© Sony Pictures Releasing France
SuperGrave

SuperGrave

de Greg Mottola

  • SuperGrave
  • (Superbad)
  • États-Unis2007
  • Réalisation : Greg Mottola
  • Scénario : Seth Rogen, Evan Goldberg
  • Image : Russ T. Alsobrook
  • Montage : William Kerr
  • Musique : Lyle Workman
  • Producteur(s) : Judd Apatow, Shauna Robertson
  • Interprétation : Jonah Hill (Seth), Michael Cera (Evan), Christopher Mintz-Plasse (Fogell), Martha MacIsaac (Becca), Emma Stone (Jules)...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 31 octobre 2007
  • Durée : 1h52

SuperGrave

de Greg Mottola

Comme son titre l'indique


Comme son titre l'indique

Depuis que la comédie améri­caine a osé s’in­téress­er à la ques­tion du sexe des ados de chez l’On­cle Sam avec Amer­i­can Pie, le thème a été réu­til­isé à l’en­vi, à tel point que l’on a voulu voir dans des films tels que Wed­ding Crash­ers et autres 40 ans, tou­jours puceau (dont le réal­isa­teur est ici pro­duc­teur) des films gen­ti­ment, mais réelle­ment, sub­ver­sifs. Super­Grave pousse encore plus loin, en affichant la vul­gar­ité de ses pré­ten­tions en éten­dard. Peine per­due : le film n’est rien qu’un teenage-movie moral­iste.

Seth, Evan et Fogell sont amis. Ils sont notam­ment liés les uns aux autres par le fait qu’ils sont très loin de pou­voir pré­ten­dre à un con­cours de beauté, et qu’ils ont décidé que cette fin d’an­née les ver­rait couch­er avec une fille. De préférence celles qu’ils ont choisies, mais finale­ment n’im­porte laque­lle fera l’af­faire. Lorsque Fogell parvient à se pay­er une fausse carte d’i­den­tité prou­vant qu’il est en âge d’a­cheter de l’al­cool, nos trois amis voient la lumière au bout du tun­nel : il leur suf­fi­ra de saouler les élues de leurs cœurs (enfin, leurs cœurs…) pour pou­voir couch­er une bonne fois avec, à la soirée de fin d’an­née du lycée. Mais, évidem­ment, rien ne se passe comme prévu.

« On veut du cul ! », clame haut et fort nos trois amis sur l’af­fiche du film – en rajoutant en tout petit en dessous « mais c’est pas gag­né ». Tout Super­Grave est con­tenu dans ce slo­gan : une pail­lardise mus­clée et revendiquée avec force, jusqu’au moment où on y regarde de plus près, pour voir que le film fait à peu près tout pour adoucir la grossièreté de son pro­pos par une gen­tille petite morale famil­iale. On est bien loin ici du trash à la John Waters ou Russ Mey­er, réal­isa­teurs qui n’ont jamais ten­té de met­tre de l’eau dans leur vin – quoi qu’on dise des derniers films de Waters.

La dif­férence tient aus­si au fait que Waters et Mey­er sont effec­tive­ment des réal­isa­teurs, et non de sim­ples portes-caméras désireux d’il­lus­tr­er sans la moin­dre pré­ten­tion ciné­matographique un cat­a­logue de gag. Greg Mot­to­la, ici à l’œu­vre, sem­ble se ren­dre compte avec une cer­taine lucid­ité que son boulot est pure­ment ali­men­taire, et cadre gen­ti­ment ses trois ado­les­cents pri­apiques dans leurs péré­gri­na­tions, sans vrai­ment de rythme : du pur pro­duit de con­som­ma­tion pour soirée DVD-piz­za, et rien de plus. Quant aux acteurs prin­ci­paux, Jon­ah Hill, Michael Cera et Christo­pher Mintz-Plasse, transfuges de la série télé pour deux d’en­tre eux, ils alig­nent les per­for­mances comiques avec un jeu placide et juste suff­isant à rem­plir le cahi­er des charges d’une comédie ado­les­cente. Pourquoi en faire plus lorsque la répu­ta­tion du film et une cam­pagne de pub suff­isam­ment maligne a fait tout le boulot ?

Car tout est affaire de com­mu­ni­ca­tion, pour Super­Grave. Surfer sur la vague d’un comique grav­eleux et irrévéren­cieux assur­era prob­a­ble­ment au film un suc­cès com­mer­cial suff­isant, et c’est prob­a­ble­ment son seul but. Aucune prise de risque, aucun sub­til­ité soci­ologique n’est à rechercher dans cet avatar d’Amer­i­can Pie. Pire encore, c’est finale­ment le con­traire qui se pro­duit, puisque la morale du film reste totale­ment sauve : ces déver­gondés de teenagers améri­cains ver­ront finale­ment la lumière de la morale, et se ren­dront compte que finale­ment, rien de ce qui vaut la peine d’être con­quis chez l’autre ne peut l’être sans effort. Super­Grave eut il été au fond de ses pré­ten­tions pail­lardes, avec une véri­ta­ble ironie mor­dante, alors le comique plutôt effi­cace du film aurait eu un autre goût que celui de réchauf­fé. Mais en l’é­tat, Super­Grave reste une gen­til­lette comédie sage, morale, et fausse­ment grossière, et rien de plus.

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Paul
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