Remake

Remake

de Roger Gual

  • Remake
  • Espagne2006
  • Réalisation : Roger Gual
  • Scénario : Javier Calvo, Roger Gual
  • Image : Cobi Migliora
  • Montage : Alberto de Toro
  • Musique : Guillermo Scott Herren
  • Producteur(s) : Cecilia Bossi, Pablo Bossi, Antonio Camín, Quique Camín, Michel Ruben
  • Interprétation : Juan Diego (Damián), Silvia Munt (Patricia), Eusebio Poncela (Álex), Mercedes Morán (Carol), Mario Paolucci (Max), Gustavo Salmerón (Ernesto), Álex Brandemühl (Fidel), Marta Etura (Laura), Juan Navarro (Victor)...
  • Date de sortie : 21 février 2007
  • Durée : 1h35

Remake

de Roger Gual

Règlements de compte post-68


Règlements de compte post-68

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux… Dans les années 1970, Dami­an, Patri­cia, Max et les autres avaient 20 ans et, en par­faits hip­pies, avaient choisi de vivre en com­mu­nauté, prô­nant la lib­erté sex­uelle et l’é­d­u­ca­tion choisie de leurs enfants. Trente-cinq ans plus tard, ils se retrou­vent dans la mai­son de leur bon­heur passé et remuent des sou­venirs amers. Sur un thème archi-rebat­tu, le cinéaste espag­nol Roger Gual signe un film d’au­tant plus juste qu’il ne cherche pas à répon­dre à des ques­tions insol­ubles.

Remar­qué en 2002 pour son pre­mier long métrage Smok­ing Room, co-signé avec le réal­isa­teur argentin Julio Wal­low­its, Roger Gual n’a pas per­du sa verve satirique. Dans Smok­ing Room, il dénonçait le poli­tique­ment cor­rect (tou­jours d’une grande actu­al­ité) dis­simulé der­rière l’in­ter­dic­tion de fumer dans les lieux publics. Avec Remake, il pose un regard ironique et acerbe sur une généra­tion désen­chan­tée, dont les idéaux n’ont pas résisté longtemps à l’ap­pel du sys­tème. Dif­fi­cile de trou­ver vision du monde plus pes­simiste, où les rancœurs, les hypocrisies et les bassess­es se retrou­vent dans tout un cha­cun, et dans toute société, quelle qu’elle soit. Ain­si, le calme appar­ent des retrou­vailles entre ces “vieux” amis dégénère rapi­de­ment en reproches divers, cha­cun ayant con­science d’avoir raté sa vie, tout en attribuant cet échec aux autres…

Mais le con­stat de Roger Gual ne s’ar­rête pas là: car dans le terme “remake”, il n’y a pas seule­ment la volon­té du groupe de ten­ter de retrou­ver, le temps d’un week-end, l’at­mo­sphère de leur vie en com­mu­nauté. Il y a aus­si le per­pétuel mou­ve­ment des généra­tions, qui ne se ressem­blent pas, mais se répè­tent: ain­si les enfants de ces anciens hip­pies, qui passent leur temps à reprocher leurs erreurs à leurs pères, repro­duisent au fond le même sché­ma: par­tir de la volon­té affichée de faire table rase du sys­tème avant de s’y couler. “Vous êtes pareils”, crie ain­si la mère à son ex-mari et à son fils, résumant le thème du film en une phrase lap­idaire.

Parce qu’au fond, Remake par­le beau­coup plus de la dif­fi­culté à tiss­er des liens famil­i­aux et à les sauve­g­arder que d’une époque par­ti­c­ulière. Roger Gual com­mence son “huis-clos” cam­pag­nard sous les traits d’une vidéo de famille: très proche des vis­ages, la caméra passe d’un per­son­nage à l’autre, dans un per­pétuel champ/contrechamp, cher­chant à attrap­er au vol cha­cune des répliques et en mon­trant ain­si la pro­fonde vacuité. Mais c’est dans le défoule­ment général qui suit la fausse paix des retrou­vailles que Roger Gual con­va­inc le mieux: par le biais de scènes sans but nar­ratif pré­cis, suiv­ant de près l’é­clate­ment du col­lec­tif en petits groupes, le cinéaste reste dans une volon­té claire­ment non explica­tive, n’ap­por­tant aucune solu­tion, aucun règle­ment aux con­flits. Le mon­tage, qui coupe ces scènes par de brusques noirs, par­ticipe de l’e­sprit d’i­nachevé régis­sant le film: rien n’est jamais réelle­ment fini, per­son­ne ne peut jamais avoir le dernier mot.

Les bavardages inutiles de cha­cun sont comme ces four­mis et ces mouch­es envahissant la mai­son, ou comme les bruits assour­dis­sants de la ville toute proche: d’abord presque invis­i­bles et inaudi­bles, ils devi­en­nent rapi­de­ment insup­port­a­bles. Et le silence qui s’en­suit, dans la très belle scène finale, n’est pas sim­ple­ment le con­stat d’une impos­si­ble com­mu­ni­ca­tion entre les per­son­nages. Dami­an, Patri­cia, Max et les autres n’ont peut-être plus rien à se dire, mais au fond, est-ce si grave?

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