Nocturnes

Nocturnes

de Henry Colomer

  • Nocturnes
  • France2006
  • Réalisation : Henry Colomer
  • Scénario : Henri Colomer
  • Image : Jean-Jacques Bouhon
  • Montage : Stéphane Foucault
  • Musique : Jacopo Baboni Schilingi
  • Producteur(s) : Denis Freyd
  • Production : Archipel 35
  • Interprétation : Sarah Grappin (la mère), Miquel García Borda (le père), Quentin Testas (l'aîné), Zacharie Olivet (le cadet), Dominique Marcas (la marraine), Gisela Bellsolà (la grand-mère)
  • Date de sortie : 25 avril 2007
  • Durée : 1h15

Nocturnes

de Henry Colomer

Mélancolie du souvenir


Mélancolie du souvenir

Les années 1950 dans le sud-ouest. On par­le cata­lan dans la famille et dans le vil­lage, pais­i­ble, vague­ment intem­porel. C’est qu’i­ci le temps se révèle d’abord par des images d’archives qui entre­coupent les scènes de fic­tion. De l’âge où la sci­ence sem­ble l’in­no­cent pro­longe­ment d’une fas­ci­na­tion pour le monde à la con­science des respon­s­abil­ités, Colom­er filme son enfance, de manière moins intéres­sante qu’il ne met en scène le sou­venir et la mélan­col­ie qui s’en font l’é­cho.

Comme on regarde les infor­ma­tions, les per­son­nages de Noc­turnes suiv­ent les petits ou grands événe­ments de leur temps : la fin des années 1950. Mais plutôt que d’être relayées par un poste de télévi­sion, des séquences d’im­ages d’archives rem­plis­sent l’écran et alter­nent avec les scènes de fic­tion. Après la télé et Inter­net, l’I­NA s’in­vite au ciné­ma. Coulant sur l’His­toire un thème musi­cal à répéti­tion, Hen­ry Colom­er donne le ton qui se voudra celui du film : la poésie filmique d’une douce mélan­col­ie de l’en­fance, avant sa perte. Nous voici donc entre les événe­ments locaux (une baleine échoue sur une plage du sud-ouest français), loin­tains (l’en­vol de Spout­nik, des essais nucléaires) et ceux — terme cache-mis­ère — de l’Al­gérie de la fin des années 1950. Tout ça vu d’une famille heureuse et calme, à hau­teur de deux enfants pour qui le vil­lage comme le monde regor­gent de mys­tères.

C’est le temps pour les deux petits de l’ap­préhen­sion de l’u­nique sur­face des choses, un temps où pour­tant tout est source d’in­térêt puisque mys­térieux. Colom­er a com­posé son film en neuf séquences qu’il aurait pu appel­er « Petites épipha­nies ». Si chaque acteur rem­plit son rôle avec justesse et que Quentin Tes­tas pos­sède un vis­age lunaire qui pose sur chaque chose un regard de décou­vreur, la ryth­mique trop pré­cise de l’ensem­ble finit par grig­not­er la poésie. Pour­tant Noc­turnes traduit ambitieuse­ment le regard d’un homme vieil­lis­sant sur son sou­venir de l’en­fance. Le rap­port à la sci­ence, d’une vieille boite de Mecano aux machines de guerre, sem­ble le pro­longe­ment d’une fas­ci­na­tion pour la nature et son fonc­tion­nement com­plexe. Entre les enfants gam­badant, espi­ons ignorés qui jouent de la lampe torche dans la nuit, et ces majestueuses images d’archives au grain tran­chant avec l’im­age lisse du film, émane toute l’am­biguïté de la sci­ence et des chercheurs. C’est un peu à quoi se retrou­ve con­fron­té l’aîné avec le départ de la famille pour l’Al­gérie. Les fab­uleuses voitures qui trô­nent dans la cour de la caserne tro­quent peu à peu la poésie de leur énorme car­rosserie luisante con­tre leur rai­son d’être : servir à la guerre. Dans ce par­cours de l’en­fance vers l’age adulte, l’aîné perd de son inno­cence et le film de sa force.

Ce qui fai­sait le charme de Noc­turnes dans ses pre­mières séquences ne se renou­velle pas et devient pesant. Le noir et blanc, l’al­ter­nance des grains et des types d’im­ages, l’om­niprésence de sons métronomiques ou du rythme flu­ide de la musique sys­té­ma­tique­ment col­lée aux archives. La mise en scène ajoute au coté rétro du film un ton qui oscille entre lucid­ité et mélan­col­ie. Mais à ne pas vouloir oppos­er les images réelles et vio­lentes de l’I­NA à la vie de la famille, Noc­turnes lasse et la péri­ode algéri­enne du film ne trans­met pas la ten­sion de ses pro­tag­o­nistes. Car si Colom­er vise une forme orig­i­nale, il s’embarrasse de bar­rières scé­nar­is­tiques qui diri­gent le film vers un sujet réal­iste dont le traite­ment est ici beau­coup moins orig­i­nal. Cette ori­en­ta­tion cor­re­spond à la perte de l’in­no­cence, elle cor­re­spond égale­ment à une perte de sin­gu­lar­ité. Du coup la toute dernière scène, un retour pour­tant fort sur le regard de Colom­er, ne mar­que pas suff­isam­ment. Puisque les objets évo­ca­teurs de l’en­fance qui trô­nent en début et en fin de film appel­lent à un sou­venir qua­si-onirique, dom­mage que Colom­er n’é­conomise pas ses effets pour nous laiss­er som­nam­buler Noc­turnes de bout en bout.

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