© Metropolitan FilmExport
Adieu Cuba

Adieu Cuba

de Andy Garcia

  • Adieu Cuba
  • (The Lost City)
  • États-Unis2005
  • Réalisation : Andy Garcia
  • Scénario : G. Cabrera Infante
  • Image : Emmanuel Kadosh
  • Décors : Waldemar Kalinowski
  • Costumes : Deborah Lynn Scott
  • Montage : Christopher Cibelli
  • Musique : Andy Garcia
  • Producteur(s) : Franck Mancuso Jr, Andy Garcia, Lorenzo O'Brien, Joseph Drago
  • Interprétation : Andy Garcia (Fico Fellove), Inès Sastre (Aurora Fellove), Tomas Milian (Don Federico Fellove), Richard Bradford (Don Donoso Fellove), Bill Murray (le comédien), Dustin Hoffman (Meyer Lansky), Jsu Garcia (Ernesto « Che » Guevara), Gonzalo Menendez (Fidel Castro)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 9 août 2006
  • Durée : 2h23

Adieu Cuba

de Andy Garcia

Days of wine and roses


Days of wine and roses

Né à Cuba en 1956, Andy Gar­cia adapte à l’écran le scé­nario de G. Cabr­era Infante, situé au moment de l’ar­rivée au pou­voir de la dic­tature com­mu­niste de Fidel Cas­tro. Entre sou­venirs per­son­nels et pas­sion pour la musique de son pays natal, il réalise égale­ment un film peut-être un peu trop académique, mais qui est aus­si un bel hom­mage au ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en des mon­stres sacrés.

Le 1er jan­vi­er 1959, le révo­lu­tion­naire Fidel Cas­tro ren­ver­sait à la Havane le régime dic­ta­to­r­i­al de Ful­gen­cio Batista, dernier héri­ti­er de la tumultueuse his­toire d’un pays colonisé par l’Es­pagne, puis cha­peauté par les États-Unis. Toute une frange de la pop­u­la­tion cubaine, et par­mi eux des représen­tants des nan­tis, aspi­rait à ce change­ment. L’His­toire nous dit aujour­d’hui qu’il ne s’est pas effec­tué pour le meilleur. Andy Gar­cia se garde bien de porter un juge­ment sur le legs his­torique de la dic­tature com­mu­niste de Cas­tro, et racon­te avant tout une his­toire de famille – sa famille, ou peu s’en faut. Les trois fils Fellove, rich­es pro­prié­taires de la Havane, sont déchirés entre les ques­tions de loy­auté famil­iale et le besoin qu’ils ressen­tent d’un change­ment poli­tique.

Le film se place du point de vue de Fico Fellove, inter­prété par Gar­cia lui-même. Directeur d’un cabaret, il se refuse à pren­dre part à une action poli­tique mil­i­tante, là où ses frères et ses amis pren­nent fait et cause pour la révo­lu­tion cas­triste, ou pour le régime en place. Lente­ment, le film per­met de pénétr­er dans une famille éprise de l’idée de lib­erté, de cette lib­erté naïve qui croit tou­jours que les révo­lu­tions se font sans heurts. Suiv­re les vicis­si­tudes de cette famille, c’est aus­si décou­vrir la Havane, peu avant la chute de la dic­tature. La ville des Caraïbes resplen­dit des derniers feux d’une métro­pole de pays colonisé, telle qu’on la rêve et telle que Gar­cia l’a con­nue dans son enfance.

