© Bac Films
Caramel

Caramel

de Nadine Labaki

  • Caramel
  • (Sukkar Banat)
  • Liban2007
  • Réalisation : Nadine Labaki
  • Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Rodney el-Haddad
  • Image : Yves Sehnaoui
  • Son : Pierre-Yves Lavoué
  • Montage : Laure Gardette
  • Musique : Khaled Mouzannar
  • Producteur(s) : Anne-Dominique Toussaint
  • Interprétation : Nadine Labaki (Layale), Yasmine al-Masri (Nisrine), Joanna Moukarzel (Rima), Gisèle Aouad (Jamale), Siham Haddad (Rose), Aziza Semaan (Lili), Adel Karam (Youssef), Dimitri Staneofski (Charles)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 15 août 2007
  • Durée : 1h36

Caramel

de Nadine Labaki

Danse libanaise


Danse libanaise

Pre­mier film de la Libanaise Nadine Laba­ki présen­té à la Quin­zaine des Réal­isa­teurs cette année à Cannes, Caramel pro­pose à la fois un réc­it diver­tis­sant et le tableau d’une société. Tableau peut-être trop col­oré et sym­pa­thique pour ne pas agac­er, mais au rythme duquel on peut aus­si se laiss­er porter.

Avant de réalis­er Caramel, Nadine Laba­ki a tourné des pub­lic­ités et des clips musi­caux. Avec ce pre­mier long-métrage, elle se met à racon­ter des his­toires. Les his­toires sen­ti­men­tales de cinq femmes libanais­es qui se croisent dans un insti­tut de beauté, à Bey­routh. Lay­ale aime un homme mar­ié, Nis­rine s’in­quiète à la veille de son mariage car elle n’est plus vierge, Rima voit grandir ses désirs homo­sex­uels, Rose se sac­ri­fie pour s’oc­cu­per de sa vieille sœur et Jamale refuse de vieil­lir. L’en­chaîne­ment d’événe­ments compte cepen­dant moins que celui des gestes, des corps et des couleurs. Le générique, bal­let céré­mo­ni­al autour de la pré­pa­ra­tion du caramel, invite à lire le film comme une danse, une ligne musi­cale ryth­mée. Plaisant et/ou irri­tant, l’u­nivers de Caramel pos­sède en tous cas une tonal­ité qui lui est pro­pre : la plu­part du temps enfer­mées dans leur salon de beauté, les pro­tag­o­nistes (incar­nées par des actri­ces non pro­fes­sion­nelles qui ont impro­visé cer­tains dia­logues) évolu­ent dans un lieu insu­laire qu’elles emplis­sent d’une ryth­mique par­ti­c­ulière, de bavardages, rires et déplace­ments choré­graphiques.

Le film frôle certes le dan­ger d’un glam­our super­fi­ciel et l’on peut être agacé par son côté clip musi­cal aux couleurs vives, par l’ap­parence clin­quante de ces femmes, sœurs libanais­es des héroïnes d’Almod­ó­var, par leur babil inces­sant… Cer­taines scènes n’échap­pent pas non plus à une cer­taine lour­deur, lorsque la musique surenchérit les émo­tions des per­son­nages et impose une lec­ture trop uni­voque. Mais si l’on accepte d’en­tr­er dans le jeu, on peut aus­si se laiss­er porter par l’at­mo­sphère de ce micro­cosme et suiv­re le rythme pro­posé.

Si Caramel peut se lire comme une mélodie, cette mélodie est aus­si nar­ra­tive, et c’est par le biais des prob­lé­ma­tiques intimes des cinq femmes que le film s’an­cre dans la réal­ité libanaise. Cha­cune des pro­tag­o­nistes est tirail­lée entre son désir d’é­man­ci­pa­tion et son attache­ment aux valeurs famil­iales et religieuses. Aimer un homme mar­ié, se mari­er, être homo­sex­uelle… sont des prob­lé­ma­tiques uni­verselles mais qui au Liban ont des enjeux par­ti­c­uliers. Dans cer­taines scènes, le film cesse d’être une fic­tion diver­tis­sante et informe sur ce qu’il en est des men­tal­ités de ce pays. En nous mon­trant Lay­ale con­fron­tée à l’in­ter­dic­tion de louer une cham­bre d’hô­tel à un cou­ple adultérin, Nis­rine recou­vrant son décol­leté avant d’aller dîn­er chez ses futurs beaux-par­ents, Nadine Laba­ki dresse aus­si un por­trait des Libanais, encore figés dans cer­taines tra­di­tions. Les rares hommes que l’on croise ne sont pas pour autant mon­trés du doigt. Ils sont même sym­pa­thiques, et c’est un des mérites du film (que la réal­isatrice dit avoir co écrit avec deux hommes pour éviter une vision trop fémi­nine) d’échap­per au manichéisme réduc­teur qui ferait de la gens mas­cu­line le bour­reau des char­mantes pro­tag­o­nistes. Aucune scène lar­moy­ante donc, mais une présence en fil­igrane de l’é­touf­fe­ment des Libanais­es.

La guerre est traitée de la même façon. Jamais mon­trée, elle demeure présente parce qu’en sont filmées les con­séquences, le besoin d’é­va­sion et de légèreté ressen­ti par les habi­tants de Bey­routh. Loin d’être signe de naïveté et d’in­sou­ciance, l’om­niprésente allé­gresse appa­raît alors comme un refuge, une ten­ta­tive d’in­suf­fler du mou­ve­ment dans une société encore engluée et en con­flit. Comme ses pro­tag­o­nistes qui s’en­fer­ment dans leur salon et ren­dent cet univers con­forme à leurs désirs, Nadine Laba­ki se prononce sur la sit­u­a­tion trag­ique de son pays et de sa ville (à laque­lle le film est dédié) en revendi­quant la pos­si­bil­ité d’une joie sal­va­trice.

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