Marathon

Marathon

de Chung Yoon-chul

  • Marathon
  • Corée du Sud2005
  • Réalisation : Chung Yoon-chul
  • Scénario : Chung Yoon-chul, Yoon Jin-ho, Song Ye-jin
  • Image : Kwon Hyuk-jun
  • Montage : Hahm Sung-won, Nam In-ju
  • Musique : Kim Jun-sung
  • Producteur(s) : Suk Myung-hong
  • Production : Cineline II
  • Interprétation : Cho Seung-woo (Yoon Cho-won), Kim Mi-sook (Kyung-sook, la mère de Cho-won), Lee Ki-young (le coach Jung-wook), Ahn Nae-sang (le père de Cho-won)...
  • Distributeur : One Plus One
  • Date de sortie : 26 avril 2006
  • Durée : 1h53

Marathon

de Chung Yoon-chul

Parcours balisé


Parcours balisé

Soit le par­cours d’un jeune autiste fasciné par les zèbres et que sa mère pousse à s’en­traîn­er pour le marathon… Sur le papi­er, le pre­mier long métrage du Coréen Chung Yoon-chul sus­cite imman­quable­ment la pru­dence. Les grandes lignes de son intrigue, adap­tée d’une his­toire vraie qui a ému la Corée du Sud, évo­quent nom­bre de films de sport con­sen­suels pro­duits notam­ment par Hol­ly­wood (comme Rocky, Pur Sang, la légende de Seabis­cuit, ou même l’im­prob­a­ble Ras­ta Rock­ett) et par­fois eux aus­si basés sur des his­toires réelles util­isées comme pré­texte à l’é­mo­tion facile. On retrou­ve d’ailleurs dans le scé­nario des com­posantes con­nues de ce type de films : le sportif lut­tant con­tre un hand­i­cap énorme, le sou­tien d’un entourage aimant, l’en­traîneur dés­abusé en quête de rédemp­tion. Les auteurs pren­nent donc le risque d’abor­der un genre bal­isé, tout comme l’évo­ca­tion de ce sujet déli­cat qu’est l’autisme, déjà pré­texte par le passé à l’ex­ploita­tion spec­tac­u­laire et sans con­science (Rain Man, les thrillers Code Mer­cury et Silent Fall, etc).

Les deux pre­miers tiers du film, cepen­dant, lais­sent de bons augures pour l’ensem­ble. Chung Yoon-chul s’at­tache au par­cours de son jeune héros, Cho-won, et de sa famille éclatée avec un regard extérieur assez neu­tre, auquel on peut certes reprocher de lim­iter la prise de risque en matière de mise en scène, mais qui au moins évite la cat­a­stro­phe d’une drama­ti­sa­tion exces­sive, et per­met au réal­isa­teur de garder un ton con­stam­ment juste, aidé en cela par la bonne inter­pré­ta­tion de Cho Seung-woo dans le rôle prin­ci­pal. De plus, vers le milieu du métrage, se des­sine une thé­ma­tique dépas­sant le cadre du sim­ple film de sport annon­cé. L’en­traîne­ment de Cho-won pour une vic­toire sportive passe pro­vi­soire­ment en arrière-plan, cédant le pas à un autre com­bat, plus fon­da­men­tal. La recherche du dépasse­ment de soi, tant glo­ri­fiée dans la plu­part des films de sport, se con­fond ici avec la lutte de Cho-won pour l’au­tonomie et le statut d’être humain à part entière (au fur et à mesure que les appren­tis­sages mater­nels acquis au fil des ans devi­en­nent des automa­tismes par lesquels il peut assur­er sa pro­pre survie), et con­tre la chosi­fi­ca­tion dont il est l’ob­jet de la part de son entourage, et notam­ment de sa mère, Kyung-sook. À tra­vers le per­son­nage de l’en­traîneur sans illu­sions de Cho-won, le film jette un éclairage vio­lent et implaca­ble sur celui de Kyung-sook, sup­posée jusque-là aimante à l’ex­trême (au point de bris­er son cou­ple pour rester seule avec Cho-won), dont on décou­vre des moti­va­tions moins avouables dans son désir de pouss­er son fils à une car­rière sportive, sans se souci­er des sen­ti­ments et des désirs de ce dernier. À ce moment, le film sem­ble prêt à pren­dre une direc­tion et une hau­teur de vue inat­ten­dues, sor­tant ain­si des ornières du film de genre bal­isé.

“Homme-enfant”

Mal­heureuse­ment, ce pro­pos per­ti­nent cède la place, dans la dernière par­tie, aux gross­es ficelles des pro­duc­tions des­tinées à émou­voir le pub­lic à peu de frais. La faute à un scé­nario qui perd de sa sub­til­ité pour vir­er in extrem­is à une réso­lu­tion con­v­enue et un hap­py-end sans nuances, mais aus­si au réal­isa­teur qui, aban­don­nant sans crier gare son doigté et sa sen­si­bil­ité du début, surligne cette fin à coups de gros effets con­venus qui tirent le film vers ce qu’il sem­blait être en mesure d’éviter, le pathos et la sen­si­b­lerie : dégouli­nante musique au piano, face-à-face famil­i­aux filmés en champ-con­trechamp et en gros plan, course au ralen­ti à la manière des Char­i­ots de feu. De même, l’ap­proche du héros autiste par le cinéaste prend un tour dou­teux. Il use assez lour­de­ment de plans nat­u­ral­istes pour illus­tr­er l’éveil pro­gres­sif des sens de Cho-won et de sa per­cep­tion de son envi­ron­nement. Surtout, sor­tant de sa ras­sur­ante neu­tral­ité du début, il se laisse aller à une cer­taine com­plai­sance en matéri­al­isant les illu­sions nées de son hand­i­cap : plaçant par exem­ple un postérieur de zèbre en lieu et place d’un objet ayant attiré le regard du jeune homme, ou fil­mant une scène comme l’ex­acte réplique d’un sou­venir heureux de son enfance… Des procédés qui, en idéal­isant un imag­i­naire né d’un hand­i­cap, cherchent à attir­er de manière grossière­ment manip­u­la­trice la sym­pa­thie du pub­lic pour cet “homme-enfant”.

Tirail­lé entre son objec­tif de touch­er un large pub­lic et son désir d’é­ten­dre son pro­pos hors des lim­ites du poli­tique­ment cor­rect, Marathon laisse l’im­pres­sion mit­igée d’un film qui échoue à échap­per tout à fait aux con­ven­tions des gen­res aux­quels il se réfère, et dont les promess­es les plus intéres­santes ne sont guère tenues.

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