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Fair Play

Fair Play

de Lionel Bailliu

  • Fair Play
  • France2006
  • Réalisation : Lionel Bailliu
  • Scénario : Lionel Bailliu
  • Image : Christophe Paturange
  • Montage : Sylvain Dupuy, Lionel Bailliu
  • Musique : Laurent Juillet, Denis Penot
  • Producteur(s) : Manuel Munz
  • Interprétation : Jérémie Renier (Alexandre), Éric Savin (Charles), Marion Cotillard (Nicole), Benoît Magimel (Jean-Claude), Mélanie Doutey (Béatrice), Jean-Pierre Cassel (Edouard), Malcolm Conrath (Bertrand)
  • Date de sortie : 6 septembre 2006
  • Durée : 1h43

Fair Play

de Lionel Bailliu

Mauvais joueur


Mauvais joueur

Qua­tre ans après un court-métrage très remar­qué, Lionel Bail­liu tente de trans­former l’es­sai avec Fair Play. La soif du pou­voir et l’hu­mil­i­a­tion: autant de thèmes chers aux films con­sacrés au monde du tra­vail que le réal­isa­teur trans­pose sans con­va­in­cre dans la pra­tique du sport.

Lionel Bail­liu, c’est d’abord un court-métrage de 27 min­utes, Squash, mul­ti-primé dans les fes­ti­vals du monde entier, nom­mé à la fois aux César et aux Oscars. En y trans­posant les rap­ports hiérar­chiques d’un patron et de son salarié sur un ter­rain de squash, le jeune réal­isa­teur avait le mérite de sor­tir du lieu com­mun de l’en­tre­prise pour saisir toute la vio­lence de ces enjeux de pou­voir. Prof­i­tant d’un engoue­ment cer­tain pour les fic­tions sur le monde du tra­vail (de Ressources humaines à Vio­lence des échanges en milieu tem­péré en pas­sant par le récent Sauf le respect que je vous dois), Lionel Bail­liu a souhaité repren­dre son pro­jet ini­tial pour en faire un long métrage dans lequel cinq col­lab­o­ra­teurs s’af­fron­teraient sauvage­ment pour la sauve­g­arde de leur emploi ou tout sim­ple­ment par soif du pou­voir.

En qua­tre grandes scènes et autant de ter­rains sportifs (une course d’av­i­ron, un match de squash, un par­cours de san­té et une par­tie de golf), le film pose les enjeux hiérar­chiques d’une entre­prise dont nous ne ver­rons jamais les locaux. Charles (Éric Savin) est le patron tyran­nique et sadique par excel­lence, qui ne vit que pour le pou­voir et n’a que mépris pour ses salariés. Il a récem­ment pro­mu Alexan­dre (Jérémie Renier), mais teste con­stam­ment sa moti­va­tion en le pous­sant dans des retranche­ments franche­ment humiliants. L’as­cen­sion de ce dernier n’est pas sans sus­citer cer­taines jalousies, notam­ment auprès de Jean-Claude (Benoît Mag­imel pourvu d’une ridicule moumoute rousse sur la tête), cadre manip­u­la­teur et ambitieux qui n’at­tend que le ren­voi d’Alexan­dre et la déchéance de Charles pour pren­dre la tête de l’en­tre­prise. Pour cela, il con­traint la frag­ile Nicole (Mar­i­on Cotil­lard, de loin la plus con­va­in­cante) à fal­si­fi­er un dossier impor­tant et à porter plainte pour har­cèle­ment sex­uel. Tous réu­nis lors d’une expédi­tion en canyon­ing, les vel­léités de cha­cun vont éclater au grand jour, révélant l’é­goïsme forcené de ces arriv­istes en herbe, l’in­stinct de survie qui prime sur toute notion de cul­pa­bil­ité.

L’idée, en soi, est loin d’être inin­téres­sante. Para­chuter une belle par­tie de la nou­velle généra­tion d’ac­teurs français dans un lieu aus­si hos­tile et dan­gereux que des gorges pour les faire s’af­fron­ter sur des ques­tions de pou­voir sem­blait plutôt alléchante. D’au­tant plus que les décors, entière­ment recon­sti­tués en stu­dio, sont cri­ants de vérité. Mais voilà, Lionel Bail­liu n’a pas le regard aigu­isé d’un Lau­rent Can­tet ou même d’un Jean-Marc Moutout, ni leurs con­vic­tions, qu’elles soient d’or­dre poli­tique ou social. Ses per­son­nages sont bien trop typés (l’op­por­tuniste, l’ar­riv­iste forcené, la sta­giaire bonne poire, la compt­able per­sé­cutée) pour sus­citer la moin­dre empathie. Dif­fi­cile, donc, de trou­ver un point d’an­crage dans cette basse-cour où les retourne­ments de sit­u­a­tion sont on ne peut plus prévis­i­bles, les dia­logues un peu trop solen­nels pour apporter quelque crédi­bil­ité à l’en­tre­prise. Lionel Bail­liu hésite entre chronique sociale, film d’ac­tion, drame psy­chologique, et à force de vouloir nous emmen­er un peu partout à la fois, nous laisse sur la touche, atten­dant tran­quille­ment que tous les fils se dénouent jusqu’à l’épi­logue un peu trop évi­dent et un brin moral­isa­teur. Un coup dans l’eau, en somme.

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