12 and Holding

12 and Holding

de Michael Cuesta

  • 12 and Holding
  • (Twelve and Holding)
  • États-Unis2005
  • Réalisation : Michael Cuesta
  • Scénario : Anthony S. Cipriano
  • Image : Romeo Tirone
  • Montage : Kane Platt, Eric Carlson
  • Musique : Pierre Földes
  • Producteur(s) : Leslie Urdang, Michael Cuesta, Brian Bell, Jenny Schweitzer
  • Interprétation : Connor Donovan (Jacob et Rudy), Zoë Weizenbaum (Malee), Jesse Camacho (Leonard), Annabelle Sciorra (Carla), Marcia DeBonis (Grace), Jeremy Renner (Gus), Jayne Atkinson (Ashley), Linus Roache (Jim)...
  • Date de sortie : 20 septembre 2006
  • Durée : 1h34

12 and Holding

de Michael Cuesta

Douze ans et toutes leurs dents


Douze ans et toutes leurs dents

Après le remar­qué L.I.E., Michael Cues­ta revient à la réal­i­sa­tion avec un nou­veau film atten­du et présen­té cette année à Deauville et Édim­bourg. À par­tir d’un scé­nario d’une grande justesse et d’ac­teurs tous excel­lents, il esquisse le pas­sage déli­cat d’un groupe d’en­fants à l’ado­les­cence. Même si la réal­i­sa­tion reste très clas­sique, le film arrive à dis­tiller une émo­tion forte à tra­vers le des­tin tra­gi-comique de ses per­son­nages.

Tout com­mence par le drame, une querelle d’en­fants qui vire au cauchemar. Le jeune Rudy meurt acci­den­telle­ment après un règle­ment de compte qui tourne mal. Son frère jumeau Jacob et ses deux amis Malee et Leonard quit­tent alors bru­tale­ment le monde de l’en­fance. Pour eux, il est main­tenant temps de se pos­er de nou­velles ques­tions, de com­mencer à com­pos­er avec la sex­u­al­ité, le regard des autres, la vengeance, tan­dis que se redessi­nent les liens qui les unis­sent à leurs par­ents.

Les cinéastes améri­cains ne sem­blent pas se lass­er de scruter l’ado­les­cence. Cela fait main­tenant cinquante ans, depuis La Fureur de vivre de Nicholas Ray, que le regard porté sur cet âge déli­cat fascine et inter­roge. Des teenage movies aux films de Gus Van Sant, les années 1990 et 2000 ver­ront le phénomène se généralis­er à tra­vers des approches pour le moins net­te­ment dif­férentes. De la reven­di­ca­tion poli­tique et sex­uelle aux purs objets de con­som­ma­tion, les ados sont au cœur de la créa­tion ciné­matographique, aus­si bien en tant que sujets que comme spec­ta­teurs prin­ci­paux de pro­duits leur étant des­tinés. Il faut dire que cet âge flot­tant et extrême four­nit une mul­ti­tude d’analy­ses et de représen­ta­tions, per­me­t­tant aus­si bien de filmer l’en­fance et sa part som­bre (et ques­tion­ner par ce biais la société et sa con­fu­sion) que des comédies grand pub­lic.

Michael Cues­ta est de ces cinéastes qui sem­blent totale­ment absorbés par cette péri­ode de l’ex­is­tence. Son pre­mier film L.I.E en témoignait, et Twelve and Hold­ing con­firme cette thé­ma­tique. Ce que l’on peut dire en tout pre­mier lieu, c’est qu’il ne révo­lu­tionne pas le « genre ». Son film ne fera pas non plus date comme l’un des plus beaux sur la ques­tion. Les sujets qu’il brasse ont déjà été vus et sont con­nus, et il manque à la mise en scène une cer­taine ampleur. Son clas­si­cisme n’est pas suff­isam­ment rigoureux pour être totale­ment réus­si et appa­raît plutôt comme une mise en image assez anodine. Mal­gré cela, Michael Cues­ta arrive à ne pas sur­jouer la drama­ti­sa­tion d’une his­toire déjà bien chargée dans le trou­ble et se per­met même quelques touch­es d’hu­mour bien­v­enues.

L’é­mo­tion qui se dégage avant tout du pro­pos, et qui est la pre­mière qual­ité du film, tient à plusieurs fac­teurs. D’une part, il faut ren­dre hom­mage au scé­nario de Antho­ny S. Cipri­ano : à par­tir de trames nar­ra­tives assez éculées — com­ment se recon­stru­ire après la mort d’un proche — il arrive à créer des per­son­nages d’une finesse et d’une com­plex­ité rare. Tous sont très bien écrits, ils exis­tent pleine­ment car ils sont traités avec une human­ité et une com­pas­sion qui font du film un mélo­drame digne plus qu’une réelle étude de mœurs. Chaque car­ac­tère est traité avec une grande justesse et la façon dont les per­son­nages évolu­ent ou se débat­tent avec leurs his­toires per­met de nous y attach­er pleine­ment. Les par­ents, sou­vent dépeints dans ce genre de films de façon car­i­cat­u­rale (voir le traite­ment grotesque qui leur était réservé dans Ken Park de Lar­ry Clark), ont ici la richesse de véri­ta­bles per­son­nages, per­me­t­tant alors de saisir pleine­ment le fait qu’une ado­les­cence se con­stru­it surtout avec ses par­ents. Car ils sont aus­si le cœur du pro­pos du film. Si leurs enfants ren­trent dans l’ado­les­cence, eux ne parais­sent pas vrai­ment en être sor­tis. Ce qui les rend totale­ment sourds au désar­roi de leurs progéni­tures, car eux aus­si se débat­tent dans leurs prob­lèmes intérieurs. Ils n’ar­rivent pas à com­pren­dre qu’ils changent et sont eux-mêmes figés dans des sit­u­a­tions qui les dépassent.

Dans la dis­po­si­tion famil­iale décrite dans le film prime la place de la mère. Des trois des­tins d’en­fants qui nous sont mon­trés, c’est la mère qui donne le «la» de la sit­u­a­tion de la mai­son, celle avec qui il y a le plus de prob­lèmes et de non dits, mais aus­si la plus influ­ente et la plus proche. C’est elle qui insuf­fle le désir de vengeance au jeune Jacob, elle qui fait honte à Leonard à cause de sa boulim­ie, elle qui donne envie à Malee de s’échap­per d’elle-même aus­si bru­tale­ment. Les pères sont plus absents, soit physique­ment pour Malee, soit en retrait face à leur femme et surtout leurs enfants, aux­quels ils sem­blent n’avoir rien à trans­met­tre.

Les acteurs, aus­si bien enfants qu’adultes, don­nent une épais­seur remar­quable à ces per­son­nages qui finale­ment ne font, cha­cun à des âges dif­férents, que frôler l’ado­les­cence. L’ado­les­cence c’est le creux, l’é­tat de la con­fu­sion et des pos­si­bles, une « petite guerre du Viet­nam intérieure » comme le dit Cues­ta, et à laque­lle il rend un vibrant hom­mage.

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