Source : MK2 Films
L’Héritage

L’Héritage

de Gela Babluani, Temur Babluani

  • L’Héritage
  • France, Géorgie2006
  • Réalisation : Gela Babluani, Temur Babluani
  • Scénario : Temur Babluani, Gela Babluani, Jacques Dubuisson
  • Image : Tariel Meliava
  • Son : Jérôme Ayasse
  • Montage : Gela Babluani, Noémie Moreau, Anita Roth
  • Producteur(s) : Gela Babluani, Jean-Marie Delbary, Olivier Oursel
  • Interprétation : Sylvie Testud (Patricia), Stanislas Merhar (Jean), Olga Legrand (Céline), Pascal Bongard (Nikolaï), George Babluani (le jeune homme), Léo Gaparidze (le grand-père), Augustin Legrand (le muet), Guivi Sikharulidze (le chef de la police)...
  • Distributeur : MK2
  • Date de sortie : 20 septembre 2006
  • Durée : 1h20

L’Héritage

de Gela Babluani, Temur Babluani

La violence en héritage


La violence en héritage

Il est fort rare de voir en un même film un père et un fils, deux auteurs, l’un au scé­nario, l’autre à la caméra, l’un au mon­tage, l’autre à l’im­age. Et d’au­tant que ces deux Bablu­ani-là ont cha­cun reçu divers­es récom­pens­es à tra­vers le monde, l’un pour 13 (Tza­meti) (2006) dont le tour­nage ver­sion Hol­ly­wood est prévu pour le print­emps 2007, l’autre pour Le Soleil des insom­ni­aques (1993) notam­ment Ours d’ar­gent au fes­ti­val de Berlin. Et voilà que L’Héritage a l’in­signe mérite de met­tre côte à côte deux tem­péra­ments, deux généra­tions, deux regards. Mais ce mérite et cet intérêt mar­qué s’estom­pent trop rapi­de­ment : L’Héritage n’a pas hérité du tal­ent com­biné de leurs auteurs.

Patri­cia (Sylvie Tes­tud), accom­pa­g­née de deux amis, part à la recherche de ses orig­ines en pleine Géorgie. En prenant un sim­ple bus, les voici propul­sés dans une his­toire qui ne devait surtout pas les con­cern­er : un jeune homme (George Bablu­ani), son grand-père (Léo Gaparidze) et un cer­cueil mon­tent à leur tour dans l’au­to­car et désta­bilisent ces inno­cents et incon­scients Français. Suite à une légendaire querelle entre deux clans rivaux, le vieux mon­sieur doit être sac­ri­fié et assas­s­iné sym­bol­ique­ment après avoir tra­ver­sé un pont (riv­ière, Styx, au-delà, Enfers, etc.). Céline (Olga Legrand) et Jean (Stanis­las Mer­har) souhait­ent alors filmer le meurtre.

La vio­lence est ain­si dès l’abord le fil con­duc­teur de L’Héritage et la vision don­née de la Géorgie n’a rien d’un con­te de fées. Même le château hérité par Patri­cia est une ruine désolée. Aucune lueur d’e­spoir ne vient alors touch­er les habi­tants, les lieux, les mon­tagnes ; le pays est filmé sans désir et sans appel, tout comme les habi­tants et les comé­di­ens. La générosité, même filmique, n’est pas de mise. Pas de pro­fondeur dans l’im­age, ce qui aplatit le paysage et donne par­fois quelques soucis au chef opéra­teur : des prob­lèmes de mise au point, des flous car du pre­mier au sec­ond au troisième plan, le cadre n’est nulle­ment ordon­né, struc­turé et tra­vail­lé. De même l’é­clairage, qui change d’un plan à l’autre dans une même scène et donne un aspect ama­teur à L’Héritage, tout comme les arrivées injus­ti­fiées et peu heureuses de très gros plans sur Sylvie Tes­tud par exem­ple. Tes­tud, actrice autrement mag­ique et lumineuse, est ici com­plète­ment per­due et perd peu à peu de sa mer­veille. Le cou­ple Mer­har-Tes­tud (déjà vu dans la belle Cap­tive de Chan­tal Aker­man) est réduit à une peau de cha­grin. La direc­tion d’ac­teurs n’est à la hau­teur ni des comé­di­ens chevron­nés ni des comé­di­ens peut-être plus novices.

La moral­ité du film, ne jamais s’oc­cu­per des affaires de son prochain, est une vérité implaca­ble. Et le sem­piter­nel prob­lème de l’u­til­i­sa­tion inno­cente ou non de la caméra que Céline fait tourn­er en per­ma­nence (filmer un meurtre n’est pas le faire, nous est-il spé­ci­fié ; or, évidem­ment, filmer le meurtre du grand-père en provo­quera malen­con­treuse­ment un autre) joue davan­tage sur la car­i­ca­ture que sur la réflex­ion. La scène clé du film n’est alors pas une sur­prise pour un spec­ta­teur cinéphile qui a vu Avril brisé de Wal­ter Salles (2001), adap­té d’un roman d’Is­maël Kadaré. Du manque de rythme, surtout dans la pre­mière par­tie, à l’in­tro­duc­tion de sous-titres français par moment mais pas tout le temps, L’Héritage manque de cohérence filmique et n’ar­rive pas à con­va­in­cre, ce qui est bien dom­mage car l’at­tente était si forte. Terne, triste… sont alors des mots qui peu­vent aus­si bien définir le film que les lieux, les per­son­nages et les acteurs.

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13 (Tzameti)
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