Lucas, fourmi malgré lui

Lucas, fourmi malgré lui

de John A. Davis

  • Lucas, fourmi malgré lui
  • (The Ant Bully)
  • États-Unis2006
  • Réalisation : John A. Davis
  • Scénario : John A. Davis
  • d'après : le livre pour enfants The Ant Bully
  • de : John Nickle
  • Image : Ken Mitchroney
  • Montage : Jon Price
  • Musique : John Debney
  • Producteur(s) : Tom Hanks, Gary Goetzman, John A. Davis
  • Production : Legendary Pictures, Playtone, DNA Productions
  • Interprétation : (voix :) Zach Tyler Eisen (Lucas Nickle), Julia Roberts (Hova), Nicolas Cage (Zoc), Meryl Streep (la reine des fourmis), Paul Giamatti (Stan Beals), Regina King (Kreela), Bruce Campbell (Fugax), Lily Tomlin (grand-mère)...
  • Date de sortie : 9 août 2006
  • Durée : 1h29

Lucas, fourmi malgré lui

de John A. Davis

Des fourmis et des hommes


Des fourmis et des hommes

Pro­duit par Play­tone, la société de Tom Han­ks, Lucas, four­mi mal­gré lui joue la carte du pres­tige grâce au cast­ing de voix améri­caines (de Julia Roberts à Meryl Streep notam­ment) et prend à revers l’his­toire d’une colonie de four­mis en intro­duisant un élé­ment bien per­tur­ba­teur: un enfant. Adap­té d’un roman à suc­cès de John Nick­le, ce troisième film d’an­i­ma­tion de John A. Davis (après Le Père Noël con­tre le bon­homme de neige et Jim­my Neu­tron) n’a pas le même éclat col­oré que ces précé­dents: une tonal­ité pas­tel uni­fie et les décors et les per­son­nages, ne lais­sant que peu de place aux reliefs, aux sin­u­osités, aux aléas; la peau de la grand-mère, par exem­ple, est d’une trop grande élas­tic­ité tan­dis que les four­mis per­dent toute con­sis­tance avec leur tête de masques africains, et ce, mal­gré les expres­sions touchantes et con­ven­tion­nelle­ment humaines!

Lucas, petit bam­bin à lunettes, ren­con­tre quelques dif­fi­cultés à se faire respecter dans son quarti­er. Finale­ment, la seule chose ou le seul élé­ment qui ne lui résiste pas est cette colonie de four­mis majestueuse­ment instal­lée au cen­tre de son jardin. Alors, par à coup, par sadisme, Lucas détru­it ce que ces pau­vres minus­cules insectes ont patiem­ment con­stru­it, jour après jour. Dès le début, le mon­tage par­al­lèle a l’in­signe mérite de tra­vailler les change­ments d’échelles et de pro­por­tions sans appuy­er exagéré­ment sur l’im­men­sité des uns et la petitesse des autres. Du micro­cosme au macro­cosme, ciel et terre, le réal­isa­teur oppose deux mon­des qui pour­tant doivent com­mu­ni­quer entre eux. Au sein de cette colonie, Zoc, un sor­ci­er, invente une potion mag­ique qui va donc réduire à la taille d’une four­mi l’in­sup­port­able gamin (les références aux romans Le Mer­veilleux Voy­age de Nils Hol­gers­son à tra­vers la Suède de Sel­ma Lagerlof et Pinoc­chio de Col­lo­di abon­dent). Et pour retrou­ver sa hau­teur idéale, Lucas va devoir devenir insecte, se penser four­mi. En s’in­tro­duisant dans l’antre de la colonie, il va for­cé­ment appren­dre sur lui, les autres, l’en­traide, la générosité, l’hu­man­isme, le tra­vail, l’or­dre, l’obéis­sance…

Par­cours ini­ti­a­tique s’il en est, Lucas, four­mi mal­gré lui évite toute forme de sur­prise scé­nar­is­tique ou ani­mée. La présen­ta­tion de la four­mil­ière, four­mil­ière qui ren­voie pour­tant à un univers extra-ter­restre et aurait pu faire mouche en usant de références au ciné­ma de genre (sci­ence-fic­tion par exem­ple), utilise pon­cifs et idées reçues en met­tant à l’im­age une tribu prim­i­tive (des dessins rupestres retra­cent la genèse de la four­mil­ière par exem­ple, les four­mis ont des « tatouages » sur la tête qui rap­pel­lent des scar­i­fi­ca­tions, …). La décou­verte d’un nou­veau monde n’éblouit pas — la four­mil­ière est trop par­faite, voire idéale et ne ques­tionne pas — à la fin du réc­it, les four­mis, elles, n’ont rient appris de Lucas. Bien au con­traire. La dénon­ci­a­tion de l’in­di­vid­u­al­isme joue par trop la carte de la sim­plic­ité pour con­va­in­cre vrai­ment de son authen­tic­ité. Et qu’une fois encore des êtres humains sen­sés pro­jet­tent sur des four­mis un univers rêvé en leur accolant des expres­sions et des mim­iques, par­fois ridicules et grotesques, laisse scep­tique. De même, ce film ne donne aucune chance au sadisme de l’en­fant (réal­ité autrement plus psy­ch­an­a­ly­tique et essen­tielle dans la con­sti­tu­tion de la per­son­nal­ité), à ses pul­sions, à ses caprices. Lucas doit être sage immé­di­ate­ment et aider la com­mu­nauté. Ce souci de ren­dre lisse le car­ac­tère et de ne met­tre nulle­ment en péril Lucas — les méchants ne le sont même pas — trou­ve ain­si écho dans l’an­i­ma­tion même et cette neu­tral­ité du décor. Car l’an­i­ma­tion est ici bien moins con­va­in­cante que sur le dernier né des stu­dios Pixar sor­ti en juin dernier (Cars) et reste trop à‑plat. Ce qui nor­male­ment est foi­son­nement de vies — la terre — est réduit à très peu d’êtres ani­més et vivants. Du dia­logue au réc­it en pas­sant par l’im­age, Lucas four­mi mal­gré lui évite con­scien­cieuse­ment toute forme d’in­no­va­tion et de risque.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !