Je crois que je l’aime

Je crois que je l’aime

de Pierre Jolivet

  • Je crois que je l’aime
  • France2007
  • Réalisation : Pierre Jolivet
  • Scénario : Pierre Jolivet, Simon Michaël
  • Image : Pascal Ridao
  • Montage : Yves Deschamps
  • Producteur(s) : Frédéric Bourboulon, Pierre Kubel, Marie-Castille Mention-Schaar
  • Production : Vendredi Film, StudioCanal, TF1 Films Production
  • Interprétation : Sandrine Bonnaire (Elsa), Vincent Lindon (Lucas), François Berléand (Roland), Liane Foly (Jeanne Larozière), Kad Merad (Rachid), Guilaine Londez (Brigitte), Albert Dray (Albert)...
  • Date de sortie : 21 février 2007
  • Durée : 1h30

Je crois que je l’aime

de Pierre Jolivet

L'espion qui m'aimait


L'espion qui m'aimait

Un film de Pierre Jolivet n’est jamais banal et sa fil­mo­gra­phie oscille entre la comédie satirique, le drame psy­chologique, le fan­tas­tique, le mélo­drame, le film his­torique, le polar : Le Com­plexe du kan­gourou (1986), Force majeure (1988), Sim­ple mor­tel (1991), Fred (1996), En plein cœur (1998), Ma petite entre­prise (1999), Le Frère du guer­ri­er (2001), Filles uniques (2002) et Zim & Co. Pierre Jolivet est ain­si un touche-à-tout imprévis­i­ble et cette imprévis­i­bil­ité désori­ente quelques fois un pub­lic au vu de ses petits films sans pré­ten­tion, ses jolis navets, ses éton­nants éclats. Je crois que je l’aime est for­cé­ment de cette veine : entre moments de grâce et clichés incon­tourn­ables.

Lucas (Vin­cent Lin­don), un riche indus­triel divor­cé et père d’un garçon de 12 ans, tombe sous le charme d’une céli­bataire artiste, Elsa (San­drine Bon­naire) qu’il vient d’embaucher pour créer une fresque en céramique sur le sol de son entre­prise. Il con­voque derechef sa secré­taire et son détec­tive privé (François Berléand), et leur annonce qu’il n’est pas exclu qu’il tombe très très amoureux : la bonne marche de l’en­tre­prise va ain­si en être boulever­sée. Cepen­dant, de crainte de ne pas savoir faire con­fi­ance et d’es­suy­er une énième décon­v­enue, il demande à l’iné­narrable François Berléand d’es­pi­onner la toute belle. Micro, caméra, toute la moder­nité au ser­vice du riche Lucas pour mieux cern­er sa douce Elsa.

Con­naître la femme avant de s’en­gager pour que l’homme ne souf­fre plus est l’im­per­ti­nente et machi­avélique machi­na­tion qui sous-tend Je crois que je l’aime. Une illu­sion for­cé­ment et féro­ce­ment : gare aux micros lorsque finale­ment Elsa a vent de ce drôle d’es­pi­onnage… Les sec­onds rôles, François Berléand, Guilaine Lon­dez, Liane Foly (sa pre­mière appari­tion au ciné­ma et avec accent québé­cois qui plus est), Albert Dray sont impec­ca­ble­ment au ser­vice de San­drine Bon­naire et de Vin­cent Lin­don, acteur fétiche de Pierre Jolivet. Ce dernier a le souci d’e­spér­er approcher au plus près du car­ac­tère de son homme, Lucas, et tend encore une fois à Vin­cent Lin­don un rôle de puis­sant, somme toute, frag­ile.

Entre bons mots et drô­leries de sit­u­a­tion, le scé­nario est lui aus­si bien mis en valeur. Mal­gré cer­taines séquences débor­dantes de clichés, atten­dues et par­fois déce­vantes (notam­ment les expli­ca­tions sur la sym­bol­ique de la céramique), les effets de sur­prise ont l’art de nous ral­li­er tou­jours à la cause du cinéaste. C’est dire que mal­gré une trame nar­ra­tive qui se devine très rapi­de­ment, les scènes elles-mêmes captent l’at­ten­tion grâce au per­cep­ti­ble engoue­ment des acteurs, à la mise en scène comique. Car mise en scène il y a et Pierre Jolivet sait autant faire atten­dre le bon mot qu’u­tilis­er le corps de ses comé­di­ens. Il les place d’ailleurs dans un lieu de pas­sage, le hall de l’en­tre­prise Opten où Elsa pose ses céramiques et con­stru­it une halte créa­trice. Lucas doit ain­si se pencher du troisième étage intérieur pour fon­dre sur les courbes de la char­mante et passe une bonne par­tie du film à descen­dre, mon­ter, descen­dre, mon­ter, regarder. Et lorsqu’ils sor­tent ensem­ble, ten­tent de s’ap­privois­er, les élé­ments autour d’eux (télé­phone portable, chaise, chat, …) les dévient tou­jours de leur préoc­cu­pa­tion pre­mière.

Certes, du cliché, de la car­i­ca­ture par moment, des séquences explica­tives inutiles, un peu idiotes, et d’autres défauts, mais ce Je crois que je l’aime a le mérite d’être naïve­ment touchant et de pos­séder par éclats quelques moments de grâce.

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