Napoléon (et moi)

Napoléon (et moi)

de Paolo Virzì

  • Napoléon (et moi)
  • (N (Io e Napoleone))
  • Italie, Espagne, France2006
  • Réalisation : Paolo Virzì
  • Scénario : Furio Scarpelli, Giacomo Scarpelli, Francesco Bruni, Paolo Virzì
  • d'après : le roman N
  • de : Ernesto Ferrero
  • Image : Alessandro Pesci
  • Montage : Cecilia Zanuso
  • Musique : Paolo Buonvino, Juan Bardem
  • Producteur(s) : Marco Chimenz, Gianni Nunnari, Giovanni Stabilini, Riccardo Tozzi
  • Interprétation : Daniel Auteuil (Napoléon), Monica Bellucci (Emilia), Elio Germano (Martino), Sabrina Impacciatore (Diamantina), Valerio Mastandrea (Ferrante)
  • Date de sortie : 18 octobre 2006
  • Durée : 1h40

Napoléon (et moi)

de Paolo Virzì

Auto-proclamé mineur


Auto-proclamé mineur

L’ar­rivée de Napoléon sur l’île d’Elbe est un signe pour Mar­ti­no : l’heure est venue pour lui de sup­primer le tyran san­guinaire. Mais ses con­vic­tions vac­il­lent lorsque l’empereur fait appel à lui pour être son biographe et rédi­ger ses mémoires. Si l’idée d’abor­der Napoléon en le met­tant au sec­ond plan de la nar­ra­tion était bonne, le traite­ment est beau­coup moins con­va­in­cant. Les bour­sou­flures comiques alour­dis­sent cette fic­tion his­torique qui aurait mérité d’être faite avec un peu plus de con­vic­tion.

Le film de Pao­lo Virzì présen­tait plusieurs par­tic­u­lar­ités qui lui con­féraient un intérêt autre que d’être un énième film sur Bona­parte (à l’in­star de Mon­sieur N. d’An­toine de Caunes). Cette fic­tion abor­de Napoléon indi­recte­ment, à tra­vers le per­son­nage de Mar­ti­no (Elio Ger­mano) qui rêve de sup­primer le « tyran san­guinaire » (Daniel Auteuil) mais se met à douter de ses con­vic­tions au con­tact quo­ti­di­en d’un empereur, usé et fatigué.

Cette approche offrait l’op­por­tu­nité de con­stru­ire entre les deux hommes des sit­u­a­tions de ten­sions intéres­santes : Mar­ti­no est soumis tem­po­raire­ment et par néces­sité à Bona­parte mais con­serve sur l’empereur un regard cri­tique et ose le remet­tre en ques­tion ; à l’op­posé, un Napoléon, humain et fatigué, dis­cute avec lucid­ité de la poli­tique qu’il con­duit sur l’île et dresse un bilan cri­tique de sa car­rière et de sa vie.

La grande orig­i­nal­ité du film réside sans doute dans le choix de Pao­lo Virzì de faire de son Napoléon, non pas le plus fidèle por­trait pos­si­ble de ce que devait être l’empereur en exil, mais un véri­ta­ble per­son­nage de fic­tion, habile mys­tifi­ca­teur réus­sis­sant à abuser tous ceux qui l’en­tourent (peut-être avons-nous là un por­trait qui, en se débar­ras­sant de l’ob­ses­sion de la vraisem­blance his­torique, livre de Bona­parte une image para­doxale­ment plus crédi­ble que celle d’An­toine de Caunes). Finale­ment, Napoléon se révèle bien le per­son­nage cen­tral de ce film, acteur prin­ci­pal mis en retrait pour mieux se faire désir­er.

Pao­lo Virzì sem­ble cepen­dant crain­dre le sérieux et, à défaut d’ex­plor­er les sit­u­a­tions que son his­toire ouvre à lui, fuit tout ce qui ris­querait de réson­ner avec un peu de pro­fondeur (c’est par le hasard d’une réplique anodine qu’on apprend par exem­ple que Mar­ti­no hait l’empereur pour avoir trahi les révo­lu­tion­naires ital­iens). Le met­teur en scène veut faire d’un film qui ne s’y prête pas une comédie et mul­ti­plie les anec­dotes se voulant drôles, prin­ci­pale­ment à tra­vers la sœur de Mar­ti­no. Ces saynètes où les per­son­nages cri­ent et ges­tic­u­lent aga­cent vite et font regret­ter le manque de lucid­ité du réal­isa­teur.

Pao­lo Virzì sem­ble avoir voulu pouss­er son film coûte que coûte dans la comédie. Ce choix laisse per­plexe, d’au­tant que l’on perçoit, dans cer­taines scènes (notam­ment celle du départ de Napoléon où appa­raît son véri­ta­ble vis­age et non plus le rôle qu’il jouait) le pro­pos réel du film et son orig­i­nal­ité. Le réal­isa­teur livre finale­ment un film mineur et sans pro­fondeur. Et c’est vis­i­ble­ment ce qu’il recher­chait.

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