Waitress

Waitress

de Adrienne Shelly

  • Waitress
  • États-Unis2007
  • Réalisation : Adrienne Shelly
  • Scénario : Adrienne Shelly
  • Image : Matthew Irving
  • Montage : Annette Davey
  • Musique : Andrew Hollander
  • Producteur(s) : Michael Roiff
  • Interprétation : Keri Russell (Jenna), Nathan Fillion (Dr Pomatter), Cheryl Hines (Becky), Jeremy Sisto (Earl), Andy Griffith (le vieux Joe), Adrienne Shelly (Dawn)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 5 septembre 2007
  • Durée : 1h44

Waitress

de Adrienne Shelly

Petite cuisine


Petite cuisine

Morte assas­s­inée le 1er novem­bre 2006, l’ac­trice et réal­isatrice Adri­enne Shelly, fig­ure du ciné­ma indépen­dant améri­cain vue notam­ment chez Hal Hart­ley (Trust Me), aura ter­miné sa car­rière sur cette comédie qui aspire à racon­ter espoirs et frus­tra­tions avec légèreté. Serveuse dans un de ces petits restau­rants typ­iques du paysage améri­cain, Jen­na y est réputée pour ses tartes, dont elle impro­vise les recettes avec un rare tal­ent. Une activ­ité créa­trice par laque­lle elle com­pense tant bien que mal son dés­espoir d’être mar­iée à Earl, un rus­tre bas du front, pos­ses­sif et vio­lent. Juste­ment, au début du film, elle apprend à son grand désar­roi qu’elle porte un enfant de cet indi­vidu. Elle a alors cent min­utes de film pour décider si elle garde ou non le bébé, si elle s’en­fuit ou non de son patelin pour par­ticiper au con­cours de tartes syn­onyme de revenus et de lib­erté, si elle trompe ou non son mari avec le séduisant doc­teur excen­trique et tran­si d’amour à qui elle se con­fie…

Ces enjeux arché­ty­paux entre mélo et comédie roman­tique don­nent lieu à une alter­nance de moments de pos­i­tive atti­tude un peu niaise (les scènes dans le micro­cosme du restau­rant, entre col­lègues super-copines, patron iras­ci­ble et vieux client grincheux au cœur d’or, relèvent presque de la sit­com) et vrais instants de pes­simisme, notam­ment les tranch­es de vie con­ju­gale de l’héroïne qui font jusqu’au dernier moment douter de la réso­lu­tion de ses dilemmes. Ces accès de lucid­ité dis­séminés par­mi les ressorts comiques un peu liss­es du film sont louables, mais ne con­fèrent à Wait­ress qu’un intérêt lim­ité, et surtout ne l’empêchent pas de tomber dans le piège le plus per­vers auquel il s’est exposé : celui de la métaphore sim­plette. L’œu­vre pâtis­sière de Jen­na, d’abord sim­ple exu­toire à son exis­tence morose, devient peu à peu la con­créti­sa­tion triv­iale de son idéal de lib­erté de vivre et de créer, le sujet d’une leçon de vie un rien pub­lic­i­taire — à l’ap­pui, ces plans léchés de l’héroïne en cui­sine qu’un spec­ta­teur mal luné pour­rait con­fon­dre avec un spot pour yaourts La Laitière… On n’est pas si loin du dis­cours dém­a­gogique tenu en son temps par Robert Zemeck­is sur la base d’une boîte de choco­lats.

Wait­ress n’est pas fon­cière­ment antipathique dans son genre ; sim­ple­ment, à l’im­age de son dis­cours prévis­i­ble et fédéra­teur, il cède trop sou­vent à la facil­ité. Même les efforts de la met­teuse en scène pour dis­tiller un peu d’ex­cen­tric­ité ou d’im­prévu finis­sent par devenir des procédés : ain­si, la soudaineté du coup de foudre de Jen­na pour l’in­tri­g­ant doc­teur, le déphasage du com­porte­ment de ce dernier ne sur­pren­nent qu’un temps, avant que la sur­ex­ploita­tion ne fasse de ces détails inat­ten­dus une norme ron­ron­nante. Mal­gré les moyens déployés et la bonne volon­té évi­dente, le film ne quitte jamais vrai­ment le stade de l’anec­do­tique.

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