Selon Charlie

Selon Charlie

de Nicole Garcia

  • Selon Charlie
  • France2006
  • Réalisation : Nicole Garcia
  • Scénario : Jacques Fieschi, Frédéric Bélier-Garcia, Nicole Garcia
  • Image : Stéphane Fontaine
  • Montage : Emmanuelle Castro
  • Producteur(s) : Alain Attal
  • Production : Les Productions du Trésor
  • Interprétation : Jean-Pierre Bacri (Jean-Louis Bertagnat), Vincent Lindon (Serge Torres), Benoît Magimel (Pierre), Benoît Poelvoorde (Joss), Patrick Pineau (Matthieu), Arnaud Valois (Adrien), Ferdinand Martin (Charlie), Minna Haapkyla (Nora)
  • Date de sortie : 23 août 2006
  • Durée : 1h55

Selon Charlie

de Nicole Garcia

La vie selon Nicole


La vie selon Nicole

Qua­tre ans après le déce­vant Adver­saire, d’après le très beau livre d’Em­manuel Car­rère, Nicole Gar­cia relève un nou­veau défi: racon­ter l’his­toire de sept hommes mal­menés par l’ex­is­tence… en 1h55! Raté de bout en bout, Selon Char­lie a fait l’er­reur de tout miser sur son pres­tigieux cast­ing. Le scé­nario, lui, col­lec­tionne les pon­cifs et accu­mule les tirades tout droit sor­ties du mag­a­zine Psy­cholo­gies.

Polémique: le cinquième film de Nicole Gar­cia dont la sor­tie était ini­tiale­ment prévue pour le mois de févri­er ne sort finale­ment qu’en cette fin août. La rai­son? Après de nom­breuses trac­ta­tions, le film réus­sit à s’im­pos­er en com­péti­tion offi­cielle du fes­ti­val de Cannes. Un choix stratégique qui devait per­me­t­tre à Selon Char­lie de béné­fici­er d’une cou­ver­ture médi­a­tique à moin­dre effort. Erreur d’ap­pré­ci­a­tion de la part des dis­trib­u­teurs qui ne s’at­tendaient cer­taine­ment pas à un accueil aus­si glacial de la part des fes­ti­va­liers, pour la plu­part offusqués de la présence du film dans la plus pres­tigieuse des caté­gories. Résul­tat: Selon Char­lie fut rac­cour­ci d’une bonne ving­taine de min­utes pour son exploita­tion en salles. Accor­dons le béné­fice du doute à la réal­isatrice: peut-être que la ver­sion présen­tée au fes­ti­val (que nous n’avons mal­heureuse­ment pas vue) était pourvue des quelques qual­ités qui man­quent cru­elle­ment ici. Pour un pro­jet aus­si casse-gueule que celui-ci (dress­er le por­trait de sept hommes très dif­férents à un tour­nant de leur exis­tence), nul ne doute que les vingt min­utes man­quantes n’au­raient pas été super­flues pour don­ner un peu de con­sis­tance à cha­cun de ces por­traits. Mais le doute a ses lim­ites: Selon Char­lie n’a rien de ces films impar­faits où l’in­ten­sité du pro­pos ferait oubli­er les faib­less­es de forme. Ici, comme à l’ac­cou­tumée dans la qua­si-total­ité des films de Nicole Gar­cia, tout est très éthéré, pol­lué par un dis­cours psy­ch­analysant très mécanique qui cherche à mar­quer une sorte de supéri­or­ité intel­lectuelle pour se don­ner un vague crédit.

Mais dif­fi­cile de s’y tromper tant Selon Char­lie ressem­ble à un col­lage mal­adroit de plusieurs courts métrages, sans grand intérêt, finale­ment. Matthieu (Patrick Pineau) est un émi­nent archéo­logue venu assur­er un col­loque dans une petite ville de bord de mer. Il est accueil­li par un maire cynique sans éti­quette poli­tique (Jean-Pierre Bacri dans un rôle que l’on croirait écrit par Agnès Jaoui). Mais au fond, Matthieu n’a pas choisi cette ville par hasard car il sait que Pierre (Benoît Mag­imel), autre­fois son parte­naire de recherche (et peut-être pas que de recherche, mais le film n’en dira pas plus), s’est depuis réfugié dans l’É­d­u­ca­tion Nationale où il assure le rôle de pro­fesseur de Sci­ences de la Vie et de la Terre. Mais Pierre va tra­vers­er une grave crise con­ju­gale: il ne sait pas encore que sa femme le trompe avec Serge (Vin­cent Lin­don, éton­nam­ment absent), le père de Char­lie, jeune garçon tac­i­turne, dont il est égale­ment le pro­fesseur. Mais le pau­vre Serge souf­fre aus­si parce que sa femme n’ar­rête pas de le harcel­er pour qu’il monte enfin ce satané bar­be­cue. Alors, pour se défouler, il défonce la voiture d’un chauf­fard cagoulé (Benoît Poelvo­orde) qui, après avoir raté un coup qui a coûté la vie à une vieille femme, se racon­te au maire de la ville (tou­jours Jean-Pierre Bacri). La boucle serait presque bouclée s’il n’y avait pas Adrien (Arnaud Val­ois), un jeune joueur de ten­nis qui n’a plus con­fi­ance en lui et qui fait une ter­ri­ble chute après avoir testé ses pro­pres lim­ites. Le point de ral­liement de ces six des­tinées sera donc Char­lie, un jeune garçon aux grands yeux mélan­col­iques (for­cé­ment), qui assiste à cette valse des sen­ti­ments sans sour­ciller, en grand philosophe.

Le film mosaïque n’est pas for­cé­ment prédes­tiné à l’échec. Edward Yang avait su relever le défi avec son magis­tral Yi-Yi, chronique famil­iale dense, com­plexe, mais à la fois d’une ter­ri­ble lim­pid­ité. Nicole Gar­cia n’a man­i­feste­ment pas le tal­ent du réal­isa­teur taïwanais. Elle se borne mal­heureuse­ment à un col­lage où Char­lie sert de pré­texte, de pont ban­cal entre ces petites his­toires pas pas­sion­nantes pour un sou et qui ont pour­tant la pré­ten­tion de par­ler de l’Homme avec un grand H. Là où Yi-Yi réus­sit l’ex­ploit d’être un film inter-généra­tionnel, capa­ble de s’adress­er autant aux hommes qu’aux femmes, Selon Char­lie est exclu­sive­ment un film de mâles où l’on apprend que der­rière un corps solide et robuste se cache finale­ment une grande fragilité. Et pour servir cette révéla­tion boulever­sante, Nicole Gar­cia, qui crie haut et fort qu’elle aime les acteurs (surtout lorsqu’ils sont con­nus), s’est entourée de comé­di­ens par­ti­c­ulière­ment investis dans l’in­ten­sité de leur rôle. Et l’on sent per­pétuelle­ment cette appli­ca­tion très sco­laire, notam­ment celle de Benoît Mag­imel (pas franche­ment crédi­ble en enseignant péd­a­gogue) qui déclare: «Tout le film, j’ai eu envie de jouer l’é­tat de doute. Une fois que j’ai atteint ce sen­ti­ment intime, je l’ai chéri. J’al­lais du set à ma loge, en silence, de peur qu’il m’échappe.» Peut-être que Nicole Gar­cia aurait dû en faire autant.

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