Mon fils à moi

Mon fils à moi

de Martial Fougeron

  • Mon fils à moi
  • France2006
  • Réalisation : Martial Fougeron
  • Scénario : Martial Fougeron, Florence Eliakim
  • Image : Yorgos Arvanitis
  • Décors : Eric Barboza
  • Costumes : Nathalie Raoul
  • Montage : Laurence Briand
  • Musique : Frédéric Fortuny, Fabrice Dumont
  • Producteur(s) : Frédéric Niedermayer, Pascal Caucheteux
  • Production : Why Not Productions, France 2 Cinéma, Moby Dick Films
  • Interprétation : Nathalie Baye (la mère), Victor Sévaux (Julien), Olivier Gourmet (le père), Marie Kremer (Suzanne), Emmanuelle Riva (la grand-mère), Valentine Stach (Alice), Michèle Moretti (la proviseur)
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 7 mars 2007
  • Durée : 1h30

Mon fils à moi

de Martial Fougeron

C'est en son sein que surgit la violence


C'est en son sein que surgit la violence

Julien a deux par­ents qui n’ont pas de nom. Sa mère n’en a pas besoin, elle existe par sa seule présence, élé­gante, amoureuse et tyran­nique. Son père ne dit rien, il con­state en per­ma­nence une sit­u­a­tion qui s’ag­grave. Enfant proche des jupons mater­nels, Julien grandit, décou­vre son corps et le cache à sa géni­trice, qui ne le sup­porte pas. Un pre­mier film par­fois ter­ri­fi­ant qui ne s’alour­dit pour­tant jamais et porte un regard, si ce n’est vrai­ment neuf, du moins sincère, sur le pas­sage de l’en­fance incon­sciente à l’ado­les­cence con­sciente de la réal­ité des affects.

Un mal­heur s’est pro­duit et tout le film se con­stru­ira en flash-back pour en com­pren­dre les caus­es. Un peu expli­catif peut-être mais jamais insis­tant. Mon fils à moi réus­sit à don­ner l’idée de la pesan­teur sociale et affec­tive sans parse­mer son film de sym­bol­es et de scènes chocs. C’est dans la longueur, dans la pro­gres­sion que se situe l’hor­reur de cette rela­tion mère/fils. Julien n’est pas soumis, il a appris à aimer une mère qui l’ad­ule. Elle danse avec lui sur Bécaud comme elle dan­sait, ado­les­cente, avec son mari ; elle cherche à établir une con­fi­ance qui ne peut que se mou­voir en fusion, étant don­né l’in­ca­pac­ité qu’elle a à lâch­er du lest. Elle tente en quelque sorte de con­serv­er sa jeunesse en inter­dis­ant à Julien de grandir.

Julien habite dans une mai­son que seule sa mère ouvri­ra et fer­mera. Julien vit dans un endroit clos où le cri mater­nel de son nom est inces­sant. Elle l’ap­pelle tout le temps, elle le cherche partout, elle l’empêche de vivre. Mais Julien a 13 ans, et se décou­vre. Une très belle scène le mon­tre sor­tant de sa douche et se cachant le sexe. Sa mère ne com­prend pas pourquoi il garde sa servi­ette devant elle : il est à elle, ne peut pas avoir d’in­tim­ité, ne peut même penser à s’ap­pro­prier une sex­u­al­ité. Quiconque s’op­pose à cette rela­tion sera tué, sym­bol­ique­ment voire physique­ment : sa petite amie Alice dont les let­tres sont lues et jetées à la poubelle, sa sœur Suzanne qui tente une médi­a­tion et sera amenée à quit­ter la mai­son, et sa grand-mère (inter­prétée par la sub­lime Emmanuelle Riva), qui n’au­ra plus le droit de le voir. Tout tourne autour d’elle. Lorsque son reje­ton fait de l’eczé­ma, elle lui demande : « C’est exprès pour me ren­dre malade ? » Elle aus­si est enfer­mée, dans sa pro­pre folie.

Ain­si Julien apprend à vivre en cachette, à voir ses amis, à faire le mur : car c’est par l’en­fer­me­ment qu’il décou­vre l’il­lé­gal famil­ial, le tabou, et qu’il finit par l’ap­préci­er comme la seule lib­erté pos­si­ble, la seule fenêtre ouverte der­rière la frus­tra­tion. Sa vio­lence à elle, au départ con­tenue par la peur de n’être plus aimée, se méta­mor­phose en vio­lence dic­ta­to­ri­ale. Nathalie Baye est, comme sou­vent, par­faite. Elle est lap­idaire, par des phras­es cour­tes qui son­nent chaque fois comme des reproches, mais elle ne prend pas toute la place. Elle fait par­tie de ces actri­ces qui ont égale­ment le tal­ent de laiss­er les autres s’é­panouir devant une caméra : son mari, Olivi­er Gourmet, est seul dans le cadre, mais s’en con­tente. La lâcheté n’empêche pas l’amour. Et Julien, inter­prété par le jeune Vic­tor Sévaux, garde tou­jours cette pudeur et cette dis­cré­tion qui car­ac­térise un per­son­nage dont l’évo­ca­tion est sac­cadée, empêchée par une mère qui n’ac­cepte pas la viril­ité.

Mar­tial Fougeron avait réal­isé plusieurs courts métrages applaud­is dans les fes­ti­vals. Il s’es­saye au long et parvient à don­ner corps à un sujet on ne peut plus rebat­tu. La direc­tion d’ac­teurs (et les acteurs) est très fine, mil­limétrée. Mar­tial Fougeron reste en dehors de son his­toire, prend le par­ti de laiss­er sa caméra regarder, suiv­re les mou­ve­ments de cha­cun, et porter en elle la pro­gres­sion dra­ma­tique sans la juger. Il con­state lui aus­si, comme le père de famille, cette his­toire d’amour par­ti­c­ulière. Il filme le trou­ble, de ses per­son­nages, et des sit­u­a­tions qui s’a­chem­i­nent vers une fin. Dans la con­struc­tion des per­son­nages, le réal­isa­teur de Mon fils à moi n’a pas oublié le car­ac­tère social de son nid : la classe moyenne mon­trée est nor­male. Dés­espéré­ment nor­male. C’est ce qui fait de ces per­son­nes des êtres réels, et de cette mère, ni un mon­stre, ni une aliénée. Sim­ple­ment une mère qui out­repasse ses droits et enferme son fils dans un enc­los qu’elle ne sup­porte pas elle-même.

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