L’Heure zéro

L’Heure zéro

de Pascal Thomas

  • L’Heure zéro
  • France2007
  • Réalisation : Pascal Thomas
  • Scénario : François Caviglioli, Nathalie Lafaurie, Clémence de Biéville, Roland Duval
  • d'après : le roman L'Heure zéro
  • de : Agatha Christie
  • Image : Renan Pollès
  • Décors : Katia Wyszkop
  • Costumes : Aurore Vicente
  • Son : Pierre Lenoir
  • Montage : Catherine Dubeau, Elena Mano
  • Musique : Reinhardt Wagner
  • Producteur(s) : Hubert Watrinet, Bernadette Zinck, Nathalie Lafaurie
  • Production : Les Films Français, StudioCanal, France 2 Cinéma, Canal Plus, TPS Star
  • Interprétation : François Morel (Bataille), Danièle Darrieux (la tante Neuville), Melvil Poupaud (Guillaume), Chiara Mastroianni (Aude), Laura Smet (Caroline), Alessandra Martines (Marie-Adeline), Clément Thomas (Thomas), Jacques Sereys (Trévoz)
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 31 octobre 2007
  • Durée : 1h47

L’Heure zéro

de Pascal Thomas

Une maison biscornue et un metteur en scène inégal


Une maison biscornue et un metteur en scène inégal

Depuis Mon petit doigt m’a dit, on doutait légère­ment de la pos­si­bil­ité de renou­veau d’un ciné­ma qui tend au comique mais reste dans ses dia­logues, sa direc­tion d’ac­teur et son cadre, assez lourd et imposant. Pas­cal Thomas renoue avec une tra­di­tion très poseuse du sus­pense, avec ses sché­mas nar­rat­ifs et ses per­son­nages très mar­qués, mais ne parvient que très rarement à ren­dre son sujet réelle­ment pas­sion­nant. Pour une rai­son assez sim­ple : lui-même a prob­a­ble­ment trop huilé la mécanique comique pour que sorte de ce film une quel­conque spon­tanéité.

Pas­cal Thomas aimait déjà les familles, les groupes, et en avait tiré une sub­stance sym­pa­thique dans des films comme Les Maris, les femmes, les amants, ou, plus récem­ment, Le Grand Apparte­ment. On retrou­ve ici son amour des ban­des loufo­ques au tra­vers d’une adap­ta­tion lit­téraire qui a vis­i­ble­ment dérouté ce grand lecteur qu’est Pas­cal Thomas. Mais il ne parvient jamais à insuf­fler une réelle caus­tic­ité, ou une ironie légère tant son adap­ta­tion est alour­die par des sché­mas nar­rat­ifs con­testa­bles, des décors baro­ques et une lumière passée… qui font regret­ter la drô­lerie imag­i­na­tive des derniers films de Bruno Poda­ly­dès comme Le Par­fum de la dame en noir. L’Heure zéro, selon Agatha Christie, est cet instant créé par une suite d’événe­ments antérieurs qui mènent au crime, à la révéla­tion du sens de ces événe­ments.

Et le bât blesse dès le départ : une tripotée d’av­o­cats et d’en­quê­teurs dis­cu­tent dans un salon cosy (feu de bois, fau­teuils en cuir…) d’une affaire. Mis­es à part les appari­tions de jeunes acteurs très faux qui s’é­ton­nent de la com­plex­ité de la machine judi­ci­aire, Pas­cal Thomas se place immé­di­ate­ment dans l’idée de recon­sti­tu­tion du mys­tère. Pourquoi cette intro­duc­tion mal­adroite et un brin sta­tique ? Il campe son décor avec minu­tie, mais égale­ment avec un peu trop de lenteur. Ain­si met-il une petite heure à recen­tr­er son sujet : le meurtre. Entre-temps, il nous a présen­té ses per­son­nages : les Neville, qui com­porte la vieille tante (tou­jours déli­cieuse Danièle Dar­rieux, la seule à don­ner le change en terme de fan­taisie), le neveu pas si fade que cela (Melvil Poupaud), la nou­velle femme du neveu (hys­térique Lau­ra Smet, pas très fin­aude sur ce coup-là), l’an­ci­enne femme du neveu (très digne Chiara Mas­troian­ni), amis et tut­ti quan­ti. Ce n’est pas un mys­tère, c’est la vielle tante pleine aux as qui va mor­fler. Mais qui l’a tuée ? L’in­specteur Bataille pré­ten­du­ment orig­i­nal (inter­prété par un François Morel plein de tal­ent mais très mal dirigé) va trou­ver la clé d’un crime presque par­fait.

Pas­cal Thomas super­pose les images et sem­ble s’in­téress­er bien plus à un décor physique en fil­mant les vagues bre­tonnes qui se cassent sur les rochers, les escaliers de bois sculp­tés (lieu top­ique du ciné­ma de sus­pense) et autres chem­inées, qu’au décor humain qui devrait expli­quer bien davan­tage le chemin vers cette heure zéro. Quelques dia­logues bien trem­pés ne parvi­en­nent pas à don­ner le rythme de la coupure, du retourne­ment, bref, du comique ironique et fan­faron. Le film préfère bien sou­vent le comique de répéti­tion ‑au tra­vers de plusieurs séquences de pleurs d’une des bonnes, très énervantes‑, voire le grotesque out­ranci­er. Si l’in­trigue devient plus intéres­sante lorsque le crime a été com­mis (et il faut atten­dre), l’en­quête n’est pas assez fine pour faire appa­raître le dénoue­ment comme vrai­ment sur­prenant. C’est un film de décor, et donc un film assez déco­ratif.

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