Source : ASC Distribution
Armin
  • Armin
  • Croatie, Bosnie-Herzégovine2007
  • Réalisation : Ognjen Sviličić
  • Scénario : Ognjen Sviličić
  • Image : Stanko Herceg, Vedran Samanović
  • Montage : Vjeran Pavlinić
  • Musique : Michael Bauer
  • Producteur(s) : Marcelo Busse, Mirko Galić, Ademir Kenović, Damir Teresak, Markus Halberschmidt
  • Interprétation : Emir Hadzihafizbegović (Ibro), Armin Omerović (Armin), Jens Münchow (Ulrich), Marie Bäumer (Gudrun), Barbara Prpić (Martina), Orhan Güner (Arpad)...
  • Date de sortie : 15 août 2007
  • Durée : 1h22

Zagreb dream


Zagreb dream

Un père, un fils, un accordéon, réu­nis à Zagreb le temps d’un cast­ing de film. Armin ou Lit­tle Miss Sun­shine en ver­sion balka­nique et plus som­bre ? Plus sim­ple­ment, un film aux émo­tions con­trastées trai­tant de con­flits mul­ti­ples (intimes et cul­turels) où la ques­tion d’un autre con­flit, la guerre de Bosnie, est portée en creux, comme pour mieux être dépassée.

Quelque part au fin fond de la Bosnie Herzé­govine, père et fils atten­dent un bus en retard sous un ciel de pluie. Direc­tion : Zagreb, où l’équipe du cast­ing d’un film alle­mand les attend. Rapi­de­ment, l’escapade vers ce qui leur sem­ble être l’équiv­a­lent croate d’Hol­ly­wood, tourne au vinai­gre. Et si les façades vit­rées des build­ings et autres hôtels démesurées de la métro­pole se pro­fi­lent enfin, l’ado­les­cent et son père, Ibro, ne parvien­dront pas à y réalis­er leur rêve. Pire, dif­fi­cile­ment décroché à force d’ob­sti­na­tion (d’hu­mil­i­a­tion ?), leur quart d’heure de gloire n’en aura même pas la durée. Réal­isé par Ogn­jen Svil­ičić et co-pro­duit par la Croat­ie, la Bosnie-Herzé­govine et l’Alle­magne, Armin, est un film doux-amer trai­tant sub­tile­ment des rela­tions père-fils et d’une cer­taine incom­préhen­sion cul­turelle opposant encore Est et Ouest, tout en por­tant du bout des lèvres la ques­tion de la guerre de 1992–95, toile (noire) de fond que le jeune réal­isa­teur cherche à dépass­er plutôt qu’à sur­mon­ter.

Ado­les­cent mutique à l’al­lure gauche, Armin fait pour­tant la fierté de son père. Son tal­ent caché tient dans un large et lourd étui qui sera leur com­pagnon de voy­age vers Zagreb. En dehors de ses cours de théâtre, Armin est en effet accordéon­iste ; fac­ulté qui, selon la stratégie d’I­bro, devrait suf­fire à elle seule à évin­cer les petits con­cur­rents de son fils venus eux aus­si séjourn­er à l’hô­tel Hol­i­day pour décrocher le rôle de l’en­fant dans une copro­duc­tion ger­mano-croate. Mais der­rière l’im­age fan­tas­mée d’un jeune prodi­ge pas­sion­né par la musique et la comédie, Armin est en réal­ité à l’écran un ado­les­cent peu com­mu­ni­catif à la lim­ite du je-m’en-foutisme. Le long des couloirs bleus de l’hô­tel, entre les parois métalliques de l’as­censeur ou face à l’ob­jec­tif du pho­tographe du cast­ing, l’a­do évolue à l’i­den­tique : les épaules bass­es, la démarche molle et le regard gêné ou agacé. Par­fois mal­adroit voire mono-expres­sif dans son jeu (serait-ce là un prob­lème de direc­tion ?), Armin Omerović incar­ne mal­gré tout avec sincérité l’arché­type de l’ado­les­cent mal dans sa peau, se cher­chant et vis­i­ble­ment exas­péré par ce père qui en fait et en dit mille fois trop quitte à pass­er pour le roi des emmerdeurs. Dans ce rôle, Emir Hadz­i­hafizbe­gov­ić (que l’on a notam­ment vu récem­ment dans Grbav­i­ca, touchant por­trait filmique mère-fille de la Bosni­aque primée de l’Ours d’or en 2006, Jas­mi­la Žban­ić), est d’ailleurs très con­va­in­cant. Mal­heureuse­ment, la mise en scène, par­fois peu orig­i­nale, le dessert lorsqu’il est sys­té­ma­tique­ment mon­tré sous les traits d’un provin­cial dépassé face à cet univers urbain au ver­nis cap­i­tal­iste (cf. séquences d’I­bro désori­en­té dans les couloirs de l’hô­tel, ou dubi­tatif face au sèche-mains automa­tique des toi­lettes, ou encore fasciné par la pro­preté qua­si clin­ique d’un McDo). Tou­jours est-il que si l’ado­les­cent avoue ne pas avoir de pas­sion dans la vie et encore moins l’en­vie de faire ce film, il se laisse néan­moins entraîn­er par la déter­mi­na­tion acharnée de ce pater­nel sur­pro­tecteur adepte du bakchich, à l’in­sulte facile. Plus qu’une car­rière au ciné­ma, on se doute que le gosse ne veut tout sim­ple­ment pas décevoir son père. Sim­pliste ? Non.

Là où le scé­nario du film évite une dra­maturgie car­i­cat­u­rale, c’est qu’il ne décrit pas un sim­ple mal-être ado­les­cent. Âgé de qua­torze ans, le per­son­nage d’Armin sym­bol­ise toute une généra­tion d’en­fants nés en ex-Yougoslavie sur une terre en plein déchire­ment et baignée d’hor­reurs. Dans ce con­texte, le con­flit généra­tionnel filmé ici entre le père et le fils porte prob­a­ble­ment l’om­bre de ces événe­ments. Mais peut-être pas… L’in­ter­pré­ta­tion reste délibéré­ment ouverte. Lorsque l’équipe du film dans le film leur pro­pose finale­ment d’être les sujets d’un énième doc­u­men­taire sur la guerre en Bosnie et plus pré­cisé­ment sur leur « cas » (!) et leurs trau­ma­tismes, la volon­té de préserv­er l’in­tim­ité de sa famille primerait-elle sur les ambi­tions d’I­bro ? De retour, père et fils se (re)trouvent, leur indi­vid­u­al­ité affir­mée, une nou­velle com­plic­ité née. Tous deux peu­vent revenir désor­mais à la tran­quil­ité, certes ordi­naire, peut-être trou­blée par le passé, mais, préservée, de leur province bosni­aque où les ciels gris sont bercés par la voix du muezzin.

« Tout est comme avant, rien n’est plus pareil » chan­tait Armin.

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