Buenos Aires 1977

Buenos Aires 1977

de Adrián Caetano

  • Buenos Aires 1977
  • (Crónica de una Fuga)
  • Argentine2006
  • Réalisation : Adrián Caetano
  • Scénario : Adrián Caetano, Esteban Student, Julián Loyola, avec la collaboration de Guillermo Fernández
  • d'après : le livre Pase Libre – La Fuga de la Mansión Seré
  • de : Claudio Tamburrini
  • Image : Julián Apezteguía
  • Montage : Alberto Ponce
  • Musique : Iván Wyszogrod
  • Producteur(s) : Oscar Kramer, Hugo Sigman
  • Interprétation : Rodrigo de la Serna (Claudio), Pablo Echarri (Huguito), Nazareno Casero (Guillermo), Lautaro Delgado (Gallego), Matías Marmorato (El Vasco), Diego Alonso (Lucas)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 27 juin 2007
  • Durée : 1h42

Buenos Aires 1977

de Adrián Caetano

La petite évasion


La petite évasion

Buenos Aires 1977 est l’adap­ta­tion du réc­it authen­tique d’un jeune Argentin sans his­toires vic­time de la dic­tature mil­i­taire de l’époque : enlevé par les ser­vices spé­ci­aux, accusé à tort de sub­ver­sion, séquestré et tor­turé pen­dant qua­tre mois, il finit par s’é­vad­er avec trois codétenus. Le réal­isa­teur se livre moins à une recon­sti­tu­tion his­torique qu’à un exer­ci­ce de mise en scène — sous références — de la pres­sion exer­cée sur les pris­on­niers et de leur quête de lib­erté.

Si le titre français évoque bien fade­ment une ren­con­tre avec l’his­toire, le titre orig­i­nal, “Chronique d’une éva­sion”, résume mieux les ambi­tions du film, lesquelles ont moins à voir avec la recon­sti­tu­tion d’une époque ou la dénon­ci­a­tion d’un régime qu’avec la mise en scène d’un empris­on­nement et d’une fuite suiv­ant les con­ven­tions d’un genre déjà bien exploré. Les pistes de réflex­ion his­torique et poli­tique ouvertes par le film sont d’ailleurs assez floues, flir­tant même avec le dou­teux. Jouant plutôt effi­cace­ment sur un sus­pense basique de who­dunit pro­pre à refléter le cli­mat para­noïaque cul­tivé par la dic­tature (qui des pris­on­niers est un guerillero ? qui est un traître ?), Cae­tano, ce faisant, ne passe pas loin d’im­put­er aux opposants au régime les souf­frances que celui-ci inflige aux citoyens pas­sifs…

“Un peu de tout”

Ces réserves sur le fond restent tout de même mar­ginales, tant le cinéaste porte son intérêt sur la mise en scène de la ten­sion, de la vio­lence et des espoirs qui affleurent dans cette mai­son bour­geoise dev­enue une sin­istre prison. Les faits his­toriques restent ici un décor pour un film de prison dont la prin­ci­pale orig­i­nal­ité reste l’at­mo­sphère de sus­pi­cion instil­lée par la traque des activistes, réels ou inven­tés, par les autorités. Or si Cae­tano ne manque pas d’idées sur le papi­er (entre autres l’esquisse d’un tra­vail sur le huis clos par le cadrage et l’emploi des focales, dans un envi­ron­nement terne et rugueux), la manière dont il se rabat régulière­ment sur des con­ven­tions de mise en scène emprun­tées à des gen­res voisins de son film laisse pour le moins per­plexe. On trou­ve telle­ment de clichés formels que le long-métrage, devenu presque un fes­ti­val sans s’en ren­dre compte, men­ace sou­vent de bas­culer dans le n’im­porte quoi pas vrai­ment assumé. Il y a un peu de tout : du film d’hor­reur (cadrages obliques de la mai­son de séques­tra­tion pour en faire une entité inquié­tante), du polar à l’améri­caine (les inter­ven­tions des ser­vices spé­ci­aux évo­quant irré­sistible­ment Starsky et Hutch), du film d’é­va­sion à l’an­ci­enne (petits roule­ments de tam­bours pen­dant que les pris­on­niers our­dis­sent leurs plans), etc.

S’il fal­lait voir un bon côté dans cette pro­fu­sion de fig­ures con­nues dis­tribuées d’une main lourde, c’est la preuve que Cae­tano ne manque pas com­plète­ment d’idées, telle la mise en valeur de la demeure-prison comme un per­son­nage à part. Dom­mage que tout en pré­ten­dant accom­plir sérieuse­ment sa tâche, il mène son réc­it avec un manque de sub­til­ité qui con­fine par­fois à la nég­li­gence coupable, à l’im­age des dérisoires instants de sus­pense qu’il ménage (comme lorsqu’un pris­on­nier demande des fourchettes pour manger…).

C’est avec per­plex­ité qu’on se sou­vient de L’Ours rouge, polar social réal­isé par le même Cae­tano en 2002. Marchant lui aus­si sur un ter­rain bal­isé au pos­si­ble, il fai­sait pour­tant mine d’an­ticiper les clichés du genre, les expé­di­ant sans céré­monie pour acquérir une sobriété bien­v­enue. En se dis­pen­sant du même recul, Buenos Aires 1977, sans être vrai­ment désagréable, se lim­ite de lui-même aux fron­tières de l’anec­do­tique, à une expéri­ence peu ent­hou­si­as­mante de ren­con­tre entre regard sur l’his­toire et con­ven­tions du ciné­ma de genre.

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