Domino

Domino

de Tony Scott

  • Domino
  • États-Unis2005
  • Réalisation : Tony Scott
  • Scénario : Richard Kelly
  • Image : Dan Mindel
  • Montage : William Goldenberg, Christian Wagner
  • Musique : Harry Gregson-Williams
  • Producteur(s) : Samuel Hadida, Tony Scott
  • Interprétation : Keira Knightley (Domino Harvey), Mickey Rourke (Ed Moseby), Édgar Ramírez (Choco), Delroy Lindo (Claremont Williams), Mo'Nique (Lateesha Rodriguez), Mena Suvari (Kimmie), Macy Gray (Lashandra Davis), Jacqueline Bisset (Sophie Wynn), Dabney Coleman (Drake Bishop), Brian Austin Green (lui-même), Ian Ziering (lui-même), Lucy Liu (Taryn Mills), Christopher Walken (Mark Heiss)...
  • Éditeur DVD : Metropolitan
  • Date de sortie DVD : 7 septembre 2006
  • Durée : 2h07

Domino

de Tony Scott


Les amoureux de Tony Scott fon­ceront tête bais­sée, tan­dis que les par­ti­sans d’un ciné­ma plus tra­di­tion­nel passeront tran­quille­ment leur chemin : Domi­no, le dernier film du réal­isa­teur anglais exilé à Hol­ly­wood, arrive dans les bacs, et, le moins qu’on puisse dire est que l’édi­teur Met­ro­pol­i­tan a mis les petits plats dans les grands pour cette édi­tion dou­ble DVD, en ne pro­posant pas moins de trois heures de sup­plé­ments. Une édi­tion col­lec­tor qui nous ferait presque regret­ter de ne pas aimer le film.

On avait quit­té Tony Scott en pleine forme, avec un Man on Fire flam­boy­ant. Le voilà de retour avec Domi­no, qui racon­te l’his­toire de Domi­no Har­vey, jeune man­nequin attirée par la marge, dev­enue chas­seur de primes, qu’une équipe de télé-réal­ité va suiv­re dans ses exploits. Le scé­nario est signé Richard Kel­ly, l’au­teur du sures­timé Don­nie Darko.

Au sein de la fil­mo­gra­phie de Tony Scott, Domi­no est le cousin malade de True Romance, bril­lante adap­ta­tion du pre­mier scé­nario de Taran­ti­no. Mais Richard Kel­ly n’est pas Taran­ti­no, et la nar­ra­tion chao­tique du film ne sem­ble ici aucune­ment jus­ti­fiée. D’un point de vue visuel, Scott reprend les choses là où Oliv­er Stone les avait lais­sées avec Tueurs nés et U‑Turn. Le film ressem­ble donc à une longue bande-annonce de deux heures, ce qui s’avère assez érein­tant à suiv­re, et l’indi­ges­tion guette. Les expéri­men­ta­tions visuelles et sonores, qui sem­blent désor­mais faire par­tie inté­grante des préoc­cu­pa­tions actuelles du cinéaste, ne sont ici hélas aucune­ment portées par l’his­toire (qua­si inex­is­tante) qu’elles ser­vent à racon­ter. Quant aux sous-titres incrustés de manière artis­tique à même l’im­age, ils ne présen­tent ici, con­traire­ment à leur util­i­sa­tion dans Man on Fire, que peu d’in­térêt. Le pire dans tout ceci est que cela finit par ne plus du tout ressem­bler à du ciné­ma. On est effec­tive­ment plus proche du court-métrage pub­lic­i­taire com­mandé par le site Amazon.com à Scott, Agent Orange. Et si la démarche de Scott est à pren­dre au sec­ond degré, en ce qu’il nous livre une satire des médias améri­cains et de l’im­agerie Bev­er­ly Hills, en util­isant deux des inter­prètes de la série (Bri­an Austin Green et le tou­jours fringant Ian Zier­ing – 42 ans tout de même), on n’ad­hère pas pour autant, étant don­né que rien de nou­veau ni d’in­téres­sant ne nous est ici pro­posé par rap­port au film de Stone.

