Captivity

Captivity

de Roland Joffé

  • Captivity
  • États-Unis, Russie2007
  • Réalisation : Roland Joffé
  • Scénario : Larry Cohen, Joseph Tura
  • Image : Daniel C. Pearl
  • Montage : Richard Nord
  • Musique : Marco Beltrami
  • Producteur(s) : Mark Damon, Gary Mehlman, Leonid Minkovski, Sergueï Konov
  • Interprétation : Elisha Cuthbert (Jennifer), Daniel Gillies (Gary), Pruitt Taylor Vince (Ben), Michael Harney (Bettinger), Laz Alonso (Di Santos), Chrysta Olson (Mary D'Abro), Carl Paoli (victime n°1), Trent Broin (victime n°2)...
  • Producteurs exécutifs : Valery Chumak, Courtney Solomon
  • Distributeur : TFM Distribution
  • Date de sortie : 8 août 2007
  • Durée : 1h35

Captivity

de Roland Joffé

"Hostel" ni bis


"Hostel" ni bis

“Qu’est-ce qui est réel ?” se demande Elisha Cuth­bert, cam­pant médiocre­ment une top-mod­el séquestrée et tor­turée par un affreux colosse enca­pu­chon­né. La ques­tion est bien per­ti­nente, tant on peine à croire que le sous-sous-pro­duit où on retrou­ve l’ac­trice ait pu être pen­sé par des pro­duc­teurs de ciné­ma et des­tiné à autre chose que le direct-to-video. Pour­tant basé sur un script du vieux briscard de la série B Lar­ry Cohen (Le mon­stre est vivant, Phone Game), Cap­tiv­i­ty, navrante pochade entre thriller et hor­reur, se source plus ou moins con­sciem­ment chez les affreux cousins ger­mains que sont les Hos­tel, les Saw et les pro­duc­tions pour chaînes pay-per-view. Ces par­en­tés mon­strueuses se téle­scopent, se recoupent et s’ac­cou­plent en un tout pathé­tique­ment cohérent, entre déco­rum hor­ri­fique ris­i­ble mais sûr de soi, coups de théâtre prévis­i­bles avec une demi-heure d’a­vance et moral­isme à deux francs sur la van­ité du culte de la beauté — cau­tion morale dém­a­gogique, comme sou­vent, pour le raco­lage le plus atter­rant.

“Vanité”

Certes, l’in­ex­péri­ence de Roland Jof­fé dans le genre (de retour sur les tour­nages après un hia­tus de sept ans con­sé­cu­tif à l’échec pub­lic de Vatel), et plus encore les mul­ti­ples retouch­es gore effec­tuées après lui par l’inepte copro­duc­teur Court­ney Solomon (Don­jons et Drag­ons, Amer­i­can Haunt­ing) pour surfer sur la vague des récents “films de tor­ture” sus­nom­més, sont pour une bonne part dans l’am­pleur du désas­tre. Tout de même, pour le réal­isa­teur de La Déchirure, on ne peut s’empêcher de penser à un épisode plutôt logique de la vaine quête de renou­veau d’un ciné­ma en perte de vitesse. Good­bye Lover, comédie noire à tiroirs réal­isée en 1998, mon­trait déjà à quel niveau de com­plai­sance balourde Jof­fé peut plonger dès qu’il s’ag­it de jouer de l’hu­mour, de met­tre en scène des per­son­nages trou­bles, de dévelop­per une vision du monde. Autrement dit de faire autre chose que le tra­vail déco­ratif sur lequel il a bâti sa renom­mée : se repos­er sur la lux­u­ri­ance des décors et des cos­tumes, l’am­pleur et le poten­tiel dra­ma­tique des sujets, ou la noblesse des sen­ti­ments. Cette con­fronta­tion à un nou­veau genre, et les soubre­sauts de maniérisme sans enjeu aux­quels il s’y essayait tradui­saient autant une volon­té de ruer — puérile­ment — dans les bran­car­ds qu’une prise de con­science que le ciné­ma à l’a­cadémisme soigné qui l’avait fait con­naître était en train de mal vieil­lir.

