Hollywoodland

Hollywoodland

de Allen Coulter

  • Hollywoodland
  • États-Unis2006
  • Réalisation : Allen Coulter
  • Scénario : Paul Bernbaum
  • Image : Jonathan Freeman
  • Décors : Leslie McDonald
  • Costumes : Julie Weiss
  • Son : Glen Gauthier
  • Montage : Michael Berenbaum
  • Musique : Marcelo Zarvos
  • Producteur(s) : Glenn Williamson
  • Production : Focus Features, Miramax Films, Back Lot Pictures
  • Interprétation : Ben Affleck (George Reeves), Diane Lane (Toni Mannix), Adrien Brody (Louis Simo), Bob Hoskins (Eddie Mannix), Robin Tunney (Leonore Lemmon), Joe Spano (Howard Strickling)
  • Distributeur : Buena Vista International
  • Date de sortie : 3 janvier 2007
  • Durée : 2h05

Hollywoodland

de Allen Coulter

La montagne sacrée d'Hollywood


La montagne sacrée d'Hollywood

Le thème n’est pas nou­veau chez les réal­isa­teurs améri­cains : racon­ter un fait divers réel des années 1950 dans le monde cru­el et noir d’Hol­ly­wood. L’équipe non plus n’est pas nou­velle : le réal­isa­teur et une par­tie de l’équipe tech­nique vient de la télévi­sion. On n’en finit plus de creuser les rap­ports out­re-Atlan­tique entre petit et grand écran. Pour­tant Allen Coul­ter ne se con­tente pas de pos­er de mul­ti­ples références au ser­vice d’une esthé­tique vieil­lotte : avec ses deux inter­prètes, Adrien Brody et Ben Affleck, il offre un film un peu long mais tout à fait hon­or­able.

Ben Affleck prix d’in­ter­pré­ta­tion au fes­ti­val de Venise… il y avait de quoi sourire. L’ac­teur de Pay­check et de Dare­dev­il attendait sans doute un rôle plus intéres­sant que celui des super-héros de super­marché. Et Allen Coul­ter a assez d’hu­mour pour impos­er un acteur, peu appré­cié du ciné­ma indépen­dant, face à d’autres pré­ten­dants comme Hugh Jack­man, Joaquin Phoenix ou Beni­cio Del Toro, pour inter­préter George Reeves, authen­tique super-héros des années 1950 : il incar­na le pre­mier Super­man, tout de rouge et bleu vêtu. Ben Afl­leck dans son rôle habituel détourné… pourquoi pas ?

Le film est con­stru­it sur un long flash-back, sorte de pré­texte nar­ratif pour pou­voir s’im­mis­cer dans le monde hol­ly­woo­d­i­en des jeunes acteurs, déjà ré-exploré il y a peu par De Pal­ma dans Le Dahlia noir : Allen Coul­ter s’in­téresse bien davan­tage à la mon­tée pro­gres­sive de George Reeves qu’à sa déchéance. Le jeune requin se fait pho­togra­phi­er avec des stars, traîne dans des bars trop chers pour lui, et s’amourache de la femme d’un pro­duc­teur, qui lui servi­ra évidem­ment. Par­al­lèle­ment, en 1959, un détec­tive, mer­veilleuse­ment inter­prété par Adrien Brody, Louis Simo, cherche à décou­vrir la réelle mort de Super­man. Retrou­vé avec une balle dans la tête, Reeves ne s’est peut-être pas sui­cidé mais aurait été tué par les hommes de mains de la MGM. Les deux his­toires, celle de l’ac­teur comme celle du détec­tive, sont filmées comme des polars : les lumières som­bres, les mou­ve­ments élé­gants de caméra, et quelques clins d’œil comme cette appari­tion de Rita Hay­worth en arrière-plan son­nent comme des hom­mages au film noir.

La réus­site du film est la pein­ture de deux hommes, Simo et Reeves, deux natures dif­férentes qui ten­dent vers le même but : la recon­nais­sance. L’in­térêt ici n’est pas telle­ment le dénoue­ment de l’in­trigue mais sa for­ma­tion même ; et Coul­ter a l’élé­gance ne jamais tomber dans l’év­i­dent. La fin du film, très dés­abusée, et par­faite­ment à con­tre-courant du polar clas­sique et du polici­er con­tem­po­rain, ne met pas de point final à l’his­toire, et laisse l’im­pres­sion si orig­i­nale à l’écran, et bien plus intéres­sante qu’une con­clu­sion atten­due, du non-dénoue­ment, ou du non-sen­sa­tion­nel final.

Cepen­dant, le film souf­fre par­fois d’un déséquili­bre dans la forme : on aimerait un peu plus de vital­ité dans la con­tem­pla­tion de ces acteurs, tous for­mi­da­bles au demeu­rant, plus d’im­pli­ca­tion dans la recon­sti­tu­tion, un peu froide et toc par­fois tant la pel­licule jau­nie sent la volon­té de redé­cou­vrir un monde passée. Mais Allen Coul­ter sur­prend de temps à autres avec des plans fix­es ana­ly­tiques, avec tout ce que le hors-champ peut apporter au sens de ses images. On ne ver­ra jamais la scène du meurtre/suicide elle-même, ni ses prémiss­es ; on ne voit pas non plus les mani­gances des grands gourous des stu­dios. Beau­coup de choses sont sug­gérées, peut-être de façon à ne pas trop dénon­cer, ou alors de façon à ne pas trop ren­dre évi­dent l’en­fer du milieu du ciné­ma.

Hol­ly­wood, mal­traité au tra­vers de nom­breux per­son­nages dont le très réus­si Man­nix, ponte de la MGM (le tou­jours très remar­qué Bob Hoskins), reste une usine à rêve, certes égratignée par le mys­tère som­bre et effrayant qu’elle dégage, mais tout autant sub­limée par ce même mys­tère. Le film n’est pas la cri­tique d’un monde, c’est avant tout sa décou­verte. Le titre, Hol­ly­wood­land, est d’ailleurs le mot orig­inel dont les let­tres fig­urent tou­jours sur la fameuse colline de Los Ange­les. Le film d’Allen Coul­ter est, en cela, très améri­cain : entre l’hom­mage et la pein­ture au vit­ri­ol, son cœur bal­ance. De temps à autre, le nôtre aus­si, mais reste char­mé par ce pre­mier essai.

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