Eragon

Eragon

de Stefen Fangmeier

  • Eragon
  • États-Unis2006
  • Réalisation : Stefen Fangmeier
  • Scénario : Peter Buchman, Lawrence Konner, Mark Rosenthal, Jesse Wigutow
  • d'après : le roman Eragon
  • de : Christopher Paolini
  • Image : Hugh Johnson
  • Montage : Roger Barton
  • Musique : Patrick Doyle
  • Producteur(s) : Roger Barton, John Davis, Wyck Godfrey, Adam Goodman, Chris Symes
  • Interprétation : Ed Speleers (Aragon), Jeremy Irons (Brom), Sienna Guillory (Arya), Robert Carlyle (Durza), John Malkovich (Galbatorix), Garrett Hedlund (Murtagh), Rachel Weisz (voix de Saphira)
  • Date de sortie : 20 décembre 2006
  • Durée : 1h44

Eragon

de Stefen Fangmeier

Le seigneur des idiots


Le seigneur des idiots

Il y a des films, comme ça, qui don­nent directe­ment l’en­vie de ne pas être objec­tif. Notam­ment lorsque, juste avant la pro­jec­tion de presse, on nous annonce pom­peuse­ment que la France a été sélec­tion­née pour obtenir le grand «film-événe­ment» en «avant-pre­mière inter­na­tionale», et que l’on nous prie gen­ti­ment de ne rien révéler avant la sor­tie. Aucun prob­lème: le jour­nal­iste un min­i­mum cinéphile n’au­ra aucune envie d’er­got­er sur cette chose dont l’ac­teur prin­ci­pal s’est illus­tré aupar­a­vant dans des «spec­ta­cles sco­laires» (sic) et adap­tée d’un best-sell­er écrit par un ado de quinze ans, privé de boums et de clopes dans les toi­lettes du col­lège avec sa bande de potes.

Eragon est le type même de la super­pro­duc­tion à qui l’on a don­né beau­coup d’ar­gent, mais pas suff­isam­ment, his­toire d’en­granger le max­i­mum de béné­fices. On imag­ine tout à fait le bud­get casse-tête: un mil­lion pour deux gross­es stars, his­toire que le film ait l’air de ce qu’il n’est pas (on se con­cen­tre avec dif­fi­culté sur les beaux yeux de Jere­my Irons sans y trou­ver la moin­dre once d’ex­pres­siv­ité); quelques mil­lions pour le prin­ci­pal héros du film, un drag­on femelle en images de syn­thèse, créé unique­ment pour enten­dre les «waouh» et les «haaaa» béats des idiots con­va­in­cus de l’in­térêt du film à effet spé­cial con­tinu; et enfin, des dizaines de mil­lions pour le «clou» d’Eragon, la bas­ton finale, mon­tée au marteau piqueur, aus­si spec­tac­u­laire et vom­i­tive qu’un tour de grand huit à l’en­vers…

Une fois faite l’ad­di­tion de ces jolis petits bil­lets verts, il ne reste plus dans la poche du (des) producteur(s) que quelques piécettes ridicules. Le prob­lème, c’est que ça se sent, et surtout, que ça se voit. Expédiées les rares scènes d’un John Malkovich aus­si égaré que son rôle, il faut bien sup­port­er le vis­age d’Ed Speel­ers (vous savez, le pro des spec­ta­cles sco­laires?), droit et inex­pres­sif comme un man­nequin de défilé et qui fait regret­ter la jolie bouille d’un Hay­den Chris­tensen dans Star Wars. Le rationnement a touché jusqu’aux cos­tumes: l’u­nique jeune fille du film est vêtue de hail­lons (à visée écol­o­giste, nous pré­cise le dossier de presse, mon­u­ment de cynisme), et le frère du héros se balade en Lev­i’s dans un Moyen-Âge plus new-age que fan­ta­sy. Quant au réal­isa­teur, bien embêté de devoir combler son heure cinquante de film après avoir épuisé les fonds dans la séquence finale, il se fend de grands mou­ve­ments de caméra inter­minables sur la jolie nature (hon­groise), la jolie princesse et le joli drag­on et va même jusqu’à réu­tilis­er le même plan à cinq min­utes d’in­ter­valle (on dira sans doute qu’il s’agis­sait de tester l’at­ten­tion du spec­ta­teur: «ha ha, je l’ai déjà vu, celui-là!»).

Avec tout ça, on en a oublié l’his­toire. Dis­ons que l’af­fiche est plus par­lante que le film lui-même: un mélange entre l’im­monde Seigneur des anneaux, l’in­fâme Monde de Nar­nia et toutes les niais­eries des­tinées à faire un car­ton en salles et en DVD. En gros, le Bien, pur et chi­ant comme un dessin ani­mé du Club Dorothée, com­bat le très vilain Mal, aus­si ambigu qu’une chan­son de Brit­ney Spears. Évidem­ment, le gen­til Eragon (pronon­cez «Eragonne») gag­n­era à la fin. Mais pour s’en assur­er, il faudrait voir Eragon II, le retour et Eragon III, le com­bat final aux prochaines fêtes de Noël. Non mer­ci, on passe le tour.

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