© Metropolitan FilmExport
Fido

Fido

de Andrew Currie

  • Fido
  • Canada2006
  • Réalisation : Andrew Currie
  • Scénario : Andrew Currie, Robert Chiomak, Dennis Heaton
  • Image : Jan Kiesser
  • Montage : Roger Mattiussi
  • Musique : Don MacDonald
  • Producteur(s) : Blake Corbet, Mary Anne Waterhouse
  • Interprétation : Carrie-Anne Moss (Mrs Robinson), Billy Connolly (Fido), K'Sun Ray (Timmy Robinson), Dylan Baker (Mr Robinson), Tim Blake Nelson (Mr Theopolis), Sonja Bennett (Tammy)...
  • Coordination des effets visuels : Greg Behrens
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 1 août 2007
  • Durée : 1h31

Fido

de Andrew Currie

Mi amor, mis à mort


Mi amor, mis à mort

Depuis Le Retour des morts vivants de Dan O’Ban­non en 1984, la comédie de zom­bies est devenu un sous-genre de l’hor­reur avec ses pro­pres codes, mais qui con­serve les mêmes enjeux idéologiques que son cousin plus sérieux : il s’ag­it fon­da­men­tale­ment d’un ciné­ma de dénon­ci­a­tion. Fido, avec son por­trait au vit­ri­ol d’une mid­dle-class améri­caine typ­ique­ment 50’s, n’échappe pas à la règle.

« Qu’est-ce que je devais dire à nos voisins, qui ont six zom­bies de mai­son ? Que nous n’en avons aucun ? », lance, dés­espérée, Car­rie-Anne Moss en mère de famille, à son mari lors d’une scène de ménage. C’est que les zom­bies domes­tiques, c’est impor­tant. L’Amérique des années 1950 vit au rythme des zom­bies paci­fiés par les col­liers élec­tron­iques de la société Zom­con. Laitiers, livreurs de jour­naux, per­son­nel de mai­son, ils sont devenus un signe de réus­site sociale. Lorsque son mari finit pas céder, c’est un grand jour pour la famille Robin­son que celui de l’ar­rivée de Fido, zom­bie de mai­son. Les choses se com­pliquent lorsque, inévitable­ment, Fido mord une voi­sine acar­iâtre, et que la mère de famille et son fils déci­dent de cacher les faits, entre­tenant à l’é­gard du zom­bie des sen­ti­ments tou­jours plus trou­bles…

Madame Bovary chez les zom­bies : fal­lait oser ! Fido ose beau­coup, avec une idée de départ sim­ple et effi­cace : et si on décidait de ne pas tuer tous les zom­bies, à la fin de La Nuit des morts vivants de George Romero ? Car c’est indé­ni­able­ment l’idée des trois copains à l’o­rig­ine du film : Den­nis Heaton et Robert Chiomak, scé­nar­istes, et Andrew Cur­rie, réal­isa­teur, fans du genre et désireux de « faire un film dont on par­lerait sur Fan­go­ria ». Donc, après La Nuit, les zom­bies se retrou­vent con­trôlés par un dis­posi­tif arti­fi­ciel et au ser­vice de la société des 50’s. Le film joue à fond sur les références asso­ciées à l’im­agerie de l’époque, par­ti­c­ulière­ment une esthé­tique aux couleurs très vives, et une morale con­sumériste au pos­si­ble. La galerie de per­son­nages du film est on ne peut plus réjouis­sante : Mr Robin­son, le mari, obsédé par l’idée offrir à sa famille des enter­re­ments garan­tis sans zomb­i­fi­ca­tion, luxe suprême ; un voisin, respon­s­able de Zom­con, qui arbore des têtes de zom­bies dans le for­mol en tant que trophée de chas­se ; un autre voisin, qui garde avec lui une cheer­leader zom­bie ; les gamins scouts con­di­tion­nés jusqu’à la mœlle… Mais Fido, Mrs Robin­son et son fils sont véri­ta­ble­ment au cen­tre du film : ces deux derniers finis­sent par rechercher dans le zom­bie le mari (l’a­mant ?) et le père qu’ils n’ont pas vrai­ment, mon­sieur pas­sant son temps à assis­ter à des enter­re­ments en fan­tas­mant sur le sien.

L’hu­mour noir dévas­ta­teur du film est fine­ment con­tre­bal­ancé par le sérieux rieur affec­té par tous, du réal­isa­teur (qui tourne avant tout un drame sen­ti­men­tal – avec des zom­bies, certes) aux acteurs (avec Car­rie-Anne Moss, incroy­able dans un rôle totale­ment à con­tre-emploi de sa fil­mo­gra­phie habituelle, en tête de liste). Et c’est un humour pass­able­ment dévas­ta­teur : comme Peter Jack­son dans son remar­quable Brain­dead, Fido n’é­pargne per­son­ne : les scouts, la vieille hand­i­capée acar­iâtre, les flics et les sci­en­tifiques (une néces­sité du genre), jusqu’aux petits chanteurs de Christ­mas Car­ols… Une telle recette avait fait mer­veille pour le Grem­lins pre­mier du nom, et elle refait ici ses preuves. Il s’ag­it d’u­tilis­er le zom­bie non comme le cen­tre du film (ce qui résumerait le film à une énième et médiocre Armée des morts), mais de focalis­er le réc­it sur les per­son­nages et leurs rap­ports, util­isant le mon­stre comme un ressort scé­nar­is­tique. C’est ce que réus­sis­sent avec tal­ent les trois com­pères à l’o­rig­ine de Fido, en bon fan­tas­ti­cophiles qu’ils sont, en prenant bien soin de respecter leurs aînés. La seule faib­lesse de cette amu­sante comédie référen­tielle reste que, comme sou­vent dans le genre, la mise en scène est d’une red­outable plat­i­tude, et le mon­tage et le rythme du film pass­able­ment indi­gents.

Finale­ment, Fido reste donc une comédie ultra­référen­tielle qui souf­fre des défauts clas­siques de ce genre de film, mais avec un amour du genre qui évoque autant Shaun of the Dead, une agréable référence dans le genre, que Beetle­juice. Un bon départ donc pour les créa­teurs de Fido, à qui un tout petit plus de per­son­nal­ité et d’au­dace ne fer­ont cepen­dant pas de mal.

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