Sans moi

Sans moi

de Olivier Panchot

  • Sans moi
  • France2007
  • Réalisation : Olivier Panchot
  • Scénario : Olivier Panchot, Gladys Marciano
  • d'après : le roman Sans moi
  • de : Marie Desplechin
  • Image : Pierre Milon
  • Montage : Barbara Bascou
  • Musique : Nathaniel Mechaly
  • Producteur(s) : Marie Masmonteil, Denis Carot
  • Interprétation : Yaël Abecassis (Anna), Clémence Poésy (Lise), Éric Ruf (Thierry), Yannick Soulier (Éric), Vincent Martinez (le dealer), Lorena Guerreau (Suzanne), Iroué Cedron (Léo)...
  • Date de sortie : 10 octobre 2007
  • Durée : 1h30

Sans moi

de Olivier Panchot

La vie par procuration


La vie par procuration

Pour son pre­mier film long, le réal­isa­teur Olivi­er Pan­chot s’est attaché les ser­vices de Yaël Abecas­sis, décou­verte chez Amos Gitaï, et de la jeune Clé­mence Poésy. Si le tal­ent des deux actri­ces transparaît sans peine à l’écran, le réal­isa­teur sem­ble vouloir trop bien faire, et finit par juste trop en faire. Un coup d’es­sai pas vrai­ment réus­si, mais bien loin d’être raté.

Divor­cée, Anna recherche une jeune fille au pair pour s’oc­cu­per de ses enfants. Lise lui impose pra­tique­ment sa présence, mais la jeune fille et elle devi­en­nent rapi­de­ment proches. Lorsqu’An­na décou­vre un côté bien plus som­bre et per­tur­bé de Lise, elle ne peut s’empêcher de com­mencer sub­rep­tice­ment à s’im­mis­cer dans la vie de la jeune femme.

C’est à Paris que se déroule Sans moi, mais la ville est étrange­ment absente du film. Ce pre­mier film d’O­livi­er Pan­chot dépeint avant tout le face à face de deux femmes – « face à face » étant réelle­ment l’ex­pres­sion la plus juste. Anna et Lise sont filmées per­pétuelle­ment en gros plan, lais­sant donc une place fon­da­men­tale à l’in­ter­pré­ta­tion, irréprochable de la part de Yaël Abecas­sis, et tout à fait hon­or­able de celle de Clé­mence Poésy. Les autres pro­tag­o­nistes (amants, enfants, col­lègues, deal­er…) ne sont que des fan­tômes à l’écran, n’ex­is­tent qu’en tant que faire-val­oir des deux femmes, tan­dis que le décor parisien n’est que brouil­lard, flouté, loin­tain ou styl­isé. La rhé­torique visuelle employé par le réal­isa­teur per­met par­fois quelques beaux moments, comme lorsque Lise va céder au doute et à la soli­tude, et, s’en­fer­mant dans une cab­ine télé­phonique alors qu’il pleut à tor­rents, se retrou­ve ain­si coupée du monde.

Si le lan­gage ciné­matographique, plutôt pre­mier degré, peut agac­er, sa finesse et son élé­gance sont assurées par une belle pho­togra­phie urbaine (qui n’est pas sans évo­quer le Tsai Ming-liang des Rebelles du dieu Néon) et par la mise en scène très léchée. Chaque plan, ou peu s’en faut, est pré­cisé­ment agencé comme un tableau – ou plus juste­ment, un por­trait. Dès les pre­mières scènes, la focal­i­sa­tion sur le vis­age ten­du de Yaël Abecas­sis, sur son jeu en général, installe une ten­sion dans le film, qui ne fait que croître au fur et à mesure. Bien­tôt, une scène noc­turne se déroule sous les aus­pices du slash­er fan­tas­tique, les scènes noc­turnes aux éclairages se voulant presque expres­sion­nistes se mul­ti­plient, et le réc­it bas­cule lente­ment dans le doute quant à la réal­ité de la per­cep­tion d’An­na : n’est-ce pas finale­ment elle qui pro­jette ses angoiss­es dans le com­porte­ment insai­siss­able de Lise ?

Rien de bien révo­lu­tion­naire, en somme, dans ce pre­mier film d’O­livi­er Pan­chot, si ce n’est une man­i­feste ten­dance à un per­fec­tion­nisme tech­nique et visuel qui pour­rait agac­er, n’eut été le soin apporté à priv­ilégi­er ce qui reste finale­ment le prin­ci­pal attrait de cette his­toire mainte fois enten­due de pro­jec­tion de ses angoiss­es sur quelqu’un d’autre : le jeu des actri­ces. C’est une tarte à la crème du ciné­ma français, certes, mais savoir s’en­tour­er est un tal­ent cer­tain pour un met­teur en scène. Reste à savoir si Pan­chot saura dans le futur se dépar­tir de son maniérisme visuel un brin agaçant pour offrir à ses remar­quables inter­prètes un film à leur mesure.

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