Goodbye Bafana

Goodbye Bafana

de Bille August

  • Goodbye Bafana
  • Allemagne, Belgique, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Luxembourg2007
  • Réalisation : Bille August
  • Scénario : Greg Latter, Bille August
  • d'après : le livre Goodbye Bafana
  • de : James Gregory, Bob Graham
  • Image : Robert Fraisse
  • Montage : Hervé Schneid
  • Musique : Dario Marianelli
  • Producteur(s) : Jean-Luc Van Damme, Ilann Girard, Andro Steinborn
  • Interprétation : Joseph Fiennes (James Gregory), Dennis Haysbert (Nelson Mandela), Diane Kruger (Gloria Gregory), Patrick Lyster (Maj. Pieter Jordaan)...
  • Distributeur : Paramount Pictures France
  • Date de sortie : 11 avril 2007
  • Durée : 1h58

Goodbye Bafana

de Bille August

Neutralité bien-pensante


Neutralité bien-pensante

Good­bye Bafana, film édi­fi­ant autour de l’a­partheid, vient rejoin­dre Hotel Rwan­da, Blood Dia­mond et quelques autres dans la liste des films récents à bud­get con­fort­able par lesquels Hol­ly­wood et l’Eu­rope font mine de s’in­téress­er à l’ac­tu­al­ité douloureuse du con­ti­nent africain. Mais ce ciné­ma-là, moins soucieux de dégager une vraie approche con­sciente de son sujet que de véhiculer au grand pub­lic son pro­pos plus ou moins pré­fab­riqué par les moyens les plus con­ven­tion­nels, s’é­gare invari­able­ment jusqu’à étouf­fer, voire con­tredire ce qu’il clame.

Cul­ti­vant de son côté l’in­si­pid­ité comme un dogme, le réal­isa­teur scan­di­nave Bille August s’avère le par­fait ambas­sadeur de cette optique bien-pen­sante qui ne se met au ser­vice que d’elle-même. Dif­fi­cile de s’ex­pli­quer par quels juge­ments artis­tiques un tel cinéaste a pu se voir décern­er par deux fois la Palme d’or au fes­ti­val de Cannes : pour Pelle le con­quérant en 1988, puis Les Meilleures Inten­tions en 1992. Peut-être les jurys ont-ils été séduits par cette neu­tral­ité formelle au goût de clas­si­cisme qui lais­sait le film repos­er sur les seules qual­ités du scé­nario. Quinze ans après, l’écran de fumée s’est dis­sipé: avec une car­rière jalon­née presque exclu­sive­ment d’adap­ta­tions lit­téraires laborieuses et sans goût (La Mai­son aux esprits, Smil­la, et même Les Mis­érables), il ne reste de cette renom­mée fes­ti­val­ière que l’év­i­dence d’une abyssale médi­ocrité. Son “clas­si­cisme” ne s’avère qu’un académisme forcené qui refuse à tel point toute aspérité que, sans matériel scé­nar­is­tique fort, il en devient vite ridicule.

“Les meilleures intentions”

Good­bye Bafana est l’adap­ta­tion d’un réc­it auto­bi­ographique judi­cieuse­ment choisi pour son car­ac­tère édi­fi­ant, mais à la fia­bil­ité dis­cutable : des témoins ont con­testé la vérac­ité de l’ami­tié entre l’au­teur, ancien geôli­er de Nel­son Man­dela, et son célèbre pris­on­nier. C’est une nou­velle occa­sion pour August de se réfugi­er der­rière cette affec­ta­tion de neu­tral­ité par laque­lle il se dis­pense du moin­dre choix de mise en scène qui puisse témoign­er d’un quel­conque regard per­son­nel sur son sujet, de la moin­dre volon­té de per­turber le côté exces­sive­ment con­venu de son his­toire. Sa caméra devient une véri­ta­ble pas­soire qui laisse le réc­it repos­er exclu­sive­ment sur une intrigue dont il sures­time la force (car August est de ceux qui croient que les meilleures inten­tions font les meilleurs films), mais dont il laisse éclater toutes les facil­ités et les com­pro­mis­sions avec les impérat­ifs com­mer­ci­aux.

Le film en perd rapi­de­ment tout intérêt, tout impact, voire toute crédi­bil­ité. Ain­si, le bas­cule­ment des sen­ti­ments du geôli­er vers l’empathie, puis l’ami­tié avec son leader de pris­on­nier, appa­raît cru­elle­ment tel qu’il est: téléphoné, écrit sans sub­til­ité et sans aucun souci d’y don­ner un quel­conque relief. Plutôt que de tra­vailler sur le côté incon­gru — donc vecteur d’in­térêt pour le réc­it — de ces liens entre un Afrikan­er soumis au sys­tème et un kaf­fir qui le défie, on préfère ten­ter de les ren­dre plus crédi­bles en met­tant en avant les liens que le geôli­er enfant avait avec ses copains noirs… La décou­verte par cet homme des men­songes de l’a­partheid, par la seule lec­ture de la “Charte de la lib­erté” de l’ANC, est de même un grand moment de sim­plisme. On pour­rait citer quelques autres expé­di­ents employés sans con­science ni scrupules pour faire pass­er la pilule du pas­sage du héros à l’op­po­si­tion dis­crète au régime, reléguant Good­bye Bafana dans la légion des films bien inten­tion­nés, mais telle­ment plom­bés par les con­ven­tions que leur pro­pos s’y dilue.

“Camouflage”

Si l’ef­face­ment recher­ché par la mise en scène ne masque rien des béquilles dérisoires du réc­it, il ne pro­tège pas plus le réal­isa­teur lui-même, qui devait pour­tant se croire à l’abri de tout reproche. Dès qu’ar­rive une scène forte deman­dant un min­i­mum de doigté et d’in­vestisse­ment d’un regard de cinéaste (telle que l’an­nonce de la mort d’un proche), le retranche­ment artis­tique se fait mal­adresse impens­able, ajoutant une louche de ridicule à un pro­jet déjà bien alour­di, et con­fir­mant que la démarche d’Au­gust relève bien moins d’une dis­tance intel­ligem­ment pen­sée que d’un cam­ou­flage pour son inca­pac­ité à met­tre en scène au-delà de la bête illus­tra­tion. L’asep­sie n’a jamais pré­mu­ni con­tre l’in­com­pé­tence.

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