Citizen Dog

Citizen Dog

de Wisit Sasanatieng

  • Citizen Dog
  • (Mah Nakorn)
  • Thaïlande2004
  • Réalisation : Wisit Sasanatieng
  • Scénario : Wisit Sasanatieng
  • d'après : le roman Mah Nakorn
  • de : Koynuch
  • Image : Rewat Prelert
  • Montage : Polarat Kitikunpairoj, Dusanee Puinongpho
  • Producteur(s) : Aphiradee Iamphungporn, Kiatkamon Iamphungporn, Rewat Vorarat
  • Interprétation : Mahasamut Bunyaraksh (Pott), Sanftong Ket-U-Tong (Jin), Sawatwong Palakawong Na Autthaya (Yhod), Chuck Stephens (Peter), Raenkum Saninn (la grand-mère)...
  • Date de sortie : 23 août 2006
  • Durée : 1h40

Citizen Dog

de Wisit Sasanatieng

Occupe-toi de Jinn


Occupe-toi de Jinn

On a pris cou­tume de présen­ter Cit­i­zen Dog comme le pen­dant thaï du Fab­uleux Des­tin d’Amélie Poulain. Il fait, certes, grand éta­lage de fan­taisie, est d’une inven­tiv­ité et d’un sec­ond degré réjouis­sants. Surtout, Wisit Sasa­na­tieng fait preuve d’un sens du kitsch que Les Larmes du tigre noir, son pre­mier long métrage, avait fait éclater au grand jour. Mais il doit aus­si une cer­taine pesan­teur au fait d’avoir adap­té le roman de sa femme Koynuch : on ne dépasse pas le cap d’une sim­ple ren­con­tre amoureuse à Bangkok, si fan­tasque qu’elle soit. Le grand tal­ent de met­teur en scène de Wisit Sasa­na­tieng reste ain­si sous-employé.

Les dix pre­mières min­utes de Cit­i­zen Dog sont pour­tant exul­tantes, tant le réal­isa­teur réus­sit à créer une atmo­sphère et un ton pro­pres. Les images du film sont repeintes à la main afin d’aboutir à un effet chro­mo d’époque, d’un kitsch résolu. Pott quitte donc une cam­pagne aux blés rouges pour aller tra­vailler dans une usine de Bangkok comme ouvri­er coupeur de sar­dine. Là, il se tranche un doigt qui file dans une boîte sem­blable à toutes les autres. Après cet épisode semi-bur­lesque, Pott con­tin­ue de nous racon­ter son par­cours en voix off : devenu lifti­er, il ren­con­tre dans l’as­censeur celle qu’il va désor­mais voir partout et aduler : l’idéal­iste et rêveuse Jinn. Celle-ci, de son côté, cherche dés­espéré­ment la sig­ni­fi­ca­tion de ce bouquin tombé chez elle du ciel, lors d’un crash d’avion, comme un signe divin. Lorsqu’un man­i­fes­tant pos­sé­dant le même livre est tué lors d’une man­i­fes­ta­tion, elle devient mil­i­tante. Pott, lui, devient chauf­feur de taxi et ren­con­tre une petite fille qui mène une rela­tion de cou­ple dif­fi­cile avec sa peluche… etc., etc., etc. : dans Cit­i­zen Dog, les his­toires se suc­cè­dent, s’en­trela­cent et s’en­chaî­nent à toute bringue.

Pluie de casques rouges, per­son­nage récur­rent de moto­cy­cliste zom­bie, mon­tagne de bouteilles en plas­tique recy­clé : Wisit Sasa­na­tieng mul­ti­plie les inven­tions fan­tasques et sur­réal­istes. Beau­coup de films thaï­landais récents témoignent d’une même propen­sion à délaiss­er la réal­ité pour le rêve − Trop­i­cal Mal­a­dy, d’Apichat­pong Weerasethakul − ou le sérieux pour la fan­taisie − Mid­night My Love de Kongdej Jat­u­ran­ras­mee, qui vient d’être présen­té au fes­ti­val d’Ed­im­bourg, ou encore la comédie pro-gay à l’hu­mour débridé Iron Ladies de Yongy­oot Thongkong­toon.

Il faut avouer que le genre du film fan­tai­siste, surtout, juste­ment, depuis Le Fab­uleux des­tin inter­na­tion­al d’Amélie Poulain, est par­ti­c­ulière­ment pro­liférant. Il y a pour­tant deux types de d’usage de la fan­taisie, l’un agaçant, l’autre riche. Dans le pre­mier cas elle est bien sou­vent le cache-mis­ère d’un mes­sage bien­heureux et fausse­ment puéril du type : le monde est trop sérieux, retrou­vons notre âme d’en­fant, apprenons à nous ré-émer­veiller, ou bien de la morale suiv­ante : il n’y a que ce qui est un peu fou et mar­gin­al qui soit val­able. Cit­i­zen Dog tombe de temps en temps dans ce genre de piège. La petite Mem, qui se fait pass­er pour une grande en fumant et en plaquant régulière­ment son nounours, est une fig­ure inver­sée de celle (forte­ment val­orisée) des deux héros, adultes restés enfan­tins. Le thème de la queue de cochon que pos­sè­dent tous les habi­tants de Bangkok, sauf Pott, sonne naturelle­ment comme un appel à l’an­ti­con­formisme. La fan­taisie s’au­to-jus­ti­fie.

A con­trario, cer­taines inven­tions du film reposent sur un véri­ta­ble con­tenu. On visu­alise l’op­po­si­tion ville-cam­pagne par un net change­ment de rythme : lorsque Pott revient chez lui, il décou­vre que la cam­pagne vit au ralen­ti (effec­tive­ment, l’escar­got sur la tige est encore plus lent que d’habi­tude, le filet du pêcheur met une éter­nité à s’en­fon­cer dans l’eau). Pareille­ment, un mini-métrage dans le long évoque les mul­ti­ples réin­car­na­tions de la grand-mère de Pott, jusqu’à un gecko sur un abat-jour. À voir de pareilles séquences, aus­si drôles que belles, on se prend à espér­er beau­coup, beau­coup plus en tout cas, du prochain film.

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