© 2006 Les Films du Kiosque
Pardonnez-moi

Pardonnez-moi

de Maïwenn

  • Pardonnez-moi
  • France2006
  • Réalisation : Maïwenn
  • Scénario : Maïwenn
  • Image : Claire Mathon
  • Montage : Laure Gardette
  • Musique : Mirwaïs Ahmadzaï
  • Producteur(s) : Maïwenn, François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
  • Production : Maï Productions, Les Films du Kiosque
  • Interprétation : Maïwenn (Violette), Pascal Greggory (Dominique), Marie-France Pisier (Lola), Aurélien Recoing (Paul), Hélène de Fougerolles (Billy), Mélanie Thierry (Nadia)...
  • Distributeur : SND
  • Date de sortie : 22 novembre 2006
  • Durée : 1h26

Pardonnez-moi

de Maïwenn

Électre reine


Électre reine

En pas­sant à la réal­i­sa­tion, l’ac­trice Maïwenn a con­crétisé un pro­jet très per­son­nel. Lancé sur ses fonds pro­pres, puis refi­nancé par ses pro­duc­teurs, Par­don­nez-moi doit tout à l’ex­i­gence per­son­nelle et artis­tique de sa réal­isatrice-comé­di­enne. Un film étrange, con­vul­sif et qui reste, sinon totale­ment réus­si, au moins étrange­ment fasci­nant.

Actrice de théâtre, Vio­lette décide, alors qu’elle est au début de sa grossesse, de filmer sa famille pour son enfant à venir. « Je veux une caméra qui fait que les gens ne me croient pas si je leur dis que je filme, qu’ils ne me pren­nent pas au sérieux » lance-t-elle. Un monde sépare sou­vent ce que Vio­lette dit et ce qu’elle désire. Ce sera elle, en fait, qui voudra ne pas pren­dre au sérieux les con­flits famil­i­aux que soulève sa nou­velle lubie, tan­dis que les autres vivront pleine­ment cette étrange agres­sion.

Dif­fi­cile pour ceux qui se sou­vi­en­nent de l’ac­trice-réal­isatrice Maïwenn dans Le Cinquième Élé­ment de la recon­naître dans le rôle de Vio­lette. Angois­sée, hargneuse et boulever­sante, elle crève lit­térale­ment l’écran. Scé­nar­iste d’un film qu’elle décrit comme privé de scé­nario, Maïwenn livre une œuvre déroutante, à la con­struc­tion com­plexe. La réal­isatrice a plusieurs iden­tités dans son film. À l’écran, elle est Vio­lette qui décide de filmer son monde. Elle joue aus­si un rôle au théâtre — rôle qui n’est pas sans rap­pel­er le per­son­nage de Vio­lette, qui n’est elle-même qu’un miroir pour Maïwenn. Der­rière la caméra, elle réalise évidem­ment son film, mais brouille encore les fron­tières en insérant dans la fic­tion des images d’archives de sa pro­pre enfance… Maïwenn a décidé, en dernier recours, et après avoir audi­tion­né nom­bre de comé­di­ennes, d’in­car­n­er elle-même Vio­lette. Elle s’est sou­vent, lors du tour­nage, lais­sée aller à inté­gr­er des élé­ments de ses pro­pres expéri­ences à un per­son­nage déjà large­ment auto­bi­ographique. Son jeu, comme celui des autres acteurs, est basé sur l’im­pro­vi­sa­tion, qu’elle a imposé à tous ses inter­prètes. Le film y gagne une effi­cac­ité et une agres­siv­ité red­outa­bles, évidem­ment ren­for­cées par une mise en scène dépouil­lée qui n’est pas sans rap­pel­er celle de Fes­ten.

Dominique, l’om­bre du père adoré et détesté (incar­né par le tal­entueux Pas­cal Greg­gory) transparaît dans tous les per­son­nages mas­culins de Par­don­nez-moi. Présen­té par sa fille comme un mon­stre vio­lent et manip­u­la­teur, un irre­spon­s­able Peter Pan, il n’ap­pa­raît à l’écran que comme un doux rêveur, un peu inter­dit devant la vio­lence fielleuse de la haine que lui porte Vio­lette. Mais le père, c’est égale­ment Paul, cam­pé par Aurélien Reco­ing, dans le rôle de l’a­mant de la mère, géni­teur ignoré de la petite sœur de Vio­lette, et qu’elle fini­ra par désir­er et comme père, et comme amant. Le père, c’est enfin le petit ami, qui fuit à toutes jambes lorsque Vio­lette lui pro­pose le mariage. On ne saurait trop évo­quer Elec­tre, pen­dant féminin d’Œdipe dans la mytholo­gie. C’est là la grande faib­lesse du film : les obses­sions de Maïwenn transparais­sent telle­ment qu’on a l’im­pres­sion d’as­sis­ter à une illus­tra­tion filmée par la patiente de sa thérapie.

Mais règle-t-elle seule­ment ses comptes ? La psy de Vio­lette lui lance que ce per­son­nage de père déjà mul­ti­ple a été peut-être été seule­ment fan­tas­mé par elle. Alors que per­son­ne dans sa famille ne con­firme ses sou­venirs, elle sou­tient mordi­cus ses griefs con­tre son père. Son film n’est pour elle que la mise en scène de ce qu’elle aurait aimé être la réal­ité. Dès lors, on s’in­ter­roge : qui de Vio­lette ou de Maïwenn se sert de son film pour con­cré­tis­er ses angoiss­es et ce père haï et désiré ? La folie par­fois insouten­able que dégage le film ne fait alors que pren­dre de l’in­ten­sité, d’au­tant que Maïwenn elle-même admet avoir à de nom­breuses repris­es pen­dant le tour­nage lais­sé son passé pren­dre le pas sur celui de son per­son­nage.

Pre­mier film dan­gereuse­ment orig­i­nal dans la forme, Par­don­nez-moi est une expéri­ence ciné­matographique sans doute unique, une vari­a­tion sur le thème de Fes­ten aux accents jusqu’au-boutistes impres­sion­nants. Ce film intime et auda­cieux, lancé au départ par Maïwenn sur ses fonds pro­pres, mérite cer­taine­ment le coup d’œil. S’il n’est pas totale­ment réus­si, il reste suff­isam­ment extrême et orig­i­nal dans le paysage ciné­matographique français pour sus­citer une curiosité respectueuse et légitime.

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