iste dévoué. Mais il faut aus­si saluer la capac­ité de Lenny Abra­ham­son à se met­tre au ser­vice de son per­son­nage, à ce que la réal­i­sa­tion fasse corps avec lui. Tou­jours à la recherche de la bonne dis­tance, il épouse la sim­plic­ité, la drô­lerie et la grav­ité de Josie, en faisant sub­tile­ment gliss­er le ton du film d’une absur­dité un peu bouf­fonne à une réal­ité noire et cru­elle. Un bel hom­mage à la com­plex­ité des gens sim­ples.

Lenny Abra­ham­son aime vis­i­ble­ment faire exis­ter les per­son­nages sans grade aux marges de la société. Après l’er­rance dubli­noise d’Adam & Paul, deux tox­i­co­manes, Garage s’aven­ture dans l’Ouest irlandais pour suiv­re un sim­plet quadragé­naire béné­fi­ciant de la bien­veil­lance de la com­mu­nauté qui tolère ce sub­al­terne con­sid­éré comme un soli­taire inof­fen­sif, une fig­ure locale comme on dit, dont on se moque gen­ti­ment. On lui par­le, on lui sourit, mais jamais d’é­gal à égal. Josie, c’est son prénom, tient avec toute sa bon­homie la sta­tion-ser­vice en sur­sis d’une petite bour­gade (petite ville, gros vil­lage, on ne saura point…) qui le sem­ble tout autant.

Le réal­isa­teur s’at­tache à faire de Josie une fig­ure on ne peut plus mar­ginale. Le garage est situé en périphérie de cette local­ité, elle-même dans un coin reculé de l’Ir­lande rurale. Si la rural­ité intéresse le cinéaste, c’est pour cet aspect spa­tial et plutôt que de som­br­er dans le film carte postale pit­toresque, il mul­ti­plie les signes de la banal­ité. Le fait que Josie habite un réduit sor­dide de cette sta­tion-ser­vice ampli­fie cette dimen­sion mar­ginale, il fait corps avec son lieu de tra­vail, l’e­space pub­lic et privé ne font qu’un. L’hori­zon men­tal et géo­graphique du per­son­nage est ain­si con­sid­érable­ment borné, s’il s’aven­ture au pub et à l’épicerie du patelin, seuls les “autres” par­tent : un camion­neur, client réguli­er, aux Pays-Bas et l’épi­cière pour une indéter­minée des­ti­na­tion ensoleil­lée. Le per­son­nage est lit­térale­ment scotché à un cen­tre de grav­ité : le garage. Ce non-rap­port à l’ailleurs est aus­si souligné ironique­ment par le fait qu’il est tou­jours coif­fé de sa cas­quette “Aus­tralia”. Dans ses prom­e­nades, plaisir sim­ple qu’il affec­tionne, nez au vent, il prend tou­jours un chemin de tra­verse qui lui per­met de ren­dre vis­ite à un cheval.

La rural­ité, un sim­plet et un acteur prodigieux (Pat Shortt, très célèbre en Irlande notam­ment pour ses one-man-shows), il y avait là la place pour une comédie pleine de déri­sion sur les ploucs irlandais ou un pro­pos moral­isant (du genre “la dif­férence, c’est notre richesse à tous !”), mais Lenny Abra­ham­son évite ces périlleux tra­vers avec soin, c’est bien heureux, pour s’en­gager dans un min­i­mal­isme doux-amer. Garage épouse dans une forme très dépouil­lée son per­son­nage. Josie est, on l’a com­pris, un peu lent à la détente, de plus il ne marche pas facile­ment à cause d’une hanche déglin­guée. De manière très linéaire, le film avance à son rythme, c’est-à-dire avec patience, par petites touch­es en alter­nant blocs tem­porels étirés et ellipses, aus­si bien dans la drô­lerie, sub­tile­ment présente, que dans le trag­ique, vers lequel Garage se dirige.

Par le truche­ment de David (Conor Ryan), un ado­les­cent qui vient l’aider au garage en fin de semaine, le monde de Josie si réglé et nor­mé se trou­ve tout à coup boulever­sé. La cohab­i­ta­tion entre les deux êtres est d’abord filmée en plans plutôt larges, ils se retrou­vent ensuite buvant des bières et scru­tant le couchant dans un cadre ser­ré, les deux pro­fils en enfilade : une rela­tion se noue avec ce jeune garçon timide et peu cau­sant. Le sim­plet sort de ses sen­tiers bat­tus et rebat­tus, il existe, au moins aux yeux de quelqu’un, à part entière. Être inno­cent, et il l’est, c’est ne pas voir le mal, un pen­chant qui ne s’ac­corde pas avec la com­plex­ité et la rudesse des rela­tions humaines. Josie est sor­ti de sa con­di­tion et le corps social ne man­quera pas de le som­mer de faire le chemin inverse. La soli­tude n’est alors plus la même, elle est soli­tude.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Room
Room
Frank
Frank
Lenny Abrahamson
Lenny Abrahamson
What Richard Did
What Richard Did