Bashing

Bashing

de Masahiro Kobayashi

  • Bashing
  • Japon2005
  • Réalisation : Masahiro Kobayashi
  • Scénario : Masahiro Kobayashi
  • Image : Kôichi Saitô
  • Montage : Naoki Kaneko
  • Musique : Hiroshi Hayashi (générique de fin)
  • Producteur(s) : Masahiro Kobayashi, Naoko Okamura
  • Interprétation : Fusako Urabe (Yuko), Ryuzo Tanaka (son père), Nene Otsuka (sa belle-mère), Kikujiro Honda (le patron de son père), Teruyuki Kagawa (le propriétaire de l'hôtel), Takayuki Kato (le petit ami de Yuko)...
  • Distributeur : Océan Films
  • Date de sortie : 14 juin 2006
  • Durée : 1h22

Bashing

de Masahiro Kobayashi

L'honneur perdu de Yuko Takai


L'honneur perdu de Yuko Takai

Yuko, une jeune femme de retour chez ses par­ents après avoir été kid­nap­pée dans un pays du Moyen-Ori­ent où elle œuvrait comme bénév­ole, doit faire face à un licen­ciement qua­si abusif, au mépris plus ou moins voilé des amis et des com­merçants du quarti­er, à une rup­ture amoureuse, aux coups de télé­phone anonymes et même aux agres­sions physiques. Ses par­ents, eux, font face aux cri­tiques de leurs col­lègues de tra­vail pour l’é­d­u­ca­tion don­née à leur fille, et son père est même poussé à la démis­sion. C’est d’un trou­blant corol­laire du con­flit irakien déclenché en 2003 par les États-Unis que le film de Masahi­ro Kobayashi tire son sujet : un symp­tôme effarant d’une société encline au con­formisme rigide. Bash­ing s’in­spire de l’ex­péri­ence réelle de bénév­oles japon­ais envoyés en Irak et qui, après avoir été kid­nap­pés, puis libérés et ramenés chez eux, ont dû para­doxale­ment affron­ter la répro­ba­tion du gou­verne­ment et le rejet de la société. Eux et leurs proches ont souf­fert sim­ple­ment pour avoir, par leur engage­ment à l’é­tranger et les dan­gers s’y rap­por­tant, attiré une atten­tion non désirée sur leur pays et mis en dif­fi­culté leur gou­verne­ment.

“Observation relativement stérile des faits et des comportements”

Le sujet en lui-même, et le spec­ta­cle d’une per­son­ne inno­cente traitée en paria dans une société sup­posée mod­erne et libérale, sont per­cu­tants et aptes à sec­ouer le spec­ta­teur du Japon ou d’ailleurs. Le film rend-il jus­tice à ce sujet ? Autour de ce cal­vaire que Kobayashi compte retran­scrire de la manière la plus réal­iste pos­si­ble, les choix de mise en scène de ce dernier se dessi­nent assez rapi­de­ment, emprun­tant en grande par­tie au ciné­ma doc­u­men­taire : plans-séquences tournés caméra à l’é­paule, absence totale de musique, la plu­part des con­ver­sa­tions filmées en piv­otant autour des inter­locu­teurs comme pour en saisir tous les détails sans recourir aux rac­cords, met­tant le spec­ta­teur dans une posi­tion de témoin. On peut néan­moins se deman­der s’il s’ag­it ici de ren­dre au mieux le réal­isme des scènes ou sim­ple­ment de fig­ur­er l’in­sta­bil­ité de la sit­u­a­tion de Yuko et de ses proches, ce qui serait un procédé assez con­venu. Car a con­trario, les scènes les plus intimes (Yuko seule) ou celles où l’héroïne est le moins men­acée (les con­ver­sa­tions entre Yuko et ses par­ents) sont filmées en de longs plans au cadre fixe et au découpage plus clas­sique.

D’une manière générale, le film souf­fre un peu de ce sys­té­ma­tisme que Kobayashi impose à une mise en scène d’in­spi­ra­tion finale­ment lim­itée. Les scènes de con­ver­sa­tions humiliantes (la blessure morale de Yuko sou­vent sig­nifiée par un trav­el­ling avant sur son vis­age) de vio­lences physiques et morales, de retours pénibles à la mai­son, de soli­tude silen­cieuse se suc­cè­dent, et les procédés de fil­mage se répè­tent de façon mécanique, comme si le réal­isa­teur restait arrimé à un dis­posi­tif plus qu’il ne met en scène avec une réelle con­science de son sujet. Cet effet de répéti­tion est certes effi­cace, bien qu’assez appuyé, pour fig­ur­er le cal­vaire renou­velé de Yuko et son repli sur elle-même, mais il peine à don­ner une per­spec­tive plus éten­due à un sujet qui, pour­tant, pou­vait s’y prêter. On en reste à une obser­va­tion rel­a­tive­ment stérile des faits et des com­porte­ments, même si l’aperçu que le film nous donne d’une société japon­aise policée et de sa réti­cence à s’im­pli­quer hors de ses fron­tières reste intéres­sant par lui-même. On sent par moments que le cinéaste cherche par sa mise en scène à soutir­er des choses plus abstraites de ce qu’il filme (voir Yuko mon­tant l’escalier de son immeu­ble plusieurs fois dans le film, mais jamais de la même façon ni dans les mêmes con­di­tions), mais ce tra­vail reste timide et isolé au milieu de son dis­posi­tif.

“Une réelle force tragique”

Les moti­va­tions des per­son­nages cen­traux (l’al­tru­isme de Yuko et son désir d’ailleurs, l’at­ti­tude com­préhen­sive de son père, le mal-être de sa belle-mère) pour­raient don­ner du relief au pro­pos du cinéaste en éle­vant ces derniers au-delà de sim­ples fig­ures de l’in­no­cence réprimée. Seule­ment, ces élé­ments sont surtout explic­ités par des dia­logues, et même si les inter­prètes sont par ailleurs plutôt bons, on peut regret­ter que Kobayashi n’ait pas opté pour une solu­tion ciné­matographique plus inven­tive pour ren­dre la pleine dimen­sion de ses per­son­nages. Celui de Yuko, qui la plu­part du temps ne fait qu’en­dur­er son sort et se réfugi­er dans la soli­tude (avant de pren­dre à la fin une déci­sion rad­i­cale, motivée par la lucid­ité ou le dés­espoir, on ne sait trop), acquiert néan­moins une réelle force trag­ique lorsque ses efforts pour se pro­téger du mépris ambiant par l’isole­ment restent vains (voir sa rup­ture avec son petit ami).

L’ap­proche doc­u­men­taire con­serve la sécher­esse du sujet, et la fer­meté du per­son­nage prin­ci­pal lui donne un peu plus de chair. Mal­gré cela, faute d’une plus grande prise de risque ciné­matographique, le film a à peine plus d’im­pact qu’un bon reportage télévisé. Bash­ing laisse l’im­pres­sion d’une occa­sion man­quée de livr­er un film d’une plus grande force poli­tique et sociale.

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