C’est avec ce goût pour la pose esthé­tique de papi­er glacé rehaussée de quelques effets gad­gets que Jof­fé tente de don­ner un ton et une pat­te à son ouvrage, mais ne réus­sit a con­trario qu’à en soulign­er la médi­ocrité absolue (la scène de l’en­lève­ment filmé de Cuth­bert fera hauss­er plus d’un sour­cil). Au fond, pourquoi chercher à dis­soci­er la fac­ture de l’Anglais — déplorable thriller aux rouages usés par les pas­sages télévisés, jusque dans leurs invraisem­blances — de celle du mau­vais génie Solomon — ris­i­ble pro­gramme de sévices infligés à la blonde héroïne, con­trainte à boire des organes passés au mixeur avant d’a­bat­tre son caniche adoré pour sauver sa peau ? Ce serait ten­ter le dis­tin­guo entre une cam­pagne de séduc­tion par un glam­our du pau­vre et une entre­prise de raco­lage à la frontal­ité agres­sive. La ren­con­tre entre ces deux démarch­es pas immé­di­ate­ment con­cil­i­ables a au moins le mérite de met­tre sous un jour aveuglant la van­ité de l’une et de l’autre. On en vient à se deman­der si la seule idée un tant soit peu inspirée qui se dégage du film n’est pas imputable au pur hasard : la cap­tive com­mu­nique avec un codétenu à tra­vers une baie vit­rée enduite de pein­ture som­bre dont elle a grat­té une sur­face; son vis-à-vis por­teur d’e­spoir appa­raît ain­si dans un cadre aux bor­ds flous, comme isolé dans une dimen­sion par­al­lèle et onirique. Belle trou­vaille visuelle, mal­heureuse­ment vite sac­ri­fiée par un met­teur en scène plus soumis aux impérat­ifs d’un triste pro­gramme imposé qu’à sa pro­pre — hypothé­tique — sen­si­bil­ité artis­tique.

“Génération Puttnam”

Cette piteuse voie de garage où s’est acculé ce cinéaste, c’est un peu une nou­velle forme d’im­passe dans les par­cours de car­rière de ceux qu’on pour­rait appel­er la “généra­tion Put­tnam”. David Put­tnam, c’est ce pro­duc­teur anglais qui, dans les années 1970–80, propul­sa dans le paysage ciné­matographique mon­di­al de jeunes réal­isa­teurs bri­tan­niques issus de la télévi­sion, de la pub­lic­ité ou du théâtre. Rid­ley Scott, Alan Park­er, Adri­an Lyne, Hugh Hud­son, Jof­fé donc : autant de cinéastes remar­qués tant que leur sens esthé­tique assez affir­mé que pour leur apti­tude à se gliss­er dans des “gros” sujets por­teurs de dis­cours plus ou moins con­sen­suel auquel don­ner une forme séduisante. Le bilan du lance­ment de cette vaguelette de réal­isa­teurs, à l’époque tous accueil­lis à bras ouverts par un Hol­ly­wood en quête de sang neuf, est aujour­d’hui bien mince. À l’ex­cep­tion d’un Scott assez malin et flex­i­ble pour acquérir, de longue lutte, une place con­fort­able dans le sys­tème hol­ly­woo­d­i­en, peu d’en­tre eux ont échap­pé à une cer­taine mar­gin­al­i­sa­tion de leur ciné­ma sou­vent trop attaché à une cer­taine “mode” esthé­tique pour résis­ter au temps.

Quant à Jof­fé, qui tourne actuelle­ment une comédie dra­ma­tique impli­quant le tan­dem de chanteuses vraies-fauss­es les­bi­ennes t.A.T.u., gageons qu’il aura du mal à relever la tête de l’as­phalte avec le présent déchet filmique col­lé sous sa semelle.

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