Il est dif­fi­cile, à la vue des images très tra­vail­lées du film, de ne pas songer à l’Âge d’Or d’un ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en, qui n’est aujour­d’hui plus guère célébré que par des films comme le splen­dide Minu­it dans le jardin du bien et du mal de Clint East­wood, ou Bar­ton Fink des frères Coen. Ombres et lumières sont au ser­vice d’une pho­to appliquée, aux couleurs cha­toy­antes à dom­i­nante ambrée, le film se déroulant majori­taire­ment dans une ambiance cré­pus­cu­laire. Ce cré­pus­cule est aus­si celui de Cuba d’a­vant Cas­tro : Gar­cia ne recule jamais devant une inter­péné­tra­tion des sig­nifi­ants visuels. La musique, très présente dans le film, célèbre toute la richesse de la cul­ture cubaine. Elle per­met égale­ment d’ap­puy­er un nom­bre sig­ni­fi­catif de scènes du film, de tranch­es de vie cubaine. Si la musique struc­turait cer­taine­ment la vie de l’île, elle illus­tre égale­ment le film de façon cen­trale. C’est toute la sub­til­ité de la réal­i­sa­tion d’Andy Gar­cia : son traite­ment du lan­gage ciné­matographique est lui-même un lan­gage, des­tiné à ressus­citer une cer­taine ambiance de Cuba.

De sub­til­ité, il n’est que peu ques­tion con­cer­nant la réal­i­sa­tion elle-même : Andy Gar­cia est un élève appliqué et pas­sion­né de nom­bre de maîtres du ciné­ma. Casablan­ca, Le Par­rain, La Ligne rouge, Les Incor­rupt­ibles : les emprunts et les hom­mages pleu­vent sur Adieu Cuba. Si c’est un tra­vers de réal­i­sa­tion com­mun aux acteurs passés der­rière la caméra, la seule chose que l’on puisse reprocher à Gar­cia est de faire dans l’ex­cès de zèle, d’ex­primer trop forte­ment un amour man­i­feste d’un cer­tain ciné­ma de genre. Il reste à l’ac­teur devenu réal­isa­teur à trou­ver son souf­fle réel, ce qui ne saurait tarder au vu de cer­taines séquences tout sim­ple­ment mer­veilleuses. On retien­dra notam­ment tout le pas­sage, soutenu par la musique seule, qui fait se rejoin­dre les per­son­nages d’Andy Gar­cia et d’Inès Sas­tre comme un mod­èle, truf­fé de belles idées de mise en scène.

De ces deux acteurs aux plus sec­ondaires des rôles, tous pren­nent un plaisir évi­dent à jouer leurs per­son­nages. Si l’on peut déplor­er que les per­son­nages des frères Fellove, Gar­cia excep­té, ne soient pas plus dévelop­pés, il faut rap­pel­er que ce pro­jet tient au cœur de l’ac­teur depuis des années, et que le scé­nario tel qu’il est aujour­d’hui ne représente qu’un tiers de ce que voulait tourn­er Gar­cia. De cette ver­sion que l’on ne ver­ra jamais, on est en droit de penser qu’elle fai­sait la part plus belle encore aux per­son­nages. Il reste de cette gigan­tesque saga poten­tielle un film sub­til et nos­tal­gique, qui tire sa richesse de ses sec­onds rôles, avec en pre­mier lieu Bill Mur­ray – qui trou­ve ici un rôle heureuse­ment plus orig­i­nal que tous ceux dans lesquels on le can­tonne à présent – entre Kaf­ka et Grou­cho Marx.

Lim­ité à une sor­tie esti­vale qui assure presque cer­taine­ment son échec au box-office, Adieu Cuba est pour­tant un film qui eût mérité bien mieux, tant il gagne à être décou­vert. Trop appliqué, académique cer­taine­ment, le film recèle pour­tant ses moments de magie ciné­matographique. Le plus étrange et poé­tique, parce qu’in­volon­taire, est la séquence d’ou­ver­ture. Une vue de La Havane sur front de mer alternée avec un jazzman la trompette à la bouche, évoque éton­nam­ment la Nou­velle-Orléans d’a­vant Kat­ri­na, une autre « lost city », selon le titre orig­i­nal. L’His­toire, ironique­ment, fait que le film arrive sur les écrans français alors que vac­ille la dic­tature cas­triste : « j’en ai vu, des révo­lu­tions », lance un des pro­tag­o­nistes, « Cas­tro dis­paraî­tra, comme les autres… ».

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