Au milieu de cette débauche d’im­ages ultra-styl­isées se déga­gent deux des plus attachants beau­ti­ful losers que l’Amérique ait enfan­tés, Mick­ey Rourke et Tom Waits. L’ex-John­ny Belle Gueule y inter­prète Ed, le boss de Domi­no. Chas­seur de primes un brin arnaque­ur au passé chao­tique, à l’im­age de Rourke lui-même, on se sur­pren­dra à être ému lorsque celui-ci évoque son passé de gui­tariste de rock, qui a accom­pa­g­né Ste­vie Ray Vaugh­an et Pat Benatar. Tom Waits quant à lui, en plus d’avoir con­tribué à la bande orig­i­nale, incar­ne le temps d’une scène un prédi­ca­teur com­plète­ment allumé annon­ci­a­teur d’une prophétie improb­a­ble.

L’édi­tion dou­ble DVD col­lec­tor du film est truf­fée de sup­plé­ments, dont cer­tains ont été réal­isés spé­ciale­ment pour l’édi­tion française. On trou­ve sur le pre­mier disque le com­men­taire audio de Tony Scott et Richard Kel­ly, ain­si que les resti­tu­tions audio des réu­nions de tra­vail de Scott et son pro­duc­teur Zach Schiff-Abrams, tan­dis que pas moins de trois heures de bonus sont répar­tis sur le deux­ième disque : inter­views en pagaille (dont celle de l’au­then­tique Domi­no Har­vey), scènes coupées, et autres tra­di­tion­nels reportages sur le tour­nage et la pré­pa­ra­tion des acteurs (ici l’en­traîne­ment de Keira Knight­ley au nun­chaku).

Un sup­plé­ment sort cepen­dant du lot : un pas­sion­nant doc­u­men­taire de Didi­er Allouch inti­t­ulé Mick­ey Rourke, Retour de l’en­fer, retrace la car­rière de l’ac­teur mau­dit, qui, après des débuts fra­cas­sants (dans L’An­née du drag­on de Cimi­no, ou Angel Heart, pour ne citer que ces deux-là), s’est peu à peu détourné du ciné­ma, pour entamer en 1992 une car­rière de boxeur pro­fes­sion­nel, au par­cours pas si médiocre qu’on le lais­sait enten­dre alors, à en juger par ses dix vic­toires en onze matchs, et au vu des images d’archives sportives pro­posées ici, où nous le voyons met­tre son adver­saire au tapis, et ce dès le pre­mier round. Après une longue tra­ver­sée du désert (c’est l’époque où on pou­vait le voir traîn­er sa dépres­sion dans des films abjects, tels que ce Love in Paris, pseu­do-suite au déjà inutile 9 semaines et demie), le vis­age mar­qué par les blessures (pas moins de qua­tre frac­tures du nez) et la chirurgie esthé­tique, Rourke va chercher, selon ses mots, petit à petit à « recon­quérir sa car­rière », comme on recon­quiert un titre sportif après des années d’ab­sence, c’est à dire pro­gres­sive­ment, à mesure qu’on se recon­stru­it. Cop­po­la, Mal­ick et Stal­lone l’embaucheront à tour de rôle, et depuis son rôle de Marv dans Sin City l’an dernier, l’ac­teur sem­ble avoir défini­tive­ment refait sur­face, même si celui-ci se mon­tre plus pru­dent, et surtout plus hum­ble, quand il déclare : « Quand tu es à terre pen­dant tant d’an­nées, tu ne te sens jamais “de retour”. » L’homme n’a pas encore tourné son chef-d’œu­vre, comme il aime à le penser, mais pos­sède un tel cap­i­tal sym­pa­thie que sa présence seule dans ce Domi­no don­nera prob­a­ble­ment envie à cer­tains d’y jeter un coup d’œil.

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